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Social Distortion
Le monstre du Loch Ness est mort
Social Distortion - Hard Times and Nursery Rhymes - Epitaph


Mike Ness serait-il devenu le Johnny Hallyday du punk américain ? Un homme dont l’image rock n’roll se renforce à mesure que le rythme cardiaque ralentit ?
Ecouté rapidement, le dernier album de Social Distorsion, Hard Times and Nursery Rhymes, s’il n’a rien d’une comptine, pourrait facilement le laisser penser. Et pas parce qu’il commence par un « Zombie de la route » (à peine plus rapide que son cousin piéton) et s’achève par un « I won’t run no more ». Que nenni. Juste parce qu’effectivement, il est dans l’ensemble plutôt lent et moelleux – Gimme the sweet and lowdown et ses chœurs très radio-friendly, le très chaloupé voire presque bonhomme Diamond in the rough.
Et ses chœurs idéaux pour la promenade du samedi après-midi dans les galeries d’un hypermarché. Alors, il est où le diamant brut ? Il est où le petit monstre à sa maman ?
Faut dire qu’il a vieilli, Michel. Il a 52 ans, est marié et a deux enfants. Il a lancé sa ligne de fringues, bâti des garages autour de ses hot-rods. Alors, certes, ce ne sont pas des titres comme Far side from nowhere, facile et mollasson, qui contrediront l’impression première. Et pourtant, malgré la ritournelle très single de Writing on the Wall, ses synthés et son piano final, plus convenu que classique, on ne peut s’empêcher de retrouver un truc. Et de ramasser dans la poussière un barreau limé du Prison Bound.
Serait-ce seulement là l’effet de la nostalgie, de la répugnance à cracher sur ses idoles adolescentes ? Non. De la fidélité. Car, à la deuxième écoute, il se pourrait bien que Mike Ness et ses sbires soient restés fidèles à eux-mêmes (alors que nous étions prêts à les trahir). Que leurs tatouages aient gardé leurs couleurs et que leurs marcels n’aient pas été achetés à H&M.
Alors, OK, tout le monde a vieilli, est sorti de prison et s’est pris un petit pavillon en banlieue. Passe plus de temps à aspirer les miettes de biscuits sur le siège arrière qu’à enfoncer la pédale à l’intérieur du plancher. N’empêche. Ici, il y a du blues. Du rock. Il y a de vraies balades comme Bakersfield, des pointes quasi illégales et tout à fait jouissives comme Machine Gun Blues ou Can’t Take it with you et des hommages vibratiles comme « Alone and Forsaken » (à Hank Williams Sr)- et des putains de rock n’roll comme California.
Tiens, c’était d’ailleurs le deuxième titre de l’album. Plus américain, plus beauf, toujours aussi primitif dans les textes (rédemption, déclaration d’amour dans l’écorce de l’arbre), complètement stabilisé entre Enfer et Paradis, Hard Times and Nursery Rhymes est le disque calmé d’un ancien énervé.
A déguster clean et totalement reposé en regardant le soleil sombrer derrière la montagne.

O'Saison

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Interview de Dave Faulkner - Hoodoo Gurus

Les Hoodoo Gurus sont revenus en 2010 avec un excellent nouvel album, « Purity Of Essence », innovant et plein d'influences diverses : Rock n'roll, power pop, Rythm n Blues... L'album est sorti en Europe quelques mois plus tard, et le groupe est venu en tournée sur le vieux continent à l'automne, « oubliant » de jouer en Italie... J'ai donc décidé de prendre l'avion pour les voir jouer au Shepherd's Bush Empire de Londres. Voici l'interview réalisée sur place avec Dave Faulkner, chanteur, guitariste et principal compositeur...

Vous êtes de retour avec un nouvel album depuis « Mach Schau », qui date de 2004... Qu'avez-vous fait pendant ces six années avec ou en dehors du groupe ?

Nous avons beaucoup tourné pour faire la promo de « Mach Schau ». En dehors de nombreuses dates en Australie, nous avons tourné deux fois aux USA, joué au festival SXSW d'Austin, tourné deux fois également en Espagne et en Grande-Bretagne où nous avons fait le festival de Glastonbury.

« Purity Of Essence » est un album aux influences très diverses : on y trouve des morceaux très pop, quelques ballades, du rock n'roll, de l'inspiration rythm n'blues... Quelles étaient vos intentions avant d'entrer en studio pour ce nouveau disque ?

Mon ambition principale était de ne « brider » aucune influence, de laisser le disque devenir ce qu'il devait être. « Mach Schau » était un peu « uni-dimensionnel », intensément agressif. Je pense que l'enregistrement et le mixage ont amplifié cet aspect des compositions, et que quelques subtilités ont été perdues en route, mais il est difficile de renier le fait que les morceaux étaient assez durs. Ceci dit, je suis très fier de cet album, je pense qu'il contient certaines de mes meilleures compositions.

Vous avez commencé l'enregistrement de « Purity of Essence » il y a un certain temps, mais j'ai cru comprendre que vous n'aimiez pas le studio dans lequel vous étiez, et que cela a retardé la sortie du disque. Puis vous avez travaillé avec Ed Stasium, fameux producteur/ingénieur du son des Ramones, avec qui vous aviez déjà travaillé dans les années 90 (pour les albums « Kinky » et « Crank »). Etes-vous satisfaits du résultat final ?

Je suis réellement content du disque, pour moi c'est parfait. Ed nous a donné l'album que nous désirions obtenir. Je dois aussi remercier Tim Whitten, qui a fait la plupart des prises de l'album, et Charles Fischer qui l'a co-produit avec moi. Charles a aussi participé à l'enregistrement. On dit parfois que les choses arrivent par trois, non? Eh bien, chacun d'eux a été impliqué avec nous dans trois albums : vous avez cité Ed pour « Kinky » et « Crank », mais Charles était aussi avec nous pour « Mars Needs Guitars » et « Blue Cave », et Tim a mixé « Mach Schau » et l'album que nous avons fait sous le nom des Persian Rugs, « Turkish Delight ».Vous imaginez donc que nous sommes très contents de leur travail. La seule autre personne avec laquelle nous avons travaillé trois fois était Alan Thorne, avec qui nous avons collaboré sur « Stoneage Romeos », ainsi que « Magnum Cum Louder » et « Kinky ». Nous avons beaucoup de chance d'avoir pu travailler avec de tels talents.

Quels sont vos morceaux préférés sur l'album, et ont-ils une histoire particulière ?

Je n'aime pas mettre en avant certains morceaux plutôt que d'autres, ils ont tous une raison d'être écrits et enregistrés. Néanmoins, je peux dire que je suis assez fier de « The Stars Looked Down ». C'était un morceau délicat à mettre en place pour que le texte sonne juste, mais je pense y être arrivé.

Pourquoi avoir intitulé le disque « Purity of Essence » ? Y a t-il un sens particulier ?

Le titre vient du film de Stanley Kubrick « Docteur Folamour » ("Dr. Strangelove Or How I Learned To Stop Worrying And Love The Bomb"). C'est l'un de nos films préférés, et ça devrait aussi être votre cas !

C'est votre second album depuis la reformation du groupe. Pourquoi avez-vous décidé de faire une pause en 2003 ?

Nous avons splitté en janvier 1998, et nous sommes revenus fin 2003, bien que nous n'ayons pas fait de concerts avant janvier 2004. A ce moment là, j'étais très fier de notre album « Blue Cave »(c'est toujours l'un de mes préférés), et je ne me sentais plus motivé pour composer un nouvel album des Gurus. Je pensais avoir dit ce que j'avais à dire, et qu'il valait mieux arrêter avant de faire un album dans lequel je ne me serais pas investi à 100%. J'étais très content de cette décision, je n'avais aucun regret – et absolument aucun projet de reformation du groupe. Nous avons d'ailleurs refusé de gros cachets qui nous étaient proposés pour jouer à nouveau. Quelques années plus tard, j'ai remarqué que j'écrivais des morceaux qui auraient très bien convenu aux Gurus. Il m'a fallu quelques années de plus pour me décider à revenir sur ma décision, et à donner le feu vert à la reformation du groupe.

En réalité, le groupe n'a jamais arrêté, puisque vous avez continué sous le nom des Persian Rugs. Parlez-moi de ce groupe parallèle, avec lequel vous avez enregistré un Ep et un album.

Les Persian Rugs étaient un groupe assez éloigné musicalement des Hoodoo Gurus : c'était un vrai groupe 60's punk/ psychédélique, avec une touche de bubble gum. Les Gurus ont aussi ces influences, mais elles sont mélangées à d'autres, ce qui leur donne une personnalité particulière. Le fait que finalement l'essentiel des membres du groupe soient aussi membres des Gurus tient plus du hasard que du calcul : ce sont de très bons musiciens, et j'adore bosser avec eux. J'aime autant le Ep « Mr Tripper » que l'album, là aussi, les deux contiennent certaines de mes meilleures chansons. Nous avons été très attentifs à respecter les conditions d'enregistrement de l'époque : tout était bien sûr analogique, et nous n'avons utilisé que des micros et des effets vintages pendant ces sessions.

L'alibi de la reformation était l'enregistrement d'une nouvelle version de « What's My Scene», devenu « That's My Team », pour l'hymne officiel de l'équipe nationale australienne de rugby. Comment est-ce arrivé ?

L'un de mes amis jouait au rugby dans l'équipe de Sydney dont je suis supporter (Cronulla Sharks), c'est un grand fan de musique et on est devenus très proches, j'ai même chanté à son mariage. Quelques années plus tard, il est devenu entraîneur adjoint pour une autre équipe, et il a eu l'idée d'adapter le texte de ce morceau en écoutant notre Cd sur le trajet... Il m'a alors demandé si j'étais d'accord pour qu'il propose ce morceau aux responsables en tant qu'hymne de l'équipe nationale de rugby. Je n'aurai jamais pensé que ça aboutirait, mais c'est devenu leur principal thème de campagne pour les cinq années suivantes.
On a gagné pas mal d'argent avec ça, mais aussi des tas d'avantages : places en loges pour les finales ou les matches décisifs... Comme nous sommes de grands fans de rugby, et je crois que ça nous enthousiasmait encore plus que les royalties.

Vingt-six années ont passé depuis la sortie de votre splendide premier album « Stoneage Romeos »... Quel est le secret de votre longévité ? Je vous ai vu en concert en octobre dernier à Londres, et j'ai constaté que vous preniez beaucoup de plaisir sur scène... C'est ça, le truc ?

Il y a une énergie entre nous sur scène qui me surprend encore... On est toujours de grand fans de musique, et on aime ce qu'on fait, c'est aussi simple que ça.
Encore une fois, je n'aime pas mettre en avant certains disques plutôt que d'autres : ils sont tous importants pour moi pour différentes raisons. Le premier album, « Stoneage Romeos », était bien sûr une expérience importante dans nos vies, tandis que le second, « Mars Needs Guitars » a été un tournant pour moi en tant que compositeur. J'ai commencé à écrire d'une façon plus personnelle, je ne me contentais plus de raconter de belles histoires. Sur « Blow Your Cool », j'ai finalement réussi à me servir correctement de ma voix, et « Magnum Cum Louder » a été l’album qui a sauvé la carrière du groupe : nous avons redessiné le son, et repris contrôle de notre destin. Nous venions de passer un an à nous dépêtrer de notre contrat, nous avions réussi, et on a alors pu reprendre le contrôle artistique en produisant nos albums nous-mêmes.
Cela a continué avec « Kinky », un album qui contient beaucoup des morceaux préférés de nos fans; « Crank » est l'album qui est le plus proche de notre son live, sans doute notre album de plus rock. Dans « Blue Cave », on a gardé cette énergie en la mariant avec une sensibilité plus pop, une autre facette importante de notre style.
« Mach Schau » est comme on l'a dit précédemment notre album le plus agressif, tandis que « Purity of Essence », eh bien, c'est tout simplement un chef d'œuvre!

En juillet 2007, vous avez été intronisés au ARIA Hall of Fame, le Rock n'Roll Hall Of Fame australien. Comment avez-vous vécu cela, était-ce une simple cérémonie, ou une juste récompense de votre longue et brillante carrière ?

C'était plus important pour nos familles qu'autre chose. Je suis très flatté d'être au milieu d'autres artistes qui ont été consacrés avec nous (et avant nous), mais je ne suis pas très friand des récompenses, ni des gens qui décident de cela. Ils ne représentent rien pour moi.

En 2007, vous avez tourné avec Radio Birdman et les Stems à l'occasion de la tournée « Clash of the Titans » . Quels souvenirs avez vous de ces concerts et de cette affiche incroyable ?

C'était une super tournée, et on les a tous enterrés ! Ha Ha !

En dehors de l'Australie, vous avez de nombreux fans dans des contrées lointaines comme l'Europe, l'Espagne en particulier, ou encore le Brésil... Comment l'expliquez-vous ?

Je peux juste admettre que ces gens-là ont bon goût!

En Italie, vous aviez de nombreux fans dans les années 80... Que s'est-il passé à ce moment-là, et pourquoi n'êtes vous pas venus cette fois-ci ?

Nous perdons de l'argent quand nous tournons loin de chez nous, particulièrement en Europe, et nous ne pouvions nous permettre de perdre encore plus de temps et d'argent cette fois-ci. L'Italie est en fait le pays où je préfère jouer : j'aime les Italiens et leur culture, leur histoire, leur gastronomie, sans oublier leurs grands vins! Bien que je sois fier et ravi d'être Australien, j'aurais aimé naître Italien.

Vous avez joué dans de grands festivals comme le Big Day Out en Australie (avec les Strokes et Metallica en 2004), à Glastonbury en 2008, ou au Brésil où vous avez joué devant 40 000 personnes... Aimez-vous ça, ou préférez-vous les clubs plus intimes?

La taille de l'endroit ou le nombre de personnes présentes n'ont aucune importance pour nous, nous voulons toujours de faire le meilleur concert de notre vie... On aime ce qu'on fait, et on veut que le public pense que c'est le meilleur concert qu'ils aient jamais vu.  

La scène australienne des années 80 a été la meilleure période pour la musique des antipodes... Même s'ils n'ont pas eu a même visibilité médiatique, dans les années 90 et 2000 d'excellents groupes ont également surgi (DM3, Brother Brick, Asteroid B 612, Powder Monkeys, Challenger 7...). Que pensez-vous de la scène actuelle, avez-vous des pistes à nous conseiller ?

J'ai entendu parler de pas mal de nouveaux trucs : the Frowning Clouds, the Split Lips font partie de cette nouvelle scène. Un de mes groupes australiens favoris est les Drones, leurs trois derniers albums sont excellents et ils sont très bons sur scène.

Pour revenir sur les Gurus, quels sont vos projets ? Y a t-il des chances de vous revoir bientôt en Europe ?

Je n'ai pas d'autre projet pour l'instant que de finir cette tournée, puis de prendre quelques congés afin de penser à la suite des événements. J'adorerais revenir en Italie. Ciao!




Interview réalisée par Robert CALABRO, et originellement parue sur le site I94 - Traduction Big B. Dangerhouse

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Thee Attacks
Thee Attacks - That's Mr Attack to You - Crunchy Frog

Avec deux « e » et au pluriel, pour d’emblée évacuer toute éventuelle méprise avec les fabuleux ATTACK de Magic in the air et autres Created by Clive. Ceux-ci sont Danois et officient de nos jours…
Quatre angry young men à l’allure Mod du meilleur goût, débarquant de Copenhague sans autre CV à faire valoir que cet album. Méfiance. Toujours un peu. Je crains la bande de types trop appliqués à choisir leur garde robe et à faire comme il faut le clin d’œil aux ainés.
Ceci étant, la pochette est superbe. Fold out avec de terribles photos des sessions d’enregistrement et de mix. L’effet est saisissant. On croirait totalement voir Shel Talmy avec les WHO en 65. Il faut signaler à ce stade de l’enquête que le disque a été mis en boite dans le studio londonien de Liam Watson. Ce seul fait lève le voile sur les qualités sonores du projet. Ca ne peut que sonner.
Ca lève aussi un peu le doute sur le pedigree du groupe. Je ne crois pas me souvenir d’un Liam Watson se compromettant dans un projet foireux. S’il est de la partie, ça doit forcément ressembler à quelque chose. Parmi les plus intéressantes sorties de ces dernières années, il y a d’ailleurs un autre groupe produit au Toe rag, les BISHOPS. BISHOPS qui me font justement penser à plus d’un titre à nos oiseaux danois : Beat ! Presque Mersey … Mais nerveux, tendu. Comme doit l’être tout bon disque de Rock’n’roll, le punk étant passé par là.
Tout ce bazar est fait main « in the cellar ». 12 titres. Pas une reprise. Le disque aligne tout un tas de bonnes idées dont on peut éventuellement penser que quelques une ont été piquées par-ci par-là … Oui, bon, qui ne l’a pas fait ? Tout cela a au moins un immense mérite : Le disque ne tourne pas autour d’une IDEE UNIQUE ! Ca se bouscule, pas le temps de s’ennuyer. Face A, face B et on recommence. Vraiment de première bourre !

Marc Prempain - Loose Nut

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Waistcoats
Waistcoats - We Are The Doctors - Larsen

- Hello Bruno, il paraît que tu as le nouveau Waistcoats ?
- Groumf !
- D'accord, il est au mur. (Le client parcourt les pochettes du regard). T'es sûr ? Je le vois pas !
- Blouarf!
- Non, c'est çà ? C'est quoi cette pochette de merde ? Devo meets Feelgood meets Adriana Karembeu ?
- Bouais !
- Ah, d'accord, c'est un concept... On peut l'écouter ?
- Mmmfff !
- Le premier morceau, c'est normal qu'il fasse toute la face 1 ? Ah, c'est comme les Who avec A Quick One, un mini-opéra... Pas mal, c'est osé et inattendu, ils s'en sortent plutôt pas mal... Y avait autant d'orgue dans les précédents ? Les vocaux sont vraiment bien... Enregistré aux studios Larsen ? Pourquoi aller se faire plumer au Toe Rag, hein ? C'est nickel comme çà ! Bon, quand même, la pochette, hein... (Le client plisse les yeux en éloignant le disque). Je peux te le prendre en Cd, ça sera moins pire... Hein ? Uniquement en vinyle ? Comment je fais pour l'écouter dans la bagnole, moi, hein ? Fait chier, la face B est encore mieux... Oui, bon, t'énerve pas, bien sûr que je vais le prendre, mais tu pourras leur dire, à tes potes de Larsen, ça serait bien qu'ils mettent le Cd en bonus, ou au moins le code de téléchargement, plein de labels de bon goût font ça maintenant...
- Mmmm...
- Bon, je suis mal garé, t'as pas de nouvelles du tribute à Nathaniel Mayer qu'ils préparent depuis le siècle dernier ? Tu leur diras bien qu'ils ne mettent pas une choucroute, ou un char d'assaut sur la pochette, hein ! (rire grassouillet)... Je me sauve, à plus tard !
- Bfffr !


Big B.

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Parting Gifts
Parting Gifts - Strychnine Dandelions - In The Red

Quelle belle surprise, c'est Noël avant l'heure ou quoi ?
La dernière sensation de chez In The Red (on en peut plus de les remercier depuis une dizaine d'années...) est la sortie de l'album des Parting Gifts, à savoir la collaboration lumineuse de Greg Cartwright (Compulsive Gamblers, Oblivians, Reigning Sound) et de Coco, chanteuse guitariste des Ettes (à découvrir d'urgence si vous n'êtes pas familier avec elles, déjà trois Lp hautement recommandables sous la ceinture).
Le projet devait tout d'abord se résumer à un single, mais l'écriture prolifique de Greg ainsi que la bonne ambiance autour des sessions a fait évoluer le projet très rapidement vers un long format.
14 originaux, parmi lesquels Coco a pu placer quelques compos, et une immatérielle et aérienne cover du (Walking Through the) Sleepy City des Stones (1964, à retrouver sur Metamorphosis), l'album coule tranquillement, grâce aussi aux potes venus donner un coup de main: Dan Auerbach (Black Keys), Patrick Keeler (Raconteurs, Greenhornes), Dave Amels (Reigning Sound, Daptones, Mary Weiss...), Poni (Ettes), ou encore la présence d'arrangements de cordes bienvenus.
On peut souhaiter une tournée, please Pour Noël...

Big B.

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Master Plan
Master Plan - Maximum Respect - Green Mist

Le meilleur groupe de potes du monde? Sans doute...
Petit rappel du pedigree de ces gens : activistes chez les Fleshtones, Dictators, Waxing Poetics, le dénominateur commun étant une tendance à la nervosité incontrôlable lorsque leurs groupes respectifs sont en stand-by...
Au moins, pas de calcul, pas de hype, pas de pose (sauf pour la pochette, clin d'oeil au Blood Brothers des Dictators), des compos efficaces, des covers pour se faire plaisir, 13 titres quasi-parfaits... On attaque par BBQ de Wendy Rene, chanté par Keith Streng et sa voix de fausset de plus en plus en place, çà groove il se permet une incartade avec un plan de guitare talk box à la Frampton, pas grave, on pardonne tout, d'autant plus que le second morceau, 14th Street, composé par Andy Shernoff, semble sorti tout droit du premier album solo de Sylvain Sylvain...
Ils font fructifier le patrimoine (I Wanna Feel Something Now des Fleshtones), tâtent du boogie (Get Over Yourself), invitent Dave Faulkner (Hoodoo Gurus) pour faire les vocaux sur Feels Good To Feel, se prennent pendant 3 minutes pour des musicos résidents Motown (Suburban Soul Man) et finissent complètement torchés, le sourire béat aux lèvres dans une Mucha Fiesta impressionnante !
La version Lp est retardée, mais devrait être en bac avant la fin de l'année.

Big B.

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Jim Jones Revue
Jim Jones Revue - Burning Your House Down - Punk Rock Blues/PIAS

Quel écueil, cette épreuve du second album....Combien de groupes prometteurs s'y sont empalés, victimes de la pression, du manque d'inspiration, de la surproduction? Voire de la redite pure et simple, trop anxieux de ne pas pouvoir réitérer la sensation du premier? Dans le cas de Jim Jones, le vieux briscard a su mettre à profit les expériences plus ou moins malheureuses de ses anciens combos (Hypnotics, Black Moses) pour louvoyer savamment entre ces différentes mines immergées...
Au niveau de la production, les manettes ont été confiées à Jim Sclavunos (Grinderman, Nick Cave, Vanity Set entre autres), avec pour mission de maîtriser les fauves en studio, d'adoucir un poil le mur du son sur-saturé qui avait fait la marque de fabrique du premier Lp... Le contrat est plutôt pas mal rempli, le son reste EVIDEMMENT sauvage et violent, mais les éclaircies sont bienvenues, mettant en valeur les vocaux de JJ, les respirations sont plus nombreuses, certains mid tempos et accalmies permettent au groupe de mieux exploser par la suite. Les compos sont vraiment brillantes, on reste sur des structures rock n'roll classiques, mais avec suffisamment d'idées et de gimmicks (la basse saturée de Big Len, l'intro bluesy rampante de Burning Your House Down, l'ambiance fifties parfaite du fantastique Killin' Spree, les solos d'orgue y relayant le piano...) pour faire taire toutes les craintes...
Le groupe a eu le bon goût de sortir l'album en vinyl de manière simultanée, ainsi qu'un single (enfin!) comportant un inédit en face B, Bag O' Demons.

Big B.

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The Dadds
The DADDS - Idées choc et propos chic - Groovie records

Un disque chanté en français ? En dehors d’un titre des LUTINS, (Je cherche, raté sur e-bay il y a quelques jours), de quelques autres des HAUNTED ou des 5 GENTLEMEN, je crois pouvoir dire que je ne me suis plus intéressé à un disque chanté en français depuis … STARSHOOTER ou LA SOURIS DEGLINGUEE – C’est à dire il y a très, très longtemps ! Et ca ne fait pas lourd. Tout ça pour vous expliquer que cet album des DADDS ne m’était pas vraiment destiné. Et pourtant ! Il a pour le moment complètement éclipsé le deuxième album des HIGHER STATE ramené le même jour.
Idées choc et propos chic intrigue. Le parti pris de chanter en français sur un faux ton précieux des textes malins et décalés démarque complètement les DADDS de l’offre habituelle Beat/garage-band 60’s. Ca fonctionne à mort. Ca en devient l’un des points forts du groupe. Vraiment. Il y a un je-ne-sais-quoi d’autodérision, d’absurde dans ces chansons qui font mieux que sauver l’affaire. Au point d’ailleurs que le seul mauvais titre de l’album soit celui chanté en anglais avec un accent effroyable.
L’autre point fort réside dans le fait que les DADDS ne se contentent pas de ressasser les trois powerchords habituels pour composer leurs morceaux et cherchent leur fortune un peu plus loin. En découle un truc un poil sophistiqué, un poil en dehors des sentiers battus, qui ne se dévoile pas forcément à la première écoute mais qui sur la distance tient la route. Le rendement énergétique n’est pas mauvais non plus et ceux qui trouveront ce disque dans les bacs de leur disquaire préféré sous l’étiquette « garage-punk » ne se sentiront pas floués.

Marc Prempain - Loose Nut

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The Branded - Shout and Holler The Branded - S/T
The BRANDED - Shout and Holler et S/T - Dirty water records

Ceux là viennent de Scandinavie mais n’auraient pas déparé à une époque sur scène en compagnie des STING RAYS, des MILKSHAKES … ou des WYLDE MAMMOTHS quelques années plus tard. Autant dire qu’il leur en faut pour sortir du lot. Leurs congénères se comptant, au bas mot, par centaines ! Pourquoi les BRANDED plus que d’autres obscures carbone-monoxydés ? Qu’ont-ils de plus ces trois corniauds ? Rien de révolutionnaire évidemment. Les gens qui essayent de faire de la musique révolutionnaire n’arrivent en général, au mieux, qu’à me faire bailler. Et ceux qui y sont arrivés étaient, à mon sens, avant tout des enragés. BLACK FLAG. New kind of kicks. Non. Les BRANDED sont forts parce qu’ils font naturellement ce que d’autres suent sang et eau à essayer douloureusement de singer. Ils sont naturellement cool. Ces types ont probablement passé leur vie au fond de la classe à regarder les battants, les winners d’un air goguenard ! Connards de battants. Les BRANDED sont la revanche du fond de la classe. Comme les ANGRY SAMOANS ou les DESCENDENTS en d’autres temps. Et ça, c’est cool ! Leur rhythm’n Blues / Beat-punk ratisse de la manière la plus parfaite qui soit. Ils ont de la morgue plein les cordes et vous rappellent en deux accords que la vraie vie devrait se passer le coude à la portière du break Falcon/Dart/ Nomad … une boite de bière à la main. Pour simplifier. Bien sûr, les paroles sont stupides … Girl you look pretty good, Hey little honey, I’m feeling fine mais là n’est pas l’important. Les BRANDED ont le mojo. Collision de 60’s punk et de rythmes presque rockabilly sur Fender Twin chauffé à mort. Cool.

Marc Prempain - Loose Nut

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The Higher State - Darker by the Day
The HIGHER STATE - Darker by the day

Eux sont extraordinaires. Au sens premier du terme. Folk-punk jusqu’au bout du bout des ongles ! Le croisement réussi de la fuzz rugueuse des texans de ZAKARY THAKS avec la nonchalance des BLUE THINGS ! Pour ceux que ces références laissent froids (Qu’ils plongent dans ce cas au plus tôt sur les rééditions des deux groupes), il faut imaginer un truc chargé de mélodies un brin mélancoliques et d’harmonies vocales, le tout BIEN ENREGISTRE dans un garage (désolé pour le lieu commun) … et souvent blindé de Fuzz-tone. Ce qui me rappelle que c’est Mole (MYSTREATERS, EMBROOKS et aujourd’hui HIGHER STATE) qui disait que le son, les sons, étaient aussi importants que les morceaux eux même. Le plaisir de jouer tenant autant aux sons produits qu’à la chansons interprétée. En tous cas, les HIGHER STATE sont passés maîtres en la matière. Ce truc sonne. Sonne comme un déferlement de hauts médiums prompt à dégoûter tout ingénieur du son actuel digne de ce nom. Comme un disque enregistré à Corpus Christi en 1967. Si certains titres dérapent en « freak-out » (comme disent les connaisseurs) et si quelques mélodies évoquent furieusement les meilleures heures du Fillmore, c’est que l’autre mamelle de l’art des HIGHER STATE est vraisemblablement un goût prononcé pour le San Francisco sound (MOBY GRAPE, AIRPLANE anyone ?) Ce goût prononcé ne détermine pas pour autant au final la coloration du groupe. Darkest by the day reste avant tout l’œuvre d’un garage-band . De l’un des meilleurs.

Marc Prempain - Loose Nut

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The Black Hollies - Softly Towards the Light
The BLACK HOLLIES - Softly towards the light - Ernest Jenning records

Pour ce troisième album, les BLACK HOLLIES poursuivent à l’envie la logique qui les avait amenés à sortir Casting shadows. Plus rien ne semble vouloir pénétrer la bulle dans laquelle le groupe paraît s’être enfermé. Tout laisse croire que The END vient de sortir Introspection et que les BLACK HOLLIES ont décidé de leur donner la réplique avec ce nouveau disque. Entre leurs débuts de 2006 et aujourd’hui, le groupe a accompli des progrès considérables. Les hésitations, le relatif manque de personnalité reproché au premier album sont loin. Ils sont impressionnants de maîtrise. D’autant que la voie qu’ils ont décidé d’emprunter, initiée avec l’album précédent, n’est pas la plus facile. Plus grand chose de « beat/garage/punk » ici … Nous sommes vraiment immergés en pleine pop-psychédélique, avec pour compagnons de jeux rêvés les Billy Nichols, BLOSSOM TOES, The END et autres FAIRYTALE. La filiation est évidente et le groupe est à la hauteur de ses inspirateurs. Les échanges entre l’organiste (Farfisa / Hammond / Vox / Wurlitzer / Mellotron) et le guitariste sont un régal. Herbert Wiley a conservé une fuzz hargneuse, c’est Jon Gonnelli (guitariste uniquement sur les album précédents) qui se charge des claviers. Tout ça au service de morceaux composés et arrangés par Justin Morey et laissant, c’est une évidence, la part du lion aux mélodies éthérées. Une seule chose me tracasse. Si les BLACK HOLLIES devaient suivre leur logique, ils devraient bientôt se séparer pour reformer ensuite sous un nom stupide en arborant moustaches et chemises satinées et nous servir une diarrhée progressive … Dieu merci, je m’en félicite rarement mais nous sommes en 2010 !

Marc Prempain - Loose Nut

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Black Hollies - Casting Shadows
The Black Hollies - Casting Shadows - Ernest Jennings Records

Curieux parcours… Les trois quarts des BLACK HOLLIES sont issus de RYE COALITION. Groupe post-Hardcore assez populaire dans les cercles concernés. De l’ultra underground aux tournées avec FOO FIGHTER et QUEENS OF THE STONEAGE, RYE avait connu une nette ascension. Une sombre histoire de label et de disque au placard semble avoir mis le groupe en stand-bye.
En ce qui me concerne, pas de regrets. Pas vraiment de souvenirs marquants du groupe non plus d’ailleurs.
Toujours est-il que quelques après midi d’inactivité passées à écouter des 45t Soul ont suffi à inspirer aux ex-RYE COALITION l’envie de fonder les BLACK HOLLIES. But de la manœuvre, émuler les fameux singles soul. La mise en pratique de ce qui n’était qu’un postulat de départ révélera au groupe d’autres envies et aboutira en 2006 à Crimson reflections, le premier album. Sympathique mixture de blues-rock sauce high energy, le disque révèle tout de même par endroit un groupe encore en cours de gestation , «qui cherche à sonner comme».
Casting shadows semble être une étape complètement nouvelle pour le groupe. Plus aucune concession ne semble vouloir être faite au public de leur ancien groupe. On est cette fois à des années lumière de RYE COALITION. Le groupe sonne tout simplement comme un garageband US de ’67 atterrissant dans un Soho en pleine explosion pop-psychédélique.
Les BLACK HOLLIES me rappellent un peu MOD FUN, d’autres américains ayant trempé dans les mêmes trafics. Attention, que ceux qui se souviennent de MOD FUN ne se laissent pas abuser, Casting shadows me paraît infiniment plus élaboré que tout ce que les modernistes New Yorkais nous avaient fait parvenir à l’époque.
Cet album est riche. Les mélodies, dans certains cas quasi psychédéliques, sont toujours soutenues par une énergie sans faille, énergie ouvertement beat-punk dans Paisley underground lardé à la fuzz ou Hamilton park ballerina.

Marc Prempain - Loose Nut

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The Shaggs
The Shaggs - Philosophy of the World - BMG

Ecouter les Shaggs est une expérience ; décrire cette expérience en est une autre.
1969, Fremont, New Hampshire. Austin et Annie Wiggin sont les heureux parents de 4 filles : l’aînée Helen à 23 ans, suivent Dorothy, Betty & Rachel.
La famille blanche américaine typique de ces années là. La photo d’Austin & Annie à l’intérieur du livret offre l’image de deux êtres sains aux visages aimables. L’image de Dorothy, Betty & Helen en cover dispense un trouble… profond ; c’est quoi, ça ?! Non, les Wiggin ne sont pas une famille NORMALE ! Papa et maman souhaitent que leurs filles enregistrent un disque, de compositions originales. Soit.
Musicalement, les Wiggin Shaggs sont l’antithèse des Beach Wilson. No harmony, ou alors from nowhere, outer space. En fait, les Shaggs sont l’antithèse de tout.
Leur musique est perturbante ; elle est une aberration, une anomalie fondamentale. Elle est impensable, et pourtant elle peut avoir une fonction. Selon Big B, Philosophy of The World est l’album parfait pour se débarrasser des invités inopportuns en fin de soirée. Faites l’expérience : invitez un ami (qui n’en est pas un, c’est préférable car vous ne le reverrez pas ; jamais) ; après le repas, installez-le confortablement dans le canapé en mohair qui orne votre salon lounge ; servez lui un alcool fort, le meilleur de votre réserve. Engagez la conversation sur un sujet futile et profond – la fin du capitalisme, par exemple – et, subrepticement, glissez le Cd des Shaggs dans le lecteur ; appuyez sur play. Après quelques tics nerveux, de la bouche, de la jambe droite, les doigts qui se tordent, vous verrez apparaître des gouttes de sueur sur le front et les tempes de votre invité. Celui-ci n’aura même pas le réflexe d’aller reprendre ses esprits aux toilettes, s’asperger d’un peu d’eau en tentant de comprendre ce qui l’est en train de vivre. Non. Il se lèvera et vous dira simplement qu’il doit partir, loin, très loin, ailleurs, là où ELLES NE SONT PAS !
Les Shaggs sont le seul groupe dont les membres ne jouent pas ensemble (définition possible pour toute famille ?). Helen à la batterie semble taper avec un bras et une jambe, pas les bons et tous deux lourds, très lourds. Dorothy et Betty jouent de la guitare et chantent ; mal, l’ensemble et dans l’ensemble. Le rythme traîne la patte, les instruments sont à côté de la plaque. Dorothy compose et arrange tous les morceaux. Ce sont des pièces primitives, des os ; ou des œufs d’où éclosent d’étranges petites créatures, moches et gentilles. Ce sont les chansons des Shaggs.
Big B le dit aussi, «les Shaggs sont les seules dont on ne peut reprendre les chansons ; elles sont impossibles à rejouer ».
Tout ça étant dit, les Shaggs sont aussi inécoutables qu’indispensables, devenues mythiques au fil du temps… qui n’a aucune prise sur les Shaggs.
Oui, vous voilà prévenus, les Shaggs vous offrirons votre dernière gigue avant l’asile.

ludo

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Phantom Band
The Phantom Band - Checkmate Savage - Chemikal Underground

Dès The Howling, la voie est tracée : rythmiques obsessives, rigueur des lignes, musique automotrice, désirs d’ailleurs. De nuit s’éloigne Glasgow, direction la cambrousse.
Se définissant comme «a Proto-Robofolk sextet» et jouant masqué, The Phantom Band pourrait être le petit frère abrupt de Super Furry Animals. Outre la fixette sur des Beach Boys fantasmés et les grands espaces vertigineux, s’aiguisent les angles acérés du kraut. Et chez les deux, d’Ecosse à Galle, les mêmes strates bariolées de psychédélisme fantasque ; ascensions en spirales, tension qui bourgeonne. Recherche constante de lignes de fuites mélodiques, fuselées, surprenantes, aérées.
Pour dérouler ses morceaux, le band prend son temps : 9 titres en 55 minutes. Bâtisseurs de climats, dresseurs d’atmosphères. Burial Sounds donne corps à une cérémonie voodoo dans les Highlands.
Paré d’un riff imprenable, Folk Song Oblivion commence dans les dédales du château pour déboucher sur la lande et finir dans le Cave. Vieilles pierres, grand air, envoûtement lunaire : Phantom Band mixte les styles, les époques, les lieux ; les étiquettes font la gueule. L’envoûtante Crocodile nous change en zombie plongé dans le marais bayou ; les guitares nous y noient. Halfhound branche les esprits de Pavement et Jon Spencer dans une rue berlinoise. Romantique et ténébreux, scandé et brouillé, Left Hand Wave est le morceau au cul duquel galopent les moines copistes new wave de l’époque.
Les quasi 9 minutes d’Island dessinent un paysage paisible et dynamique - beau travail sur les vocaux. Une chanson de marins, puis une de cow-boys : Throwing Bones marche droit mais arqué ... et retrouve les garçons de la plage la gueule ensablée !
Comme d’autres combos écossais - Orange Juice, Pastels, Jesus & Mary Chain, Proclaimers, Biffy Clyro, Teenage Fan Club… - Phantom Band passionne en lorgnant du côté des States, le regard toujours plus à l’Ouest… l’americana, mais les pieds décidément scottish. Ajoutant quelques touches électro à son rock secoué, the Phantom Band invente… l’eurocana !
En fin de course, The Whole Is On My Side dresse le feu de camp. Faites de beaux rêves.

Ludo

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Don and the Good Times
Don and the Good Times - The Original Northwest Sound - Sundazed

Si je vous dis Northwest Sound, vous pensez immédiatement KINGSMEN, SONICS et WAILERS, ou PAUL REVERE AND THE RAIDERS.
Pas faux ! Mais grave omission. Officiait également dans les mid 60's une bande de dingos capables de dégommer les standards des premiers avec la fougue et le raunch des seconds, tout en vous réservant quelques tours des derniers, costumes compris.
DON AND THE GOODTIMES est le grand oublié de la bande. Avec The Original Northwest Sound, Sundazed répare l'injustice en 25 morceaux. 25 titres matraqués comme on aurait cru seuls les SONICS capables de le faire. Point de psychédélisme ici. Ca joue cru. Batterie à vous émietter les os. Orgue Farfisa survolté. Good time Rock'n'roll propre à réduire une scène en poussière. Tout juste le temps de se calmer le temps d'un superbe Running not walking un tout petit poil mélancolique ou de quelques instrumentaux laissant libre cours à leur mortel organiste... Il n'y aura rien, rien à jeter. Profitez en, pour une fois vous avez les moyens de réparer une injustice...

Marc Prempain - Loose Nut

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The Jim Jones Revue – S/T

The Jim Jones Revue - S/T - Punk Rock blues

Nous, c’est pas la réflexion qui nous étouffe : je pense que notre album en est la preuve…. L’instinct et l’intuition ; telluriques. Enregistrement : quatre pistes ; quarante huit heures. Ecoute : dix morceaux ; trente minutes.
Suite aux aventures Hypnotics et Black Moses, la bonne maison Jones continue à brûler, toujours à grands feux. Burn in / Burn out ! A Nick Jones (drums), Gavin Jay (bass) la charpente, dure comme le roc ; à Rupert Orton et Jim Jones (guitars) les flots électriques saturés ; à J.J. the voice, en rut, crachant la rouille ; enfin à Elliot Mortimer (piano) le martèlement psychotique.
Oui, le retour fracassant des touches marteaux est la grande affaire de la Revue ; venant appuyer (fort) là où ça fait mal, le piano pose sa marque cinglante, sa vitesse déviante ; remember Jerry Lee Lewis ; aussi Chuck Berry… ; Little Richard !
Fondant le blanc et noir pour en sortir un ouragan rouge sang, Jones et ses hommes sont des anglais de saloon, red velvet suintant sueur au mur. Il fait chaud ; les rues de Londres - époque Jekyll & Hyde - sont moites, menaçantes. Mais en photo, JJ rejoue l’exorciste : il est à la fois Regan McNeil et father Merrin, le mal et son remède. A l’écoute du Lp, rouleau compresseur increvable, on entend qui a (encore) gagné… Le son est énorme, sale et tranchant, plein, exclusif. Les chansons sont les pythies, prêtresses sexuellement incarnées, insoumises, offensives. Elles composent le premier album de la Jim Jones Revue, l’oracle ; en 2008, un dieu dit le futur du rock’n’roll : il sera pour grande part dans son passé le plus enragé et possédé, aux alentours de 1955. Le reste est pioché dans notre époque folle furieuse.

LUDO

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Beach Party
The Besnard lakes - The Besnard lakes are the Black Horse - Jagjaguwar – Differ-ant

THE BESNARD LAKES Are the Dark Horse ; ah bon … Disaster introduit l’album des Canadiens en douceur trompe l’œil, songe psyché avec voix entremêlées qui nous ramènent – encore ! – aux Beach Boys. Dingue comme ce groupe mythique, aussi tordu qu’accessible, a pu laisser des traces dans l’inconscient pop. Mais Disaster, malgré ses violons et flûtes bucoliques et ses vocaux envapés, contient une lame - lave ? - de fond qui laisse présager de la suite ; le désastre ou l’écroulement par l’intérieur. For Agent 13 s’attaque au piano, avant qu’un orgue n’accompagne les voix de JACE LASEK et OLGA GOREAS (quels noms !), couple de savants fous à l’origine de ce projet. Puis le morceau se pose et se distant, jouant avec l’espace et les silences. On se dit qu’on patauge sévère dans la glu psychédélique, pas loin des farfadets défoncés de Spacemen 3. Après 4 minutes passées à fumer les racines, le morceau décolle du sol, comme porté par un filet de bave céleste. Mouais. And You Lied To Me est un morceau de bravoure où le groupe au complet divague au milieu de prairies voisines de celles où sont gardées les vaches folles de My Morning Jacket, gang de barbus sudistes également psychotropes. Alors, les BESNARD LAKES sont un cheval de trait ? On peut trouver ça aussi irritant et laborieux qu’une soirée canapé, épuisant et vain comme le dernier Lynch. Mais sous le vernis prog-drug se cachent des morceaux brillamment élaborés, étirés, sinueux et harmonieusement enluminés, comme troués d’éclaircies. La suite de l’album se déploiera ainsi, entre bacchanales hallucinées (l’excellent Devastation), gonflées aux produits mais rarement bouffies, et plages fantasmatiques où la candide Olga / Alice passe de l’autre côté du miroir (Because Tonight). Pour peu qu’on goûte les rêves éveillés, on retiendra la subtilité de la production qui permet de rendre palpable chaque atome du chaos. On Bedford and Grand "célèbre l’union entre Pink Floyd & Beach Boys again, alors que d’un ton badin et écorché, Cedric’s War vient conclure cette profession de foi : structuration du désordre et aspiration vers le haut. Ainsi, cultivant les paradoxes, THE BESNARD LAKES illustrent leur capacité à être, dans un même mouvement, défaits et lucides. Le plus remarquable étant que cet album largué et maîtrisé sorte maintenant, aujourd’hui, en 2007.

Ludovic Dutheil

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The Shins – Wincing the Night Away
The SHINS - Wincing the Night Away - Sub Pop

THE SHINS, quatuor originaire d’Albuquerque, Nouveau-Mexique, et installé à Portland, Oregon, est un groupe qui ne peut être accusé de miser sur son physique, aussi sexy que le nom qu’il s’est choisi. Avec un zeste de pudeur, on parlera donc ici de beauté intérieure. Le titre de leur troisième album, Wincing the Night Away, fait quant à lui référence aux insomnies de James Mercer, 35 ans et cerveau des Tibias.
Leur histoire, assez singulière, passe par la case cinéma : en 2004, alors qu’est déjà sorti leur deuxième Lp Chutes Too Narrow, ZACK BRAFF donne au sein de son film Garden State un "rôle" au titre New Slang, tiré du premier album des SHINS, Oh, Inverted World. "Cette chanson va changer ta vie, je te le jure", déclare le personnage interprété par NATALIE PORTMAN, lumineuse ambassadrice. Après avoir galéré pendant des années, JAMES RUSSEL MERCER (chant, guitare), DAVE HERNANDEZ (basse), MARTIN CRANDALL (claviers) et JESSE SANDOVAL (batterie) vendent une plâtrée de disques. La machine s’emballe donc pour THE SHINS, dans le désordre certes.
Commençons donc par cette troisième envolée qu’est Wincing the Night Away et son éclat inattendu. Pour qui veut bien s’y abandonner, cette musique possède un pouvoir comparable à celui d’une endorphine : atténuation de la douleur, réduction du stress, sensations de plaisir, éclosion du sentiment amoureux. "Libérées en forte quantité, les endorphines peuvent créer un sentiment d'euphorie. Les coureurs de fond parlent même d'extase suite aux libérations importantes d'endorphines résultant de leurs gros efforts. Une sensation proche de la prise de drogue à la différence que les endorphines sont toujours bénéfiques pour l'organisme." (http://fr.wikipedia.org).
Alors, quels sont les facteurs d’un tel effet chamanique ? Comme toute magie, il s’agit d’un ensemble de substances, d’arômes et d’essences s’unissant en une forme et un fond mirifiques. Pourtant, à première écoute, la musique des SHINS apparaît sage et discrète, comme naïve, fort polie, presque lisse ; on se dit dès lors que c’est bien joli, bien gentil, et l’on cherche la petite bête, le truc qui cloche, la verrue sous la vertu. Peine perdue, pas plus de naïveté que de cynisme dans la musique des SHINS, juste un talent hors du commun pour composer des pop-songs aux structures et accords originaux, des morceaux gais et mélancoliques à la fois, jamais frimeurs, charmants sans être précieux. Au-delà de la subtilité d’écriture et de production, le charme cosmique des SHINS tient à la voix de JAMES MERCER, harmonieuse et ensoleillée, qui tisse des lignes de fuite mélodiques pénétrantes.
L’entrée se fait en apnée, dans les fonds sous-marins ou l’espace intersidéral ; petit à petit apparaissent les étoiles, de mer ou des cieux. Puis, par surprise, après plus de deux minutes, le ton se durcit, alors que la voix de JAMES MERCER prend de l’assurance, son chant nous fixant droit dans les yeux. Le morceau s’appelle Sleeping Lessons, certainement en rapport avec ses insomnies évoquées plus haut, et ce que l’on a d’abord pris pour un endormissement est en fait un éveil ; ou peut-être s’agit-t-il de la genèse d’un rêve ?
L’introduction d’Australia se fait sur un rythme badin, accompagné de voix gambadant dans les prés. Puis apparaît une première mélodie pop imparable, comme du Smiths - non, ne partez pas - joyeux ! Écoutez combien et comment la voix de James porte la mélodie à bout de bras, le cœur dans la main, avant qu’une guitare liverpoolienne sixties prenne le relais. La miniature Pam Berry rappelle plutôt Pulp Fiction, avec ce mur de réverbérations. L’enchaînement avec Phantom Limb est magnifique. Les Shins reviennent aux USA et retrouvent les Beach Boys sur la plage ; on sent le sable, doux et chaud, et le sel, lucidité sous forme d’amertume. Avec Sealegs on est plongé dans l’eau avec les curieuses algues (?) de la pochette. La zique des Shins est ainsi, comme d’étranges formes vivantes et bourgeonnantes, naturellement connectées entre elles mais sachant aussi être indépendantes. La construction de ce morceau en rouleaux est fascinante ; et toujours cette voix si expressive, relâchée et pourtant d’une présence cruciale. On dira que le motif électro, vers les 3 minutes 45 secondes serait le chant du bulot, aquatique, guilleret et relax. Il est passionnant d’entendre comment MERCER donne de l’espace et de l’air à chacun de ses motifs musicaux, chaque phrase ayant le temps de s’épanouir et de se développer.
Red Rabbit retrouve la trace de Brian Wilson, tant par sa mélodie à la fois proche et sophistiquée que dans son instrumentation, légère et scintillante. Les SHINS se jouent ainsi de l’attraction et de l’abstraction ; avec peu s’érigent des châteaux de sable, imposants et fragiles à la fois. Avec ses guitares carillonnantes, Turn on Me a le classicisme (et pas conformisme) des canons pop, doté d’un son garage rock, mais décoré de velours. Ensuite, Black Wave nous porte en apesanteur dans les mêmes Grands Fonds … d’en haut ! Une guitare limpide, des claps de mains hydroponiques, un sonar caressant et la voix de MERCER, toujours aussi directe, envoûtante sans le vouloir.
Spilt Needles semble d’abord être sœur de la précédente, mais le ton s’est durci à nouveau. MERCER livre là son hymne new-wave, une banquise habitable et hypnotique. Par deux fois, la chanson change de braquet, portée vers le haut par la voix de ce chanteur hors du commun, élément clair sur fond distordu. Girl Sailor pourrait être un prolongement de l’œuvre des Go-Betweens (Grande-Bretagne, États-Unis et maintenant Australie… THE SHINS voyagent dans l’espace et le temps de la pop … 3 continents en moins de 42 minutes !). Le solo de guitare est ce que j’ai entendu de plus fin en la matière depuis longtemps, sublimé par un chœur bon enfant.
Et… A Comet Appears ; la guitare slide nous rappelle que c’est la tombée de la nuit et qu’il nous faut renter. JAMES MERCER nous raccompagne à la porte de ses rêves sur la pointe des pieds, en nous parlant comme à un ami, avec délicatesse et simplicité. Anyone else never worked so long and hard to cement a failure, nous dit-il ; on ne sait pas de quelle failure il parle, mais son long et dur travail de reconstruction nous offre un résultat miraculeux.
Préférant les bras de fer entre bûcherons, certains balayeront cette œuvre subtile d’un revers de la main. Tant pis pour eux, moi je retourne à la playa, … sur Mars !

Ludovic Dutheil

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Shearwater – Palo Santo
Shearwater - Palo Santo - Fargo

La cover du quatrième album de SHEARWATER (une photo de CHRIS WILLIAMS) représente un bois touffu et mystérieux de grands arbres blancs, peut-être des pins enneigés ou alors comme congelés, cryogénisés. Le premier morceau colle à cette image : un paysage sauvage et inexploré qui apparaît d’abord comme figé, pratiquement silencieux, avant que l’on ne perçoive de légers bruissements - le vent dans les branches ? - qui s’amplifient peu à peu avant de combler l’espace tout entier. La musique de SHEARWATER déploie ainsi son intensité comme pourrait se développer un organisme vivant, tout en boutures et bourgeons éclosant, avec chenilles et papillons en farandole.
Le groupe est originaire d’Austin, Texas. Le maître d’œuvre s’appelle ici JONATHAN MEIBURG, diplômé en ornithologie (shearwater signifie en français puffin, une espèce d’oiseaux marins taxonomiquement proches des albatros) et sa musique est aussi passionnée que troublée, tourmentées, comme vrillées de l’intérieur ou encore tombée du nid mais de suite renvolée, dessinant des arabesques rigoureuses mais risquées. On retrouve par instants quelques volutes orageuses telles que chez Arcade Fire, et une proximité entre la voix de Jonathan et celles de Tim Buckley ou encore de Mark Hollis, le voyageur immobile de Talk Talk ; il y a chez eux cette même capacité à jouer avec le souffle et le silence, à étirer l’espace et le temps. Palo Santo est ainsi un magnifique voyage ascensionnel survolant terres et océans, bien haut dans le ciel, traversant avec grâce tempêtes et accalmies, entre soleil brûlant et vive pluie.
L’appel de la forêt, ou l’orée du rêve, se nomme donc La Dame et la Licorne et c’est une entrée en douceur, mais d’une fougue ascendante qui ne cessera de croître. Le second morceau, Red Sea, Black Sea, est monté (en neige) comme une souple spirale insistante et obstinée. Puis vient White Waves sur un rythme rock et élancé, à la fois ample, lourd et flexible. Palo Santo, le morceau, est un songe enchanteur mais inquiet, porté par la voix une nouvelle fois magnifique de MEIBURG. Seventy-Four Seventy-Five est mené par un piano puissant et un rythme qui claque sec, avec l’intervention d’augustes trompettes. Nobody se compose d’une mélodie arrache-cœur sur voix de velours, le tout étant simple et complexe à la fois.
Avec Sing Little Birdie c’est Nick Drake qui s’invite à la fête, le bois résonne dans la chaleur du feu et des cordes. Johnny Viola a l’allure d’un classique, la tenue majestueuse et le port princier ; pour être plus direct, c’est une putain de bonne chanson ! Failed Queen est un nouveau moment de grâce subtile, tout en douceur, souplesse, caresse, toujours avec cette écriture tendue et déliée, les instruments jouissant d’une folle liberté. Hail, Mary qui suit est encore un morceau impressionnant, tant dans sa composition, sa progression que son interprétation, dense magma engloutissant sa propre force.
Après nous avoir cloué à terre, SHEARWATER redéploie ses ailes une ultime fois pour jouer Going is Song et nous berce comme pour mieux nous faire atteindre un degré supérieur au pays des songes ; la beauté scintille de toutes parts, mais reste finalement inaccessible. Palo Santo est bien un trip panthéiste dans les bois blancs, un périple ténébreux mais enveloppant, agité mais rassurant.

Ludovic Dutheil

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The Bones – Screwed, Blued and Tattooed
The Bones - Screwed, Blued and Tattooed - People Like You

'I USED TO FUCK PEOPLE LIKE YOU IN PRISON'' Cette phrase sibylline en forme de douloureuse promesse aurait été chuchotée par la teigne Richard Widmark au creux de l'oreille du dur cow-boy au cerveau mou John Wayne, durant le tournage d'Alamo. John se dit en son for intérieur (qu'il avait armé jusqu'aux dents) que ces tapettes de communistes avaient décidément des mœurs étranges ; puis il shoota quelques Peaux-Rouges (encore ces satanés coco !) pour se libérer l'esprit. Plus récemment et prosaïquement, cette délicate attention sert aussi de nom à un label allemand de Dortmund qui en veut plus à nos tympans qu'à nos fondements. The BONES, dignes représentants de la bonne maison I.U.T.F.P.L.Y.I.P., sont quatre suédois qui fantasment méchamment sur l'imagerie classique du rock'n'roll, le vrai, celui qui s'habille en cuir, qui conduit de grosses voitures pour emmener d'innocentes et néanmoins lubriques créatures au drive-in afin de mater des films de série Z, comme 'Zombies want my bikini', et conclure ensuite sur la banquette arrière. En somme, le rock hirsute qui fait peur aux parents (qui préfèrent Mike Brant, parce que "lui au moins il savait s'habiller avec de belles chemises en poils poitrinaires") et excite les enfants. Le truc en plumes (plombées) des Bones consiste à dévaler des pentes raides à toute berzingue, les lunettes noires scotchées sur le nez, une bouteille de gin dans chaque main et les jambes tricotant dans le presque vide, alors que les pieds ne touchent déjà plus terre. Leur objectif est de se prendre des murs, à défaut de les dresser (ne sont pas les Stooges qui veut !), en imaginant qu'Elvis se trouve derrière et les attend à bras ouverts. Tout en guettant donc l'occasion de rencontrer le spectre fumant du King, dans un club de strip-tease par exemple, les Bones font crisser les pneus, hurlent à la lune comme des loups en manque de chair et friment devant les filles dans le dos de leurs mères. La musique des Bones allie fraîcheur spontanée, chromes rutilants et décontraction du gland ; la première guitare creuse la plaie tandis que la seconde vient y déposer quelques gouttes de citron salé. Boner et Beef Bonanza, soit deux voix et douze cordes, râlent et hululent à la manière de ceux qui veulent faire le sexe ici et maintenant, pendant que les aussi bien nommés Dollar Ace et Spooky Fred se chargent avec obstination de l'assise rythmique. En définitive, brutes et truands à la fois, ces quatre bons gars n'inventent rien mais le font bien. Et en fin de parcours, même pas fatigués par tant de débauche, ils livrent clé en main un simili classique qui les place instantanément dans l'air du temps, Monsters Prefer Blondes (''Easy girls with tiny brains.Bimbos with humungus tits'' !), suivi d'une courte mais intense déflagration de trente secondes qui en dit long sur les velléités d'ouverture musicale de nos amis, Wu-Tang Sucks. Au fait, savez-vous ce que font subir les membres du Wu-Tang aux cow-boys en prison ?

Ludovic ''Geronimo'' Dutheil

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Spencer Davis Group – I’m a Man
Spencer Davis Group - I’m A Man - Sundazed

Lorsque Spencer Davis engage Steve Winwood, un jeune gars de seize ans, pour jouer de l'orgue dans son groupe, il ne sait pas que le morveux lui piquera irrémédiablement la vedette quelques mois plus tard. Steve Winwood se considère comme un organiste, c'est dans ce domaine qu'il veut être reconnu ... C'est pourtant un incroyable chanteur. Il n'y a même guère que Steve Marriott des SMALL FACES, et encore, pour rivaliser avec lui dans le registre Blues / Rhythm and Blue que le groupe pratique.
L'angle sous lequel le SPENCER DAVIS GROUP aborde la musique noire est plus académique que celui qu'ont choisi les SMALL FACES. Pas touche aux standards et aux règles qui s'y rapportent. La pratique est plus respectueuse, plus sophistiquée, maniant d'avantage la reprise que les Faces qui ont leur couple Mariott / Lane pour composer.
Le SPENCER DAVIS GROUP fait preuve d'une grande finesse dans son jeu et donc, d'un incroyable chanteur à qui même la Tamla-Motown aurait pu faire les yeux doux ... I'm a man (Sundazed records) qui doit être le second album US du groupe, en est la preuve parfaite. S'il manque parfois un peu des cisaillements de guitares que propose la concurrence, on ne trouvera pas ici le moindre avachissement, la moindre fausse note ou baisse de tension. Juste du blues et du rhythm and blues à l'anglaise. Elégant, tendu, arrogant. Mod.

Marc Prempain - Loose Nut

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Dean Carter – Call of the Wild
Dean Carter - Call of the Wild - Big Beat

Rien de correct n'a été enregistré après 1967. C'est le genre de constat que devait se faire Dean Carter quand il a enregistré les morceaux qui composent Call of the wild et qui viennent de ressortir chez Big Beat. Exception faite que son horloge personnelle s'était bloquée sur 1957 et que son idée de passeport pour la postérité était de faire jouer du rockabilly à une bande d'émules des YARDBIRDS ou de MUSIC MACHINE tout droit sortis du middle-west et tout juste moins tarés que lui... Le résultat est une espèce d'ovni à mi-chemin entre Shaking all over des GUESS WHO et Girl can't dance de BUNKER HILL avec en cours de route quelques fantaisies de crooner cinglé. 28 titres en tout, allant du franchement dérangé Rebel woman au totalement inepte Hannah Hannah. Comment faire confiance à un mec qui se baladait en 1967 avec une banane sur la tête et une veste en peau de zèbre sur le dos ? Franchement en dehors de la cible non ? Le genre de truc qui devrait vraiment plaire à ceux qui font une poussée d'urticaire en voyant les labels actuels faire des études de marchés avant de sortir leurs disques...

Marc Prempain - Loose Nut

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In the Red
interview Larry Hardy

Où et quand as-tu commencé à vibrer pour le punk rock ? Quels furent les groupes importants pour toi ?

J’ai eu la chance que connaître quelques types plus âgés et bien cools qui m’ont fait écouter de la bonne musque alors que j’étais très jeune – j’ai maintenant 40 ans. Je suis tombé dans la marmite punk rock en 76/77 et cela a changé ma vie. Mes groupes préférés étaient les RAMONES, les SEX PISTOLS, les SAINTS et les DAMNED. Les CRAMPS ont complètement changé ma vision de la musique, j’ai toujours aimé ce groupe.

Quand et pourquoi as-tu monté ton label ?

J’ai eu l’idée en 1991. La raison principale était que je voulais sortir un 45 tours des GORIES. Ce fût le premier groupe auquel je me suis adressé, ils étaient d’accord et c'était parti !

Comment t’es-tu débrouillé ? Avais-tu une quelconque expérience ? Comment as-tu trouvé l’argent ?

Je n’avais quasiment pas d’expérience mais je connaissais des gens qui avaient déjà sorti des albums. Long Gone John de SFTRI et Tim Warren de Crypt sont des amis, et leurs conseils furent très précieux. L’argent ? Je l’ai économisé sur mon salaire d’employé temporaire dans une épicerie !

Quelles personnes ou labels étaient alors tes modèles ?

Tim Warren était un modèle. J’aimais ce concept de label qui ne sort que des disques d’un même style. In the Red doit être reconnu pour ses disques de rock’n’roll brut et de rythm’n’blues garage.

Comment trouves-tu des groupes ? Reçois-tu beaucoup de démos ?

Je reçois énormément de démos mais la plupart des groupes que je signe ont déjà sorti quelque chose avant sur un label plus petit.

Qui travaille chez In The Red ?

Moi et mon pote Jimmy Hole sommes les deux seuls employés… Jimmy s’occupe du site web, du design, des pochettes…

Y a-t-il une histoire derrière votre nom ? Quelque chose de plus que votre logo n’explique pas ?

L’expression est juste là pour signifier quel son brut, lo-fi et explosif je voulais avoir lors de nos premières sorties. Ca reflète le niveau de distorsion que nous avons amené sur nos disques.

Est-ce que le label est un hobby pour toi ou peux-tu en vivre ?

Au début, je devais travailler à côté mais maintenant la musique c’est 100% de mon temps. A côté je m’occupe d’un label qui s’appelle Birdman records et qui appartient à mon pote David Katznelson.

Ces deux dernières années, vous avez sorti un paquet de très bons disques alors qu’avant c’était plus calme ; comment cela se fait-il ?

En fait j’ai développé progressivement les possibilités du label. Maintenant je peux me permettre de sortir plus de choses alors je le fais ! Actuellement on est envahi par de nombreux groupes de qualité, ce qui n’était pas le cas il y a 5 ou 6 ans.

As-tu une politique spéciale pour signer les groupes ?

Les groupes doivent vraiment me plaire, c’est tout.

Y-a-t il un lien avec une certaine scène de Los Angeles où se trouve le label ?

L.A. est une ville avec un très riche passé musical. Mais en ce qui concerne le bon Rock n’ Roll, c’est une ville morte. Il n’y a pas de scène et juste par ci par là quelques bons groupes. Les choses qui me plaisent, ne sont ici pas appréciées du tout. Donc non il n’y a pas de lien entre le label et la scène de L.A. Actuellement, les quelques groupes de L.A. que j'aime bien sont FLASH EXPRESS, STARVATION, FUSE!, et THE LAMPS.

Est-ce que le fait de diriger un label indé a une importance pour toi ? Que penses-tu des majors ? As-tu fait des expériences positives ou négatives ?

Je n’ai rien a priori contre les majors mais la musique qui me plaît vient très majoritairement de labels indés. Actuellement on dirait que les majors sont un peu perdues. Par exemple, prends les PONYS qui sont chez moi, toutes les majors se battent pour les avoir mais eux ne veulent pas car ils trouvent cela insensé. On vit quand même une époque bizarre où un groupe qui a une option chez Sire préfère rester chez In The Red. En fait j’ai fait toutes sortes d'expériences avec les majors…

Vinyle ? CD ? Que préfères-tu ? Est-ce que l’un des supports se vend mieux sur certains marchés ?

Je continue à faire du vinyle parce que j’aime ça. Mon format préféré est le 25 cm de couleur noire, pour moi un vinyle doit être noir, car j’ai grandi avec ça. Ce qui ne veut pas dire que je n’aime pas les CDs que j’achète. La plupart des vinyles sont vendus en Europe. On dirait que vous aimez encore beaucoup le vinyle et c’est une raison pourquoi l’Europe me plaît.

Dans quelle mesure le téléchargement influence ton travail ?

Il est certain que le fait d’avoir des titres disponibles on line aide un label comme le mien. Je n’ai pas la possibilité de faire passer ma musique à la radio. Beaucoup de gens m’ont dit qu’ils avaient écouté la musique grâce au web avant de s’acheter les albums. C’est une bonne forme de promo.

Quels groupes ou styles tu ne signeras jamais ?

Reggae, opéra, techno, dance. Il y a un paquet de choses que je ne ferais pas…

Quels groupes ont été tes plus gros succès ? Et les plus grosses déceptions ?

Les DIRTBOMBS ainsi que BOSS HOG et PUSSY GALORE ont été et sont de gros succès. Aux USA les PONYS marchent très bien ainsi que REIGNING SOUND. La déception ? DAN MELCHIOR avec " Bitterness, rage, spite ad scorn ". J’étais convaincu que cet album marcherait mais malheureusement, Dan n’a pas du tout tourné ni fait de la promo, et n’a donc récolté aucune attention de la part de la presse. Le pire c’est qu’il a voulu me faire porter le chapeau pour tout ça. Il a quitté le label et a changé son style de musique (à mon avis dans la mauvaise direction). Il semblerait même que son groupe se soit séparé, quel gâchis !

Ton groupe préféré que tu n’aies pas signé ? Quels groupes prendrais-tu sous ton aile ?

Les A-FRAMES et ceux qu’ils influencent comme THE INTELLIGENCE ou THE DIPPERS. Sinon j’aime les BLACK LIPS, BLACK TIME et les FATALS.

Que pouvons nous attendre de toi dans l’avenir ?

Je viens de sortir les HUNCHES, les LOST SOUNDS , les PIRANHAS, les LAMPS, les COUNTRY TEASERS et VOLT. En 2005 sortiront les nouveaux albums des PONYS et des DEADLY SNAKES ainsi qu’une compilation de 45 tours des DIRTBOMBS.

J. Hiller (Interview) - Lionel B. (Traduction)
OX # 56

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Black Hollies - Casting Shadows
Azkena Rock Festival - 8-9-10 septembre 2004

CHAPITRE 1 :
Oups ! Désolé les gars ! Encore en retard pour soumettre à vos petits yeux rougis cette petite chronique ibérique que, vous n’avez d’ailleurs failli pas lire du tout. Et jamais nous revoir par la même occasion, ce qui ne vous aurait pas empêché de dormir, pas vrai ?
Tout avait trop bien commencé : pas raté le train, un contrôleur compréhensif et serviable, le reste des troupes nous rejoint en gare de Massilia et quelle troupe à lui tout seul : Dennis le magnifique, coiffure impeccable, fringant, bouteille de Tek, citron et un petit sachet de poudre blanche – le sel – voyons qu’allez-vous vous imaginer ?
Bref, comme sur des roulettes ; nous avons rejoint notre Pierrot national à Vitoria, capitale du pays basque espagnol, pour la troisième édition de l’Azkena Rock Festival.
Programmation impeccable, organisation irréprochable, et puis l’Espagne quoi ! J’étais pas revenu complètement indemne de l’édition précédente – Iggy et ses Stooges, Cramps, Dictators, Ray Davies en catégorie Vétéran – Jason Ringenberg sans ses Scorchers – Hellacopters – Hermano (ex-Kyuss) – Ben Vaughn – (Excellent !) – Cherry Valence (Magnifique !) – bref 20 groupes sur 3 jours et que du bon ou presque !
Ré expliquez- moi pourquoi on n’a pas des affiches comme ça en France, j’ai pas bien compris la première fois ? Hein ?.....Ah ouais, peut-être !
Enfin, tout excité comme une jouvencelle le Phil ! 25 000 personnes sur trois jours, tous entamés à la bibine, speed et autres psychotropes pour une bacchanale R’nR’ et pas une once d’embrouille, baston ou bad vibe au compteur ! Organisez ça en France, et vous aurez besoin d’un chapiteau de la Croix-Rouge, de faire revenir Médecins sans Frontières d’Afghanistan, et ce malgré une belle distribution gratuite de valium, prozac et bromure à l’entrée du concert ! Enfin, ceci n’engage que moi ! Calme toi, reprends tes gouttes et raconte leur notre flamboyante arrivée sur les lieux du crime …
J’ai pas vraiment la fibre « Trigano », mais bon, camping gratos, vue sur le site, histoire de faire corps avec l’histoire, vous voyez ?, vivre intensément le moment de l’intérieur ! Donc concours de montage de tente brillamment réussi, le premier attend au bar, nickel !
Une sympathique équipe de télé basque s’approche de nous pour une interview sur le vif (Pourquoi nous ?) « Alors comme ça vous venez de France, et vous n’êtes pas trop inquiet pour le temps ce soir ??? » Bon, c’est vrai que le ciel était passé de gris clair à gris très sombre (noir clair ?) et qu’un petit vent anormalement glacé pour un mois de Septembre venait de se lever : « Non, non pas du tout, on est là pour la musica (très confiants), et pour s’en prendre une bonne, le reste importe peu, la banane jusqu’aux oreilles …… » Z’ont du se la repasser en boucle jusqu’au lendemain celle-là ! Avec l’édition spéciale de la nuit.
Z’avaient pas tôt fini la dernière question, qu’une « puta de tormenta de sa madre » s’est levée, nous interdisant toute autre réflexion que : « Euh ! On fait quoi-là ? » Je crois qu’il pleuvait autant dans la tente que dehors – si c’est possible – un pied dans chaque coin de la tente (Si c’est possible : on était deux !) pour éviter qu’elle s’envole et nous ramène plus tôt que prévu de l’autre côté de la frontière. Je vous jure que j’exagère pas façon Marseille : vous savez c’est le genre d’événement où le lendemain, quand vous discutez avec le pékin du coin, il vous jurera qu’en trente ans on a jamais vu ça !!! Normal, c’était pour notre pomme. Bref trempés jusqu’aux os, on s’est retrouvés – vivants – dans le chapiteau bar du camping afin d’évaluer nos chances de voir les New York Dolls – parce qu’à mon avis, si c’était pas ce coup là, c’était raté – prochain show dans l’autre monde. Après une bonne heure de doute sur la suite des événements – contre le doute rien de tel qu’une demi-douzaine de kalimuchos (vin + coca) – nous avons finalement pu récupéré billets, pass et tenue à peu prés sèche, et nous voilà rassemblés à couvert, disons 4 000 « fellas », pour la « fiesta de benvenida » :
URGE OVERKILL sera vite oublié bien qu’ils aient eu le bon goût d’inviter le batteur des CHERRY VALENCE et le guitariste des GAZA STRIPPERS pour leur tube de la B.O. de Pulp Fiction (Inutile !),
Mention « Pas mal » et « Pas bien original » pour FIVE HORSE JOHNSON dans le registre bon gros rock U.S. et nous voici fin prêts pour la première reformation de notre épopée : « les NEW YORK DOS » en espagnol dans le texte, puisque Syl Sylvain et David JOHANSEN sont les deux survivants de service. Et bien, vous me croirez ou pas : on a pas été déçus !!! Ben, non ! Bonne surprise ! D’accord, y-en-a-marre des reformations – tra-la-la-la – mais là non, tout y était : le son, la manière, la prestance, les morceaux bien sur –tous les classiques y sont passés-, la classe, quoi !
Pas de STEVE JONES à la basse (R.I.P. Arthur Kane, nous-z-a-laché après le concert de LONDRES) remplacé au dernier moment par un bassiste d’HANOI ROCKS (Quelle version ?) et RICHARD CONTE guitariste émérite ex-compagnon d’armes de J.THUNDERS …..ET CA DEFILE…..les deux albums y passent , Piece of my heart de Janis Joplin et un classique de Blues dont le titre m’échappe, un Syl Sylvain en pleine forme, sautant, bondissant et un David Johansen dépressif mais vaillant : ils nous ont gratifié d’une bien belle leçon de R’nR’ en deux heures chrono. Les journaux ont titrés : « MOMIAS EN PLENA FORMA » : inutile de traduire. Pour l’anecdote, David a extirpé à trois reprises une petite pipette qu’il suça religieusement en nous expliquant : « Vous savez, si je prends ça, c’est que je déprime et franchement c’est vraiment pas marrant ! » Brut de pomme ! Tu me passeras ton ordonnance, David ? Donc tous les classiques y sont passés, et, alors que tout semblait fini, ils sont revenus pour un Human Being d’anthologie et sans char, on s’est pris une bonne claque ! Merci,les gars !
Le lendemain, le soleil s’est levé sur le plus bel étendage à linge qui soit. Le temps d’aller en ville vérifier si les Tapas et les Cervezas muy fresca étaient toujours à la hauteur de leur réputation, et nous étions fin prêts pour la deuxième salve !!!! Ready for Chapter Two ?
CHAPITRE DEUX
Résumé des épisodes précédents : « Où nos 5 héros se prennent une sauce mémorable et révisent la leçon : Le Rock ‘n Roll point trop vite tu n’enterreras …. »
Quoi de mieux, après une bonne détrempée des familles que de se réveiller le lendemain (disons trois heures après), dans une tente bouillante sous les premiers rayons impitoyables du soleil ibérique, faisant passer la moiteur des tropiques pour une franche rigolade ! Allez debout les gars : on a une mission. Un passage par la ville, histoire de se rappeler ce que ça fait de se faire bien accueillir dans les bars et les commerces, avec le sourire, du respect, de l’attention –z-cusez-moi, pourriez-pas m’faire just’un peu la gueule pour me souvenir comment k’c’était en France – non j’déconne ….et nous voici revenus sur le site pour la suite des festivités…
17h30 : JOSH ROUSE, le songwriter de Nashville, vient de finir son set sans convaincre –trop gentil pour être honnête- et MOTHER SUPERIOR envoie la sauce. On s’attendait à mieux. Venait de commander leur dernier LP, backband de H.ROLLINS, nos solides gaillards nous ont franchement décus,…comment dire : plutôt balourds.
Bon pas de chance, premier morceau, l’ampli gratte qui pète, ça arrive à tout le monde, deuxième, on change la basse….ça traine : le groupe est un trio : pas le droit à l’erreur, et là, ça rame, c’est une espèce de grosse sauce « hard » bien épaisse, classique, vu et revu, même pas bien fait……..bon : pas vraiment ça !!!!!
18H30. AZKENA c’est deux scènes face à face distantes d’un terrain de football sur lesquelles alternent les groupes sans temps mort ou presque. En ancien du casse-croûte, nous avions zappés les derniers morceaux de Mother Superior pour aller se poster de l’autre coté au premier rang pour ne rien rater de MARK LANEGAN. Den’s,dans le train, me disait : « Putain ce mec-là vient juste de jouer à Paris, j’ai pas pu y aller, tu verrais pas qu’au festoche ils nous rajouteraient pas MARK LANEGAN sur l’affiche. Et là, bingo, kicekinourajoutent ? Lui même ! Je connaissais pas vraiment le bonhomme. Pote à Kurt, Mentor ?, Screaming Trees, Queen of the Stone age, tout le monde vient jouer sur mon album, P.J. HARVEY, STRADLIN, Josh Homme, … Ça cache quelque chose, non ? Et bien, franchement chapeau ! Une sacrée présence, souvent lent, sombre, beau, puissant, 2 guitares hallucinées, une choriste, basse-batterie, peu de jeu de scène : un pied en avant, une main sur le micro, dix cigarettes et surtout une sacrée voix, grave, profonde, sombre. Assez impressionnant le bonhomme.
Devait suivre SOUNDTRACK OF OUR LIVES, mais ces cons ont annulés à deux jours du concert prétextant trop de travail sur leur prochain album et plongeant les organisateurs dans le plus vif désarroi. Faut croire qu’ils avaient même carrément les boules, puisqu’on a pu lire sur leur site qu’ils juraient que le groupe était pas prés de venir jouer à l’Azkena, qu’il fallait pas se foutre de la gueule du monde, etc. NUNCA !
21h45 Quelquefois, le coup part de là où on ne s’y attend pas ; une manœuvre d’approche au bar (75m de long) aurait tôt fait de vous faire rater les premiers morceaux d’un groupe dont je n’attendais rien, avait juste entendu les mêmes morceaux à la radio, alors…..raté ! FUN LOVIN CRIMINALS s’installe sur scène, petite tenue genre cotonnade écrue très chic, le trio new-yorkais déroule son groove impeccable, jusque là pas de quoi fouetter un chat. Mais voilà que la tension monte au fil des morceaux, le rythme s’emballe, ça devient même franchement rock, ça pulse, c’est bien les mêmes ?, et ça finit vraiment baston : une vraie bonne surprise, une des meilleures du festival. Pierrot me glisse : « Tu vois, c’est des groupes comme ça qui ont tués le Rock ! » On est puriste, ou on ne l’est pas, mais au-delà de tout débat philosophique, c’était quand même vachement bien.
Et là….voilà, la tension monte. Celui que tout le monde attendait ; (Sic !) Concert unique en Europe. Le seul qui interdit les photos pendant le concert : sa majesté couille molle RYAN ADAMS. Saoul et arrogant, country rock titubant, chiant, ballades ineptes, trois plombes entre les morceaux : la Tasse ! Et bien sur, vous pouvez être sur que des trois jours, c’est le seul qui se permettra de dépasser le timing et jouera plus longtemps que prévu, trop longtemps, si longtemps……RRRONN….RRRRONNN…..
AND NOW, BROTHERS & SISTERS, …………… THE MC 3 !!!!
1H50 La seule chose appréciable avec RYAN ADAMS, c’est qu’ils aient eu le bon goût de le programmer avant nos reformés ressuscités MC 5. Et oui, toi qui boudant ton plaisir, n’a voulu céder aux sirènes du souvenir –y en a marre des reformations- (J’vais pas t’en vouloir d’aimer la chair fraîche), tant pis pour toi.
Laisse moi te narrer l’évènement : Silence, lumières, ils s’approchent…Brother WAYNE tout de blanc vêtu (L’aurait préféré en noir ?), premiers accords : Ramblin’Rose ! Dennis THOMPSON, tout à son affaire, martèle, précis, puissant et tranquille : impressionnant ! Bon Mark ARM, chanteur de MUDHONEY, fait son boulot, singe, deux trois poses et mimiques mais bon n’est pas ROB TYNER qui veut. Mais ça enchaîne sévère. SISTER ANN, OVER & OVER . Pour de grands enfants comme nous c’est du sucre d’orge.
Introducing Lady LISA KEKAULA des BELL RAYS et c’est MOTOR CITY BURNING de John Lee Hooker. Elle semble être un peu fatiguée par la tournée, ils viennent d’enchaîner un paquet de dates et les anciens ont l’air plus frais que la relève. KICK OUT THE JAMS, bien sur….un rappel et puis s’en vont. C’était pas la révolution, juste putain de bon !
3H15. La conférence de presse des Radio Hommes Oiseaux est un fiasco : DENIZ TEK s’est pris le chou avec la Sécurité (N’avait pas de photo sur son pass ce con), une fois installés personne n’a de questions à leur poser, ça tire un peu la tronche, il est fort tard et donc tous les ingrédients semblent réunis pour une franche ébullition rock’n rollienne et dans l’ensemble on a pas été déçus.
Ils nous ont revisités le petit RADIO BIRDMAN illustré sans grande surprise mais avec efficacité. Le show est rodé. Et vous savez ce que c’est, quand on aime, on ne compte pas. Un rappel et puis s’en va : le reste de la soirée ne vous regarde pas.
CHAPITRE TROIS
Résumé des épisodes précédents : « Où la vie vaudrait quand même la peine d’être vécue, et même qu’on s’y ferait assez vite… » On prend nos repères. On se fait au rythme espagnol. On commence à connaître les meilleures adresses et rassasiés par quelques tapas y tortillas nous voici fin prêts pour de nouvelles aventures : Samedi 11 Septembre – un bien chouette anniversaire que je m’en vais vous conter. KURAIA, punk-rock basque, a la lourde tache de réveiller tant bien que mal les esprits, puis JOHNNY KAPLAN et ses LAZY STARS nous assène un bon rock sans surprise mais efficace et enfin les SILOS rockers cubains de Floride qui ne nous laisseront pas non plus de souvenirs impérissables. 18H15. Comme il se doit, nous nous sommes retrouvés au premier rang pour nous prendre en pleine face les BACKYARD BABIES. Façon Panzer. D’abord y a Dregen, intenable, teigneux, possédé. Une boule de nerfs. A ses côtés, Nick, le chanteur a l’air un brin fatigué (un coup de pompe ?) Ca bastonne proprement mais c'est pas renversant. Je sais bien qu’on ne pond pas un album comme Total Thirteen tous les matins en se levant, mais si ils se renouvellent pas un peu, ça devrait bientôt sentir le re-sucé. Allons les gars, on vous aime bien, on est de tout cœur avec vous. Mais bon, sans faire la fine bouche, c’était ‘achement bien, quand même.
20H15. MATTHEW SWEET. Tellement sweet, que je me suis endormi au deuxième morceau. Désolé !
21H00. Revigoré par cette petite sieste, -Merci, Matthew-, je suis fin prêt pour les WILDHEARTS. Annulés à la dernière minute l’année dernière au festival SERIE Z à JEREZ, j’étais plutôt content de pouvoir les voir cette année et on a pas été déçus du voyage. Bon, y a pas DREGEN, mais on a là une sacrée machine bien huilée.
J’vais pas me fâcher avec vous, c’est tout ce que vous voulez, hard, commercial, tra-la-la, mais ça pulse, ça joue vraiment, c’est pas cérébral, c’est physique cette histoire. Moi, ils m’ont scotché. Le batteur est vraiment un tueur, les autres aussi d’ailleurs, taillés pour la scène les morceaux sont taillés au cordeau, pas une bavure : la CLAQUE !
22H00. Pas facile d’enchaîner après çà. C’était pourtant la tâche des SCREAMING CHEETAH WHEELIES, et ils s’en sont plutôt bien sortis. (Encore un coup de chapeau aux organisateurs pour cette science de l’ordre de passage des groupes) Bon, musicalement, y a pas de révolution non plus, (qui fait vraiment du neuf aujourd’hui, hein ?) rock classique en fait façon Free, Black Crowes, Humble Pie parfois, mais bien fait, pas trop chiant ; le tout emmené de main de maître par un Mike FARRIS étonnant. Vous savez, le genre de gars qui est tombé dedans quand il était petit, né avec une six-cordes dans le berceau, d’où une certaine présence magnétique et une aisance digne des grands. On pourra le voir à l’œuvre le lendemain, seul avec sa guitare pour le concert hommage à Johnny CASH. Chapeau ! Feeling classique, mais beaucoup de talent.
23H30. Dans la série j’m’attendais pas à ça du tout, voici les VIOLENT FEMMES. Je ne sais pas si j’ai vraiment tout compris à leur prestation mais ils auront eu le mérite de me garder en haleine ou presque, jusqu’au bout. J’ai eu une K7 des VIOLENT FEMMES coincée dans mon autoradio pendant pas mal de temps, et je gardais le souvenir d’un groupe plutôt minimaliste des années 80, vaguement intello voire littéraire et ce fut proprement déjanté. Ces mecs sont assez barrés en fait. Batterie Grosse Caisse/Caisse claire devant la scène, sorte de Jack Lemon aux balais, guitare et basse de part et d’autre, et à fond la caisse, breaks compliqués, changements de rythmes, interludes second degré et toujours à fond la caisse.
C’était bien, j’ai pas tout compris, mais c’était vraiment bien.
Les organisateurs et le public étaient réellement enthousiastes à l’idée d’accueillir les FLAMIN' GROOVIES et il devait pas être loin de 1H30 lorsque Cyril Jordan et ses acolytes des CHOCOLATE WATCH BAND et consorts montèrent sur scène et alors ce fut : LA CONSTERNATION !
Pathétiques, hélas, pas grand-chose à dire, un groupe amateur aurait fait mieux, pas ensembles, faux, mous, coincés, c’était dur à supporter, j’avais mal pour eux.
Et Cyril, par pitié, change de coiffure !
Pour nous remonter le moral, rien de tel qu’un petit coup de TURBONEGRO des familles.
On peut pas dire qu’ils nous l’aient fait dans la finesse : outranciers à souhait, provocateurs et sados masos, , grand guignol parfois avec les gros seaux de pseudo-sang balancés dans le public, pas aussi rapides et nerveux qu’à leurs débuts quand même, virant presque hard-rock parfois (si, j’vous jure) mais bon on les a pris en pleine poire quand même.
VOILA !
Je vous aurai pas parlé du set de STACEY EARLE & MARK STUART ni du concert hommage à JOHNNY CASH du lendemain où ROGER MAC GUINN des BYRDS nous a gratifié d’un vibrant hommage à …..ROGER MAC GUINN.
Je vous dirai juste que je réserve déjà les places pour l’année prochaine. Au fait ce mois ci à VITORIA il y a les BELL RAYS et bientôt les SUPERSUCKERS. Si ça vous dit ……

Phil JUSTICE

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Franz Ferdinand
P.J. Harvey – Franz Ferdinand - 1er juillet 2004

On imagine le bonheur grisant de ceux qui, sur scène, font face à ces pierres en gradins sur lesquelles sont posés moult paires de fesses et, plus haut encore, d’yeux et d’oreilles. On suppose le vertige de l’artiste devant ce peuple en arc de cercle surplombant la fosse emplie de ceux debout, le ciel couronnant le tout.
Le cadre magnifique du théâtre romain de Fourvière offrit ce soir là sa part de spectacle. Plein comme un œuf, environ 7000 personnes, tandis que les nuages menaçants pour de faux défilaient dans le ciel de fin de journée, pour laisser place à une nuit fauve, entre chien et loup, la lune presque ronde accrochée au dessus de la scène.
Franz Ferdinand, sensation pop rock du moment, ouvre les festivités. En vieux sioux rusés, on a appris à se méfier des buzz montés en neige par la presse musicale anglaise. Trop de baudruches d’une saison se sont dégonflées sans un son. Sauf qu’ici, la chose fait un carton au niveau des ventes, ce qui ne veut rien dire, et qu’elle vient d’Ecosse, ce qui est plus parlant. Cela faisait longtemps qu’un groupe écossais n’avait cassé la baraque, peut-être même jamais, malgré les cultes discrets et succès d’estime de certains chiens fous, notamment du label Postcard durant les 80’s. Pour ma part, je garde une place au chaud pour les Pastels, dont les rares albums et multiples singles forment une mosaïque en bric-à-brac de rock sincère et carillonnant, approximatif (ah, la voix de Stephen !) et attachant. Teenage Fanclub a également su faire naître cette étoile en hommage à Big Star. Sans oublier les frangins cossards de the Jesus & Mary Chain qui, mine de rien, ont redonné goût aux fils barbelés électriques à l’Europe synthétique de 1985 (Psychocandy, boule de suie chauffée à l’eau de vie, ou comment dépuceler l’innocence sur lit de miel contre mur du son).
On retrouve cette absence de calcul et cette proximité naturelle chez Franz Ferdinand, groupe sans prétention si ce n’est de « faire danser les filles ». Une danse de petits blancs, aussi sensuelle qu’un frigo, lascive comme une peau de bête. Alors qu’importe cette raideur de jouet mécanique, comme du Joy Division fringant et amoureux, détendu (dépendu ?), heureux de vivre quoi, on est séduit par l’enthousiasme remuant de ces gars dans le vent de la hype et par leurs hymnes pressés.
Et on remarque juste qu’Alexander Kapranos et Nick McCarthy ont cette façon collée-serrée de tenir leurs guitares tout près du corps, prolongées par des jambes qui battent le pavé en cadence. Un peu comme Lennon et McCartney, au tout début des Beatles. Ceci ne vaut pas comparaison, juste la même attitude de types excités qui donnent sans compter. Ou peut-être juste histoire d’attirer un peu plus le regard des filles…
La femme qui suit magnétise la foule sans effort, qu’elle offre pourtant de tout son corps. Lorsqu’elle déboula en 1992, avec sous le bras le parfaitement nommé Dry, on se dit qu’on tenait là une personnalité à part, dont la singularité résidait dans la complexité de sa nudité, musicale et physique. PJ Harvey, c’est l’absence de graisse certifié. Le cœur, les os et les nerfs. La peau qui crisse, la voix en coup de gueule autoritaire et frustré. Des gifles et des griffes, une rage qui s’éjecte et s’injecte, du sang sans trucage. Depuis, Polly Jean, diva sauvageonne (raccourci qui vaut bien une connerie), trace sa route sans se retourner, creusant à mains nues dans son âme, fuyant comme la peste la répétition programmée. Ses albums surprennent et se prennent à contre-pied, donnant à prendre et à laisser, toujours avec cette sincérité viscérale, ce besoin d’aller au bout des choses.
En 2000, faisant suite aux remarquables To Bring You My Love (95) et Is This Desire (98), Harvey nous conte ses Stories From The City, Stories From The Sea, album plus ample et serein mais toujours aussi sanguin et à fleur de peau. Certains n’ont vu que ramollissement et démission, idiots qui ne peuvent accepter qu’une artiste cataloguée "grande torturée" soigne un tant soit peu ses plaies. Lâché aux quatre vents, profond comme l’océan recouvrant une ville engloutie, Stories … figure le talent protéiforme d’une artiste qui touche sans nécessairement se brutaliser.
Cependant, une fois ceci accompli, l’insatiable Polly ne pouvait qu’aller chercher ailleurs. Le récent Uh Huh Her sonne comme un cri de guerre, déclaré au confort créatif au profit de la ligne brisée. Le blues du Dorset revient en apparence sur les traces de Dry, 12 ans plus tard. Pourtant s’entend dés le premier titre le cheminement parcouru par PJ. Derrière la primitiv’touch, une réelle production riche et réfléchie, sans jamais nuire à la spontanéité de l’intention première. Celle des chants d’amour sans fard, du bruit comme un coït où l’animal reprend le dessus. Polly ne surjoue jamais, mais laisse son expressivité libre de s’exprimer.
Ainsi est-elle sur scène, déesse féminine par son corps, liane ondulante au charme sexy sec, ses infernaux escarpins roses fluo aux pieds bien plantés … Dominatrice masculine par sa façon offensive d’attaquer ses morceaux, de les dévorer tout cru et nous avec. PJ combine à la perfection ses élans féminin/masculin à travers sa voix, râle puissant et caressant. De tout son être, Polly Jean Harvey est imposante, impressionnante, brûlante et tranchante, ogresse de sentiments extrêmes, si humains pourtant. Et bien entourée par ce qui constitue certainement, comme elle a plus le déclarer, son meilleur groupe scénique. Fidèle compagnon depuis Dry, Rob Ellis est un batteur inspiré, doublé d’un chanteur étonnant : sa voix se fait sœur en écho de celle de Polly. Une seconde batterie permet à Josh Klinghoffer de venir autant s’exciter sur les peaux qu’il ne le fait sur sa guitare. Lui aussi donne tout, pris dans l’ivresse du show, titubant et tournoyant jusqu’au vertige, jusqu’à la chute. A la base, l’imposant Dingo, aussi long que son instrument, ex-bassiste de The Fall, autre groupe sans trucage ni mensonge.
Le jeu puissant et direct du groupe met en évidence la cohérence du répertoire de PJ. L’énergie brute mène la danse, parfois à la limite du métal, façon Queens Of The Stone Age, donc sans guignolerie autours, ou de l’expérimentation, façon Harvey, donc sans prise de chou. L’ensemble donne naissance a du rock’n’roll, sublimé par le charisme lumineux de la miss, dont on ne peut que tomber (de haut) amoureux. Car on y revient, c’est bien d’amour dont il s’agit, vache parfois, de romantisme déniaisé au maximum, sans fard dans la nuit qui promet. Un morceau joué en rappel vit Josh jouer à terre aux pieds de Polly, dont le chant nu s’éleva dans le ciel, rejoignant la lune presque ronde.
Des larmes en forme de lame de fond nous montèrent alors aux yeux.

Ludovic DUTHEIL

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The Solution – Communicate!
The Solution - Communicate! - Psychout Records / Wild Kingdom

Scott Morgan est l’une des plus belle voix d’Amérique. Sa bio a la bougeotte, Scott ne tient pas en place.
The Rationals tout d’abord, de Detroit, puis le Sonic’s Rendezvous Band, aux côtés notamment de Fred ‘’Sonic’’ Smith du MC5 et Scott ‘’Rock Action’’ Asheton, batteur des Stooges, pour un single mythique et météorite, City Slang, au crépuscule des 70’s. Deux albums live sortiront plus tard : Sweet Nothing et City Slang (sur Mack Aborn).
Courant 90 se forme le Scott Morgan Band, qui deviendra Scots Pirates, avant Dodge Main, autre combo liant Wayne Kramer, également du MC5, et Deniz Tek de Radio Birdman, pour un unique album.
Sonic’s Rendezvous Band se reforme en 99, avec Tek en plus à la guitare, pour des concerts et un live, Gettin’ There Is Half The Fun (sur le label Real-O-Mind). Un an plus tard, Scott traverse l’Atlantique pour s’acoquiner avec des membres des Hellacopters et de Nitwitz ; le groupe s’appelle Hydromatics ; l’album Parts Unknown sort et vole.
Après une compil de raretés collectées entre 1970 et 2000 (30 ans !) nommée Medium Rare (encore sur Real-O-Mind), Morgan récidive avec les Hydromatics pour un second LP, Powerglide (sur le label italien Freakshow). En 2001, Scott forme Powertrane qui publie un album live, Ann Arbor Revival Meeting (toujours sur Real-O-Mind).
2004 : Morgan monte The Solution, brièvement appelé Soulmover (Scott, tu es épuisant …) et retrouve le Hellacopter Nick Royale, ainsi que l’impayable Duke of Honk (de Diamond Dogs) aux claviers et l’hibernatus (barbe et cheveux du fond des temps) James J. Hennighan à la basse.
/ Pour aller vite, Communicate ! sonne comme un putain de classique : intemporel, puissant, se fixant aussi sec dans la tête et les guibolles. De la soulpower brandie haut et fort, cuivres qui percutent, mélodies en avant et cette voix vive qui mène la danse.
D’entrée, Get On Back envoie dans les cordes : ce son de batterie, ce piano compulsif, ces chœurs fiévreux. My Mojo Ain’t workin’ No More est un hommage explicite à cette buse priapique d’Austin Power. Plus loin, Top Of The Stairs renvoie aux plus beaux élans cool de Paul Weller. Et, tout du long, The Solution déroule sa solution, face à la morosité et à la tiédeur : swing & shout!

Ludovic Dutheil

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Sonic Youth – Sonic Nurse
Sonic Youth - Sonic Nurse - Geffen Records

Quelques 23 années se sont donc écoulées depuis leurs premières effusions soniques et malgré le fait qu’ils convoquent à leur chevet de troublantes infirmières – magnifiques re-créations de Richard Prince- les turbulents new yorkais touchent une nouvelle fois le sommet, dans la lignée du précédent Murray Street.
Encore plus touchant et abouti, Sonic Nurse pourrait se poser tel un digest parfait des capacités et des talents singuliers du groupe, une synthèse d’un passé en mouvement conjugué au présent.
Petite visite guidée d’un univers en perpétuelle recomposition …
Placé en ouverture, Pattern Recognition est un concentré d’ADN de Sonic Youth : fusion abrasive des guitares acides maniées en scies circulaires, basse profonde puis rebondie comme un galbe, batterie hachée en cascade, break et contre break, voix tour à tour mutine et exaspérée de Kim Gordon, fin bruitiste en plaie suppurante. En somme, heurts et bonheur, maîtrise de l’espace et dilatation du temps. Et au passage, si besoin était, une nouvelle preuve du talent nerveux et millimétré de Steve Shelley, batteur qui tranche net.
En écoutant Unmade Bed, titre suivant, on perçoit le chemin parcouru par le groupe. Sur le magnifique entrelacement de guitares se pose la voix de Thurston Moore, la mélodie surfant sur les rouleaux d’un océan cool et menaçant. Dripping Dream tricote ensuite un paysage passionnant de dentelles et d’échardes, balade dans les badlands d’une Amérique dont l’histoire n’est que poussière, tempêtes de sable et soleil brûlant. Sonic Youth joue serré et aéré dans un même élan, se laissant le temps de respirer avant de se reprendre au collet, dans un tourbillon d’étoiles filées d’or et d’argent. Un morceau que l’on écoute les yeux tournés vers le ciel. Kim Gordon and the Arthur Doyle Hand Cream revient sur les terres cramées de Dirty. Et de suivre aveuglément la grande Kim dans un refrain fédérateur, fait pour les stades en terres battue. Et Kurt Cobain, de l’ailleurs où il est ou pas, de sourire face à cette spirale qui s’emballe, snake dans un désert où les mirages prennent vie. Stones, justement, de celles où se cachent les crotales, ou tombales pour ceux qui errent et rampent sous terre. Encore un morceau si subtilement construit, scintillants en motifs permanents, tout en abandons et reprises de rythmes caressants et fouettants.
Dude Ranch Nurse se la joue air de repos, mais aménagé par David Lynch, avec apparitions mi-ange mi-démon, circonvolutions fiévreuses et fossiles vivants garantis. Sous le fantasme de la blouse blanche, le délire du patient… New Hampshire hante avec rage et mélancolie un site peuplé de chevaux sauvages. Trop tard pour dompter l’animal. Paper Cut Exit débute comme une nouvelle déambulation contemplative, avant d’être brisée par la voix de Lee Ranaldo. Plus loin, une emballée, puis une pause, puis un torrent, puis une nouvelle clairière.
Ainsi va la musique de Sonic Youth, par monts et vallées d’un paysage enveloppant et accidentés. Orage de corde rouillées sous roulement de peaux tannées… une nouvelle vague, le petit pont du calme et l’emballement final… coupure nette. I Love You Golden Blue est une apnée dans l’espace, avant de refaire surface dans une prairie happée par la brise. La voix de Kim, plus ensorcelante que jamais, figure un chardon amoureux. Ce morceau sur la corde raide démontre une nouvelle fois l’évolution de Sonic Youth, sans rupture ici, juste en cheminement de traverse. Peace Attack prolonge ce sentiment de plénitude, entre caillasse et buissons, comme une école de la sensation et du ressenti, une classe de nature à observer ce qui grouille et ceux qui volent.
Avec cet album, Sonic Youth trouve la clé des champs, le bonheur d’arpenter les vastes plaines, de gravir les collines à mains nues. Et la présence du discret Jim O’Rourkey est certainement pour beaucoup. Un groupe qui prend son temps, jouant et jouxtant la tension et la relance, alternant les coups de nerf et la respiration, créant ainsi des motifs qui se déploient dans l’espace, sans cesse alimentés par les éléments qui les composent, soit cinq musiciens d’exception. Les nurses de Prince, aux regardes mélancoliques et profonds, posent finalement comme des songes d’injections létales, avec la promesse de paysages liant la beauté irréelle du paradis et la piqûre d’adrénaline de l’enfer.

Ludovic Dutheil

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Dennis Lehane
Mystic River… with no return - Entretien avec Dennis Lehane

Auteur prolifique de thrillers au suspense garanti, cet écrivain bostonien d’origine irlandaise est réellement devenu célèbre depuis l’adaptation de son livre Mystic River au cinéma, par cette légende vivante du 7e art qu’est Clint Eastwood. Pour mieux vous situer le bonhomme, on dira simplement qu’il s’inscrit dans la lignée des Selby (r.i.p), Ellroy et consorts, que par ailleurs il avoue adorer.

Que vous inspire le récent et tragique épilogue de " Las Vegas Parano " (le suicide de Hunter S. Thompson) ?

Je ne suis pas sûr que " tragique " soit le mot que j’emploierais et ce suicide était pour moi tout sauf une surprise. J’ai plutôt le sentiment que Thompson était un homme justement jusqu’au-boutiste et déterminé à ne jamais faire de concessions. On aurait pu parler de tragique épilogue si son œuvre était devenue démodée et qu’il avait été réduit à apparaître dans des jeux télévisés et autres salons de l’automobile… pour monnayer sa célébrité.

Et que pensiez-vous de ce "savant mélange" de fiction et de réel que l’on appelait " le nouveau journalisme " ou " journalisme gonzo " ?

Je ne suis pas expert en la matière, et je me suis pour le moins intéressé aux travaux sûrement les plus connus de Thompson ou de Tom Wolfe. J’ai néanmoins le souvenir de témoignages vibrants et surtout s’appuyant sur une expérience vécue, s’opposant en cela au mode d’expression journalistique de l’époque. En revanche, j’ai l’impression désagréable que ce mode de d’écriture et de pensée a involontairement donné naissance à toute une nouvelle génération de journalistes visiblement très préoccupés par leur agenda et par l’air du temps, et beaucoup plus concernés par les opinions ou les positions de tel ou tel, que par les faits… Voilà dans quel état éthique d’ignominie se trouve le journalisme actuellement aux Etats-Unis, sans distinction entre la gauche et la droite de l’éventail politique. Effets d’annonce et de crépitements de flash s’accompagnent d’un désintérêt total pour la vérité.

Il semble que vous ayez dit un jour que c’est dans la fiction que se trouve la vérité et non pas dans l’histoire…

Le fait est que " l’histoire est le plus souvent écrite par les vainqueurs ". Tout dépend donc de quel historien vous lisez l’analyse, et surtout de sa propre interprétation de l’histoire. La vérité contenue dans un grand roman est en revanche universelle parce qu’elle renvoie directement aux sentiments. Quiconque s’est retrouvé par exemple dans la position de l’étranger aspirant au respect et à l’intégration dans par une société donnée peut alors comprendre ce qu’a ressenti Othello ; nul besoin d’être un maure ou un soldat, ou même d’avoir vécu au 16e siècle pour cela. Il suffit d’être humain. Une grande œuvre de fiction transcende le temps à travers ses personnages.

Dans votre 5e volet des enquêtes du couple de détectives Kenzie/Guennaro (Prières pour la pluie chez Rivages), vous remontez une nouvelle fois à l’enfance du meurtrier pour expliquer son comportement criminel… ce travail sur le subconscient et sur les cicatrices du passé est devenu une véritable marque de fabrique ?

J’imagine que l’idée selon laquelle " tout ce qui est présent s’est construit dans le passé " est l’un des fils conducteurs de mes romans, bien que j’en aie rarement conscience quand j’écris… Il est pourtant à la mode aux USA de prétendre que l’on peut facilement "faire le deuil psychologique de quelque chose", c.-à-d. qu’il serait possible de faire de petits nœuds bien propres autour des traumatismes de notre passé et de passer à autre chose, comme si rien n’était jamais arrivé. Je trouve ce concept (closure concept en anglo-américain) complètement ridicule et il est évident que les événements irréversibles survenus dans notre passé ont une grande incidence sur notre construction d’Etre Humain sans que l’on puisse y changer quelque chose. Les répercutions sur notre psychisme atteignent des niveaux dont nous n’avons même pas idée, et surtout pas conscience au moment présent. Je trouve cela fascinant ; c’est l’une des raisons pour lesquelles "l’animal humain" est si intrigant et qu’il y a tant à écrire sur le sujet.

Et l’on rejoint quelque part le thème de l’enfance maltraitée qui vous tient particulièrement à cœur…

Je crois que le personnage de mes bouquins qui me ressemble le plus est Sean Devine dans Mystic River, et si il est si chiant, c’est parce que je le suis aussi… J’ai franchement grandi dans une famille heureuse, tout en étant bien conscient que ce n’était pas le cas de la plupart de mes amis. Eux étaient souvent maltraités et venaient de foyers déchirés par la pauvreté et/ou l’alcool et les problèmes de drogue. Je rentrais chez moi pour saliver devant un bon dîner, ils rentraient chez eux pour se faire tabasser. De tous les amis avec lesquels j’ai grandi, nous ne sommes que trois à nous en être sortis avec une certaine réussite, et sûrement que nous en gardons un sentiment de culpabilité (à un certain degré comme Sean Devine) ; la culpabilité des "survivants". Et si nous avons pu nous "extirper de la masse", cela n’a rien à voir avec l’intelligence, une volonté farouche ou je ne sais quel talent, c’est uniquement parce que tous les trois nous venions de foyers solides et unis. Ce n’était qu’une histoire de chance en somme : nous avions gagné à la "loterie familiale" et point barre. Après l’université, j’ai été amené à travailler avec des enfants maltraités et j’ai retrouvé dans leurs existences ce que j’avais déjà vu en grandissant. Ça a fini de me dégoûter de la façon dont on les condamne à intégrer sans aucun espoir le monde des adultes, alors qu’ils n’ont même pas encore l’age de voter.

James Ellroy expliquait en partie sa fascination pour la violence par l’énigme entourant le meurtre de sa mère (in Ma part d’ombre) ; comment expliquez-vous votre propre fascination ?

Je viens d’un monde quasiment merveilleux par certains aspects (…), même si sans aucun doute, ce monde était violent. Mais comme je viens de le dire, la violence ne m’a pas atteint personnellement. Disons que je m’y suis intéressé plutôt en tant que spectateur… d’autant que je ne suis pas une personne ultra violente moi-même. D’une certaine manière, j’ai été forcé d’intégrer et d’essayer de comprendre cette violence, simplement parce qu’elle m’entourait.

Lorsque l’on travaille sur les origines de la violence, que pense-t-on de la profusion d’armes à feu disponibles aux USA, et des tragiques " faits divers " qui en découlent comme au lycée de Columbine ?

Une fois ouverte la boite de Pandore… il est bien sûr trop tard, et je crois bien les armes feront toujours partie de la culture américaine. La politique de la NRA (ndlr : lobby des armes aux USA) est néanmoins tout à fait révoltante puisqu’elle refuse que le moindre soupçon de bon sens s’immisce dans le débat, et particulièrement celui concernant les fusils d’assaut ou les armes automatiques, dont l’utilité m’échappe… Si vous avez besoin d’un AK 47 pour tirer un cerf, vous feriez mieux d’abandonner la chasse ! il n’y a simplement aucune justification morale au fait de détenir des armes automatiques si ce n’est pour ceux qui font respecter la loi. Ce qui est arrivé à Columbine va cependant bien au-delà du problème de la prolifération des armes à feu dans ce pays. Ces gamins sortaient tout droit de Fahrenheit 451, le bouquin de Ray Bradbury. Rappelez-vous sa description de ces bandes de jeunes quasi sauvages et désoeuvrés, errant dans la nature à la recherche d’ultra violence. Ils n’étaient pourtant ni pauvres ni abandonnés ! En revanche, ils avaient été élevés dans une civilisation privilégiant et exaltant l’apparence au détriment de l’Etre, la vie au jour le jour plutôt que la réflexion, le bruit plutôt que la communication… et au final, cet ersatz de bonheur engendré par la consommation ostentatoire : posséder tout ce que l’on nous a appris à vouloir et rien de ce dont on a vraiment besoin. Je pense que c’est ce genre de corruption intellectuelle qui, plus que tout, a engendré les "événements" de Columbine.

Deux millions de personnes en prison aux USA, est-ce une bonne réponse à la violence ?

Bien sûr que non mais je ne suis pas certain d’avoir une solution au problème. Je pense que la diabolisation de l’usage de drogues a certainement conduit à un grand nombre d’incarcérations inutiles et évidement, que cette société crée elle-même les conditions qui conduisent certaines personnes au crime. Il faut néanmoins replacer les choses dans leur contexte et essayer d’avoir une vision transatlantique du problème. J’entend souvent lorsque je suis en Europe, des phrases qui commencent par " vous les américains… " et sans remettre en cause l’intention légitime de leurs auteurs, c’est d’emblée ignorer ne serait ce que la taille de ce pays. Un américain vivant à Boston est si différent d’un américain vivant pas exemple dans le Nebraska qu’ils se considèrent souvent comme des étrangers… si bien que cette phrase " vous les américains… " avec tout ce que cela sous-entend, n’a pas plus de sens que celle que j’emploierais en commençant par " vous les européens… ", demandant à un Français de m’expliquer quelque chose qui s’est passé en Allemagne… Notre pays est vraiment immense ; ainsi, en exceptant les facteurs dont j’ai parlé plus haut, je crois que notre population carcérale est relativement proportionnelle à la taille des Etats Unis.

De part vos origines sociales, il semble que vous ayez un certain attachement pour la classe ouvrière, et à la fois vous ne lui faites pas de cadeau… par ex quand vous décrivez avec un certain cynisme l’atmosphère dans un stade un jour de défaite (in Mystic River) ?

En fait, cette scène dans le stade a surtout à voir avec la culture du sport en général et ne concerne pas particulièrement la classe ouvrière, ni même forcement l’Amérique au sens large. Cette idolâtrie entourant les vedettes du sport est vraiment un phénomène mondial. Pour ma part, j’aime bien le baseball ou le football américain mais je ne suis pas prêt à mourir pour mon équipe. Ce n’est d’ailleurs pas "mon équipe" mais plutôt des gens payés pour jouer… c’est pourquoi la mentalité des fans me fascine parce que si je peux la comprendre d’un point de vue conceptuel, son coté émotionnel me dépasse. Je peux difficilement assimiler le fait que quelqu’un veuille assassiner un joueur qui a manqué un but comme c’est arrivé il y a quelques années à Columbia, ni qu’une émeute se déclenche quand une équipe gagne ou perd un " gros match "… franchement, cela me déroute complètement. Je peux en revanche comprendre comment cette forme de divertissement peut entraîner le "travailleur moyen" dans un processus d’identification jusqu’à en affecter son état émotionnel. On pourrait ainsi dire que le sport spectacle est devenu le nouvel opium du peuple, et certainement un refuge pour tous ces gens qui ont le sentiment de n’avoir plus aucun contrôle sur ce monde qui leur échappe.

Dans vos livres comme dans toute l’histoire du roman noir, se reflètent souvent les divisions sociales et/ou ethniques de nos mégalopoles, de plus en plus flagrantes aux Etats Unis comme en Europe… peut-on penser que le roman noir a depuis longtemps simplement intégré une certaine vison marxiste de l’histoire et de la lutte des classes ?

Certainement pas marxiste. Même si je crois vraiment que la plupart des conflits a effectivement quelque chose à voir avec la lutte des classes… les pauvres fustigeant les riches avec les seules armes qu’on a bien voulu leur laisser. Je pense néanmoins que le marxisme est une belle faillite idéologique. Intéressant philosophiquement parlant mais qui n’a jamais marché dans la pratique. En fin de compte, je suis partisan du capitalisme et de la démocratie. Bien que profondément imparfait, il semble que ce soit le meilleur modèle ici-bas. Il y a en revanche un problème quand le système est poussé à l’extrême, induisant une accumulation du capital pas forcement nécessaire à mon sens. Et là se crée une disparité plus que choquante entre des riches de plus en plus riches et des pauvres de plus en plus pauvres… je n’ai pas de solution à ce problème (qui est inclus dans ce modèle de société) mais je sais qu’il est vital de dénoncer ces vicissitudes autant que possible. C’est aussi pourquoi le roman noir tend à renaître en période de boom économique aux USA (50’s, milieu des 80’s et durant les 90’s). Alors qu’en surface, tout le monde est heureux et tout le monde s’enrichit… le roman noir lui s’intéresse aux exclus de la croissance qu’on préférait oublier lorsque l’on va à la banque, ceux qui ne deviennent pas riches, ceux qui ne sont pas heureux… J’ai toujours pensé que le Noir (ndlr : en français dans le texte), c’est la voix qui murmurait à l’oreille du patricien souriant : " non, tout n’est pas rose, loin de là ! ".

Vous évoquez parfois avec une certaine nostalgie la fraternité qui régnait dans les quartiers populaires de votre ville (Boston), remplacée semble-t-il aujourd’hui par anonymat et individualisme farouche ; cela vous fait-il peur ?

Le bien et le mal ont toujours été présents dans la description que j’ai faite de l’atmosphère dans ces quartiers. Le fait est que les habitants des quartiers populaires avaient su préserver certains bons aspects de la vie communautaire des petits villages d’Irlande, de Pologne ou d’Italie. Une forme de culture transmise au départ par les histoires et les contes que l’on nous racontait étant gosses… et je ne serais probablement pas écrivain aujourd’hui si je n’avais grandi imprégné de cette tradition orale. Assimilées par la culture dominante en Amérique, ces traditions culturelles ont désormais perdu leurs particularismes irlandais, polonais ou italien. Et je trouve cela profondément triste que nous soyons tous devenus de fidèles "adeptes" des centres commerciaux, de la télévision stupide et des films grossiers. Nous avons vraiment perdu quelque chose d’essentiel, parés que nous sommes pour l’homogénéisation dans un environnement souvent insipide et ultra stérile, qui prône la surconsommation et le divertissement passif.

Quelles sont les influences littéraires que vous vous reconnaissez et que lisez-vous actuellement ?

Les grands romanciers urbains américains (Americain urban novelists) ont été ma principale influence : Richard Price plus que quiconque, mais aussi William Kennedy et Hubert Selby, Pete Dexter, Elmore Leonard et James T. Farrell. J'ai aussi par ailleurs une liste de suspects habituels (usual suspects) : F. Scott. Fitzgerald, Dumas, Dickens, Graham Greene, Edith Wharton pour des raisons que je ne m'explique pas, ainsi que les nouvelles d'Hemingway et de Raymond Carver. Une longue liste variée à laquelle j'ajouterais Marguerite Duras, Gabriel Garcia Marquez, Don DeLillo, Toni Morrison et Stephen Crane. Sans oublier les auteurs de romans policiers que sont Ellroy, Hammet ou Jim Thompson et quelque uns de mes contemporains, particulièrement George Pelecanos et Michael Connelly. Voilà, j'adore les œuvres de fiction, c'est aussi simple que ça. En revanche, je ne lis pas de roman actuellement parce que je me consacre à l'écriture du mien depuis deux ans.

Vous avez, je crois, prévu d’écrire sur la période des années 20 en remontant aux origines du mouvement syndicaliste américain… qu’en est-il aujourd’hui de ce projet ?

Oui justement, l’action de ce roman s’écoule entre 1918 et 1921 et je me suis restreint à lire des livres concernant cette époque : des histoires relatant la 1ere guerre mondiale ou le déclenchement de la grande épidémie meurtrière de grippe, ainsi que l’ascension des mouvements syndicaux et pour les droits civils. Le roman s’articule autour de deux événements : la grève des services de police à Boston en 1919 et la terrible émeute raciale survenue en Oklahoma en 1921. C’est une grande narration qui part un peu dans tous les sens, et centrée autour de deux personnages, l’un noir et l’autre blanc. Mais je suis un peu superstitieux et je ne parle pas trop de mon travail dans le détail avant de l’avoir terminé.

Après Mystic River, verra t’on d’autres adaptations de vos livres à l’écran ?

Je ne sais pas encore. Wolfgang Peterson s'intéresse depuis un certain temps à Shutter Island (ndlr : son dernier livre chez Rivages) ; j'espère que ça aboutira mais je ne m'implique jamais dans les projets de film… si film il y a. On verra bien, en espérant j'imagine, que tout se passe pour le mieux.

par Laurent Zine (Interview) - Serge Cuilleron (traduction)

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Testors
Testors, featuring Sonny Vincent

L'année 2003 aura été extrêmement fructueuse pour Sonny Vincent et témoigne de la passion inlassable, sans limites, d'un rock'n'roll hero infatigable. Pour preuve, la sortie de son album dédicacé à Dee Dee Ramone The Good, the Bad and the Ugly avec quatorze guitaristes légendaires et un split avec Jimmy Page. Des collaborations brillantes à Los Angeles, avec Clem Burke de Blondie ou Arthur Killer Kane des New York Dolls et une collaboration prévue très bientôt avec Marky et Johnny Ramone. Sur son propre label, Disturbed, il sort et produit I Saw Elvis, Midnight Thunder Express, Wanda Chrome & The Leather Pharaos et Krackheadz. Il écume les scènes lors de quatre mois de tournée avec Ivan Julian (Richard Hell & the Voidoids), Bobby Steele (Misfits / Undead) ou Rocket From the Crypt, et travaille actuellement à l'enregistrement du In Between Album. Cependant, cette énumération déjà longue serait incomplète sans la mention d'un autre événement phare dans la carrière de Sonny.
Swami Records nous présente un double album d'enregistrements des TESTORS de 1976 à 1979 avec sept chansons inédites, véritable documentaire sur un groupe et sur une période nous montrant que le rêve hippie était devenu bel et bien obsolète. Mais faisons un peu d'histoire.
1975 : les New-York Dolls de Johnny Thunders, pionniers de la régénérescence new-yorkaise, ont disparu. Le rock est en train d'agoniser, mais il est perfusé par trois poches : les héros d'hier devenus des stars inaccessibles (Stones, Who, Kinks.), le rock progressif indigeste ou pire, le jazz-rock joué par des musiciens complexés face aux sus-cités et le rock américain représenté par tout le trip pattes d'eph-petites fleurs dont le quartier général se situe en Californie, état hippie par excellence. Parallèlement, dans les quartiers pauvres de New-York et de ses banlieues, les jeunes redécouvrent les plaisirs simples du rock'n'roll originel. A cette époque, cela ne va plus très fort non plus pour Iggy Pop qui, encagé dans une clinique, tente d'apprendre à devenir une charmante iguane de compagnie ! C'est dans ce contexte que la même année naissent les TESTORS GLUE, puis les TESTORS. Ce trio viscéralement New-Yorkais et indomptable est formé par Gene Sinigalliano (guitare & chours), Gregory R. (batterie) et Sonny Vincent (chant & guitare). A l'apparence choquante, chaotiques, ils étaient incontestablement parmi les groupes les plus crus se produisant au très hype Max's Kansas City ou au CBGB durant l'apogée punk de la mi 70, et qui comme le MC5 ne croient pas au " Flower Power ". Leurs chansons sont radicales et percutantes (Primitive, I See, Dont tell me), écorchées à vif, sauvages mais extrêmement bien jouées et calibrées (Welcome to the Nation, Break it Down). Elles illustrent fidèlement le son et l'état d'esprit des premiers groupes punks, bien qu'elles dégagent toujours une fraîcheur indestructible qui les sauve d'être cloisonnées dans un genre (Stall).
Presque trente années se sont écoulées, et il reste impossible de ne pas ressentir à leur écoute cette spontanéité virginale (Let get zoed out, Crazy Lazy Jane) ou une bouleversante émotion devant le jeu de guitare maîtrisé, tranchant et inusité de Sonny (Aw Ma).Ayant vendu son âme à Jimi Hendrix, baptisant au nom du son et du bruit un public tétanisé, il " violait " sa Lady Les Paul, plus qu'il n'en " jouait " faisant du son " sa matière à sculpter. " Comment tant de talent, tant de hargne et de fougue ont pu passer inaperçus ? Pourquoi les TESTORS ne font-ils pas partie des anthologies sur le punk au même titre que les Ramones ou les Dead Boys avec lesquels ils firent d'ailleurs une tournée fracassante en 1979 ? C'est qu'à la différence de bon nombre de " punks " de cette époque, ils ne bénéficiaient d'aucun privilège social, n'étant ni fils de petit bourgeois, ni même les Average Guys (américains moyens) chantés par Lou Reed dans The Blue Mask. Déjà à la base, Sonny Vincent, pièce maîtresse du groupe, était un gosse des rues new-yorkais, d'origine napolitaine, livré dès son plus jeune âge à lui même. Face à des non retours, il dut très vite abandonner ses rêves avec les TESTORS et se consacrer à d'autres priorités " incompatibles avec des choses aussi stupides que l'art ou la musique " (sic). Le groupe d'ailleurs n'avait pas de quoi s'investir financièrement dans l'enregistrement en studio et ne pouvait pas se permettre de perdre son temps à courir les maisons de disques. Mais nous pouvons faire abstraction de ce facteur social et affirmer que de toute manière les TESTORS ne se sont jamais situés dans une perspective commerciale. Sonny avait fondé les TESTORS pour lui-même et son groupe n'avait jamais envoyé de démos à des compagnies de disques qui ne leur inspiraient aucune confiance. " On n'avait jamais pensé faire un album et on ne s'est jamais rendus en studio à cette fin. Les rares fois où on l'a fait c'était pour voir comment notre musique sonnait. Habituellement, on faisait nos enregistrements nous-mêmes et la plupart des chansons proviennent de prises live. " Le seul moyen de survivre était donc de tourner et d'enchaîner les concerts, mais la réaction face à leur musique fut très négative. Ils furent interdits de concert au Canada et lors d'un show au Hot Club (un club de jazz) de Philadelphie Sonny fut emprisonné pour incitation à la bagarre !
L'histoire des TESTORS, et celle de Sonny Vincent sont peu communes. Digne d'un film, d'ailleurs en préparation au Portugal par Cine de la Rua, elle ne pourra jamais être édulcorée ni racontée avec mythe et légende. Une chanson devenue culte, Hey You, reprise plus tard avec une autre formation, SHOTGUN RATIONALE dans le magnifique Roller Coaster, donne le ton : Hey you, you talking down to me (.) A man, sleeping in the rain / Don't build castles made in sand. L'originalité de cette histoire réside aussi dans le fait que normalement le public assiste à une sorte de dégradation de la création : nous découvrons puis acclamons les premiers disques et petit à petit nous remarquons que ceux-ci deviennent moins bons ou moins surprenants. Avec Sonny, c'est l'inverse qui se produit. Il s'agit d'une position artistique spéciale, et qui, à ma connaissance, ne s'est pas produite ailleurs. Connu tout d'abord comme le guitariste (pendant 9 ans !) de Maureen Tucker du Velvet Underground, nous l'avons vu évoluer vers une carrière solo ou vers des formations plus ou moins convaincantes jusqu'à aujourd'hui. Et là, à 50 ans, le monde entier découvre son ouvre de jeunesse : les TESTORS ! La première fois que le batteur de Rocket from the Crypt a écouté les TESTORS, il a avoué que ça lui avait fait le même effet que lors de sa première écoute des MC5. Pour lui, ça a été une révolution, il les a trouvés incroyables tout comme ses acolytes John Reis (guitare) et The Notorious N.D. (basse), devenus de véritables fans. Cela explique pourquoi pour leur récente tournée américaine ils ont prié Sonny de se joindre à lui comme backing band. Cette tournée a eu lieu après six années d'absence de Sonny sur la scène américaine, puisque sa dernière tournée avait eu lieu en 1997 en power trio avec Steve Baise (Devil Dogs) et Scott Asheton.
Chicago : 30 mars 2003, Sonny fait son propre show en headliner au célèbre Beat Kitchen. Durant ce show il réalise que sa patience, son acharnement mais surtout sa foi dans son groupe de jeunesse portaient leurs fruits. Le public connaissait les chansons des TESTORS par coeur, chantait. poussé d'une folie sauvage, brisant les verres partout, les lançant sur la scène. Le sol était jonché de tessons de bouteilles de bière . C'était un peu comme dans les années 50 lorsque les kids excités balançaient les chaises ! Les flics ont débarqué !! C'était incroyable et chaotique, le meilleur concert de ma vie !! . Los Angeles : Turbonegro qui y avaient fait un show la veille faisaient partie de son public. Ils n'en revenaient pas et l'ont ovationné. Des fans musiciens lui envoient des disques avec des reprises et le 2 mars dernier à Paris il bouclait sa première tournée à l'Espace B, avec les Sonic Reducer en première partie reprenant savoureusement Don't tell me. Pour un authentique artiste n'ayant jamais eu besoin qu'on lui fasse de publicité, il n'existe pas de plus beau compliment que celui d'un public le découvrant par lui même, qui achète ses disques et l'apprécie de sa propre initiative. Les Ramones avaient un publisciste. Quelqu'un qui travaille chaque jour, toute la journée pour vous promouvoir. Vous leur filez 2000 euros par mois et ils sont constamment à la recherche de magazines, d'émissions télévisées, de radios pour vous. Et tous les gens comme Bon Jovi, Britney Spears, U2 ont un agent de publicité. Et en définitive, ce que l'agent essaye de faire c'est de faire en sorte que le public vous connaisse, que le public vous aime. Même Iggy Pop, au tapis par K-O métallique, embaucha un manager et un publisciste !!
Oui, le plus grand compliment c'est de faire son art, de faire sa musique et que le monde vienne vers vous au lieu que vous alliez vers le monde. Prend par exemple quelques groupes vedettes comme The Vines ou The Strokes, Rancid, Offspring, des jeunes kids épaulés par des compagnies de disques, des majors, qui pensent qu'ils ont bonne allure, qu'ils sonnent bien. Qu'est-ce qui les domine en définitive, mis à part le " music business " ? Effectivement, on se le demande ! Cependant, bien qu'aujourd'hui tout disquaire US digne de ce nom ait les TESTORS dans ses bacs, et que toute une nouvelle vague de jeunes punks arbore le cuir au nom du groupe, leur anonymat encore quasi total en Europe et surtout en France relève d'une scandaleuse ignorance. Je ne veux pas jouer le rôle de "publiciste" mais rendre hommage aux TESTORS qui étaient spéciaux et à Sonny, un artiste résolument à part. D'une forte conscience éthique et politique illustrée sur ses pochettes par ses récurrentes citations de Noam Chomsky, il démontre qu'on peut être une véritable icône du punk tout en étant cultivé et d'une sensibilité hors du commun : J'ai pleuré tout seul dans mon van pendant 500 km en pensant à ce monde.un monde où un bébé est assis à côté de sa mère morte dans une petite maison en Afrique.une larme de l'enfant coule le long de sa joue tandis qu'il est assis, tout seul, à côté de sa mère inerte, gisant là, morte, parce que la plupart des compagnies abritent des gangsters, des pirates et des zombies sans âme. Elle est morte du sida et seulement 10 centimes par jour de médicaments lui auraient peut-être permis de vivre encore 30 ans. Je vis dans un monde de la sorte, un monde où l'esprit de Jimi Hendrix ne peut plus frôler le sol en marchant. Je ne peux pas supporter la pensée que cet été sous un ciel bleu, les gens avec décadence vont profiter de leurs pique-niques, profiter de leurs boissons fraîches et du gazon vert tout autour d'eux, de leur tranquillité, de leur bateau à voile. En attendant, je peux seulement savoir en pleine connaissance qu'à cet instant un petit enfant regarde sa mère morte et il ne sait pas pourquoi. Moi je sais ! FTW.(SV, 17/06/03)
Ainsi, Sonny Vincent fait incontestablement partie du maelström inauguré par les MC5 et les Stooges. Comme tous les héros, il sera reconnu avec un retard qui laisse de profondes cicatrices mais nous laissera un héritage en forme de chansons virales qui continueront longtemps à ébranler les adolescents enragés et les adultes insoumis. Et pourquoi ce rocker de 50 ans éructant ses hymnes teenage produit-il un son plus authentique que les autres ? Parce que la vraie colère, la " Ain't no satisfaction " et la " No Fun Attitude " ne souffrent pas de vieillesse !!

Sweet Jane

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The Maharajas – Unrelated Statements
The Maharajas - Unrelated Statements - Low Impact

L'album des MAHARAJAS débute sur un titre qui s'appelle Medication. Rien à voir musicalement avec le Medication des STANDELLS, mais je doute que la référence puisse être fortuite.
Les MAHARAJAS ont grandi avec les disques des STANDELLS sous l'oreiller. Ceux de KIT AND THE OUTLAWS aussi. De LITTLE WILLIE AND THE ADOLESCENTS, des STARFIRES, de THE CHOIR, des UNRELATED SEGMENTS. De centaines d'autres encore.
Les MAHARAJAS contiennent en leurs rangs deux célébrités de l'obscurité. JENS LINDBERG, qui a traîné ses basques au sein des CRIMSON SHADOWS et MATHIAS LILJA des STROLLERS. Ex-STROLLERS, il était leur chanteur.
Ainsi pourrait presque se terminer cette chronique tant la piste est claire. On a tout dit non ?
Garage / Beat-punk à la mid-sixties. Je ne vois pas autre chose ... Tout juste. Oui, mais attention. Pas du tout venant. Pas un truc comme il s'en pond des centaines depuis littéralement des décennies. Non. Les MAHARAJAS savent composer. Drôlement bien. En particulier des ballades à se flinguer. Les connaisseurs diront «Moody». De la trempe du Girl I threw away des KNAVES. Pas moins. Another turn est tout simplement un chef d'œuvre du genre. Parfaitement composé. Parfaitement joué. Pareil pour Nice guys finish last (assertion à laquelle je souscris totalement et qui est à la base de tout ce que représente le Rock'n'roll à mes yeux ...) et une paire d'autres qui sont aussi totalement maîtrisés.
Quand ils ne se baladent pas, les MAHARAJAS ne sont pas des manches non plus. Medication dont on parlait plus haut pourrait faire de l'ombre au tout meilleur d'un Freddy Fortune. Qualité d'enregistrement comprise. Même patte bien nerveuse. Même talent pour les mélodies et le ton juste. Ils sont forts.
Ils récidivent avec Please leave a message. Pareil. Avec un guitariste à mettre la banane à tous les fans de Chuck Berry. Sur Odd socks, ils trouvent le moyen de teinter leur mixture de blues/R'n'b comme l'entendaient certains anglais en 1975/76. Sur les plates bandes d'un REIGNING SOUND qui connaîtrait sur le bout des doigts son abécédaire des mid-sixties.
Faites un test : écoutez You for president puis Another turn et cherchez la faille. Juste pour voir. Ca enchaîne ballade moody (Taste of tears !!!) sur coup de nerf blindé de fuzz. Tout ça devrait vous propulser tout droit chez le disquaire. Histoire de donner tort à ceux qui chantent Nice guys finish last. Pour une fois. Ça serait cool non ?

Marc Prempain - Loose Nut

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Love
La Revanche du Roi Arthur - Arthur Lee & Love / Sky Saxon & the Seeds – 6 mars 2004

Commencer par un râle, ou plutôt par râler. Deux figures légendaires de l'histoire du rock font escale à Lyon dans une indifférence générale. Au mieux une méfiance pratiquement méprisante, comme dans ce mensuel gratuit, que l'on a connu plus aventureux, où l'on nous sert le couplet de l'indécrottable nostalgie (mort aux vieux ? canicule forever ?), confortable cocon un peu foireux dans lequel se lover en ces temps brouillés. L'argument peut être valable pour les fatigantes gamineries casimiresques des 80's, mais là, putain, on parle de types vivants, et même de survivants. A y'est, le mot est lâché, et puis tant pis car effectivement Lee et Saxon ont réussi là où bien d'autres ont échoué : ils sont en vie et sur scène. Et ceci suffit à balayer tout soupçon.
En ce samedi de mars 2004, soit prés de quarante ans après leurs premiers faits d'armes, il n'y avait aucune question à se poser, l'envie et le respect commandaient de se précipiter au Loft, voir et entendre ces valeureux fossiles psychédéliques. D'ailleurs, Le Loft fut plein, d'un public né en 1966, ou pas, de filles et de gars ayant compris qu'il allait se passer quelque chose ce soir là, dans la galaxie sans âge du rock, cette musique que l'on nomme " de jeunes ". Car oui, " l'aspiration vers le passé " eut bien lieu, mais en beauté, sans mollesse ni duperie, et c'est bien aujourd'hui, ici et maintenant que ces deux groupes nous transportèrent, par le seul fait de leur classe et de leur enthousiasme.
Quelque part entre Jésus et Charles Manson, Sky Saxon est frais comme un gardon, peut-être un poil raide au niveau des épaules, mais pleinement habité par sa musique, dérangée et remuante. Du garage rock psychotrope qui s'ébroue comme un chien mouillé, orgue en avant et guitare franche du collier. Les Seeds 2004 rongent leur os jusqu'à la lie, comme des morts (vivants !) de faim. Pas d'répit pour les zombies, Saxon et ses hommes montent en spirale dans le sky béant et nous laisse éberlués comme deux ronds d'flan. Fallait pas l'inviter : hurlant à la lune, Sky Saxon l'halluciné ne fait pas d'quartier.
Puis vint Lee & Love, et là ce fut la claque, magnifique fessée colorée pour tous les mômes que nous sommes. Entouré d'un groupe de costauds, quatre musiciens d'excellence, Arthur Lee transpire de charisme. En le voyant, j'ai curieusement pensé à la magnifique Pam Grier dans le Jackie Brown de Tarantino, soit une belle âme dans un (beau) corps assumé qui gère le poids des ans avec la distinction des seigneurs. Lee n'en veut sûrement à personne de son manque de reconnaissance généralisé. Les Beatles et les Doors ont connu le prodigieux succès, tandis que Love eut droit au culte des damnés. Qu'importe, lui Arthur Lee, est aujourd'hui ici, et il savoure comme jamais cette deuxième vie, celle où il peut donner corps sur scène, plusieurs décennies passées, à ses compositions fabuleuses, devant un public conquis. L'ensemble du magistral Forever Changes fut ainsi joué, confirmant la richesse et l'éclatante intemporalité de ces morceaux d'équilibriste lunaire et inspiré. Ce soir là, on souhaita en choeur le " happy birthday to you Arthur " au king qui venait de déployer sous nos yeux et dans nos oreilles son royaume en forme de cour. Et tans pis pour ceux qui ne croient pas au contes de fée, ce samedi d'hiver au Loft, l'Amour à bel et bien triomphé, dans une gerbe d'harmonies électriques, sauvages et pacifiées.
Ou, comme le chantait un groupe anglais mineur, sowing the seeds of love.

Ludovic Dutheil

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The Indikation – In Terms Of
The Indikation - In Terms Of - Teen Sound Records

Ces norvégiens sont des gars vraiment têtus. Impossible de leur faire admettre que les BEATLES ont enregistré autre chose que leurs deux premiers albums ... La notion de distortion leur est quasiment inconnue. A peine si la Fuzz est arrivée jusqu'à eux via quelques singles punks américains.
THE INDIKATION est avant tout un groupe Beat. Beat comme on l'entendait sur les rives de la rivière Mersey en 1964. Jusqu'aux Beatle-boots et à la casquette McCartney (détail qui, à l'heure où des pitres osent sortir dans la rue en pyjama, je veux dire en jogging, avec au pied des pompes qui semblent avoir été conçues pour les déplacements en station orbitale, peut revêtir une certaine importance.)
Les INDIKATION ont les moyens de leurs ambitions. Les morceaux sont alertes, dynamiques et mélodiques. D'une étonnante fraicheur. Ce qui aurait pu se limiter à un exercice de style stérile ... recréer un son, des effets ... se révèle être une réussite totale. Il y a ici des vrais morceaux, servis par de vrais talents. Le traitement du son, qui est également à la hauteur, contribue lui aussi au succès de In terms of.
Une réussite, vous dis-je.

Marc Prempain - Loose Nut

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Detroit Cobras – Seven Easy Pieces

Detroit Cobras - Seven Easy Pieces - Rough Trade

Est-il réellement utile, à l'intérieur de ce zine, de chroniquer un disque dont tout le monde parle, qui est dispo à peu près partout à un prix ridicule, et dont la presse a déjà vanté les qualités ? Pour nous, la réponse est oui, d'une part par respect pour les personnes qui n'ont pas attendu que la presse internationale leur montre la voie pour savoir que les COBRAS sont un grand groupe depuis pas loin de huit ans, et non pas depuis la semaine dernière. Et d'autre part du fait que ce disque est très bon, à l'instar des deux albums précédents. La pochette reprend l'illustration de leur troisième 7' (peut-être pas la meilleure idée pour le coup), à l'intérieur on trouve sept covers (histoire de ne pas changer une formule efficace, voir l'opinion de RACHEL NAGY sur les compositions originales dans l'interview du Dangerhouse Web Zine) de pur r'n'b, dans la droite lignée du groupe. La surprise vient plutôt du line up, puisque qu'on trouve GREG "OBLIVIAN" CARTWRIGHT lui-même, qui vient appuyer MARIBEL à la guitare, et apporte sa touche un peu trashy au son du groupe, en plus d'une partie vocale très classe en duo avec RACHEL sur Insane Asylum (originellement un duo WILLIE DIXON / KOKO TAYLOR, plus récemment gravé par OXBOW avec MARIANNE FAITHFULL). Il semblerait que l'accueil du public briton ait été quelque peu, disons, froid pour les dates que le groupe a faites là-bas pour la sortie du Cd. Les COBRAS se vengeront sans doute de l'affront en mettant le feu à l'Espagne à l'occasion d'une mini tournée en compagnie des HENTCHMEN et des PAYBACKS.

Big B.

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Love
Métal Urbain est de retour !

METAL URBAIN en live ! Sur scène. Pour de vrai ! Pas une reformation de pacotille. Une vraie, avec les membres originaux. ERIC DÉBRIS, HERMANN SCHWARTZ, CHARLIE H et même PAT LUGER (cf. concert au Canada), aidés du nouveau venu, le guitariste VOTT (ex KOMINTERN SECT, HOAX) !
Il faut l'avoir vu pour le croire. J'ai assisté la semaine dernière à 5 (comptez-les, CINQ) concerts tous plus forts les uns que les autres, sur une période de 5 jours, lors d'une tournée promotionnelle du groupe aux USA. Voici mon journal de bord de cette tournée folle, à marquer d'une pierre blanche puisqu'elle vient de donner lieu à la renaissance d'un groupe légendaire.
Mercredi 5 Novembre 2003 - New York, NY Niagara
Le soir de la partie de lancement de l'album compilation américain de METAL URBAIN, titré Anarchy in Paris, qui sort sur le label Acute Records en janvier. Il s'agit d'un CD simple, avec environ 10 morceaux de moins que le CD français. Pas très exhaustif, mais idéal pour que le jeune public se familiarise avec METAL URBAIN, puisqu'il comprend l'essentiel des enregistrements studios et une sélection des meilleures démos. Je pourrais vous en raconter plus, mais j'étais malheureusement dans l'avion à ce moment là, et je n'ai donc pas pu y assister. Mais de toute façon, j'imagine que les parties de lancement, vous n'en avez un peu rien à foutre. non ?
Jeudi 6 Novembre 2003 - New York, NY - Southpaw avec MAZING VIDS et ONEIDA
Aterrissage à l'aéroport de Newark, et prise en charge jusqu'à la ville par un chauffeur black qui me déclare dormir 5 jours sur 7 dans sa voiture pour ne pas louper des clients, et avoir de quoi nourrir sa famille (très) nombreuse. C'est une journée de merde à NY : de la pluie à torrent, des embouteillages partout, les taxis refusant de prendre quiconque en charge à l'intérieur de la ville, les bus qui n'avancent pas. Panik ! Le tourneur, un gros américain très branché s'affolle à l'idée que le temps tue toute affluence au concert. Il ne devrait pas s'en faire tant que ça. Ce soir, METAL URBAIN est en ville ! Dans la salle, un club exceptionnel au niveau du décor (tapisserie de pochettes de vinyles originaux), et du son (un ingénieur d'enfer qui se bat contre une nouvelle console de mixage, la précédente, vieille de 25 ans, ayant grillé - hasard ? - la veille) c'est 200 personnes qui sont agglutinées devant la scène. Le stand de merchandising est pris d'assaut puisque le CD américain y est vendu avec trois mois d'avance sur la date de sortie. Moyenne d'âge : 22/30 ans. La plupart n'étaient pas nés quand le premier 45T de METAL URBAIN est sorti ! Après les sets des MAZING VIDS et ONEIDA, les METAL U commencent à installer leur matériel. Dans quelques secondes, un mythe va devenir réalité. Le public est sous tension. Qu'est ce que ca va donner ? Certains murmurent que le groupe a viré techno, et que la déception risque d'être grande. Vers 23h, le rideau s'ouvre. METAL URBAIN prend d'assaut la scène comme si sa vie en dépendait. Un accord d'Hermann Schwartz, et la salle entière bondit comme une seule personne. Le son est gigantesque, les guitares ultra-saturées balayent tout. Le groupe, qui sort de trois mois intensifs de répétition martèle tous les classiques avec une énergie incroyable. Sous adrénaline, METAL URBAIN délivre un set remonté : Charlie H, et Vott arpentent la scène dans tous les sens, tandis qu'Eric Débris et Hermann Schwartz font tourner la machine. Dans la fosse, certains américains chantent les textes en même temps en franglais et à tue-tête ! Enorme ! Après le concert, le groupe trinque backstage, pendant que le public fait la queue pour les féliciter. "Nous reviendrons demain !" nous assure un fan surexcité, caméra DV au poing. Nous le reverrons à chaque concert !
Vendredi 7 Novembre 2003 - New York, NY - Mighty Robot avec SIGHTINGS et MIDNIGHT O'CONNOR
Le Mighty Robot n'est pas techniquement une salle de concert ou un club, mais plutôt un immense loft situé en étage d'un petit immeuble, sous le pont de Brooklyn, et dans lequel la jeunesse rock branchée de NY se retrouve plusieurs fois par semaine pour assister à des performances de tous les groupes du moment. "C'est un endroit 'in', attendez vous à voir débarquer plus de monde qu'hier" nous avait dit le road manager le matin même. Sur le coup des 23 H, c'est effectivement plus de 300 personnes qui s'agglutinent à l'intérieur, au point qu'il est quasiment impossible de se déplacer dans la salle. Le bar est de fortune, la sono à l'avenant, et l'ingénieur du son aussi : après avoir ingurgité une bouteille de whisky en moins d'une demi-heure, il s'écroule, et est emporté sur un brancard pour cuver son alcool ! Sourire aux lèvres, les METAL URBAIN évoluent dans la soirée comme des poissons dans l'eau. Des fans ont créé et imprimé un T-Shirt MÉTAL URBAIN spécialement pour l'occasion, et le remettent au groupe en échange de vrais T-Shirts promo. Une vieille connaissance du groupe surgit de nulle part. C'est Joly, de Better Badges (pour les plus jeunes : il s'agit de l'homme qui a fabriqué 80% des badges promos des groupes à Londres entre 1976 et 1981) ! Surprise, il a une poignée de badges MÉTAL URBAIN à la main. Quand je m'extasie sur leur aspect authentique (ils ressemblent comme deux gouttes d'eau aux badges METAL URBAIN de 1978-1980), il m'apprend, le bougre, qu'il est l'homme qui les avait fabriqués à l'origine, et qu'il a gardé l'image master intacte. Ce retirage est donc en tous points conforme à l'original !!! Inutile de dire que les badges, distribués gratuitement par le groupe après due rémunération à Joly de ses frais de fabrication, s'arrachent comme des petits pains. Les deux premiers groupes ne laissent pas une profonde impression, mais le public s'en fout, il n'est pas venu pour ça. Les stars de la soirée sont les METAL URBAIN. S'il faut s'en convaincre, lorsqu'ils montent sur scène, des caméscopes sont brandis partout. Un géant noir de près de 2m se tient juste derrière moi. Le temps que je me demande ce que ce basketteur fait ici, il se met à hurler approximativement les paroles dès que le groupe attaque son set, et ponctue la fin des morceaux de "sioupairbe !" et "faurmidable" ! Dans la salle, le son est à l'avenant, le groupe ne s'entend pas dans les retours, et à un moment, un membre du public coupe carrément les micros en posant son sac sur les prises (il se fait dûment réprimander après que l'équipe technique se soit affolée dans tous les sens pour trouver l'origine de la panne). C'est un vrai bordel, mais le public s'éclate sauvagement. L'ambiance est là, et les amplis guitares arrosent la salle entière, pendant que de magnifiques vidéo-projections de pellicules 16mm en boucle couvrent les murs et le groupe, faisant tourner la performance à du punk-art. Après le concert, les METAL U restent dans la salle, à descendre des bouteilles et discuter avec les fans. Certains, bien qu'étant nés après sa séparation connaissent par cour l'histoire du groupe, au grand étonnement de Eric Débris et Hermann Schwartz. Vers 4 heures du matin, retour à l'hotel, et rattrapage de sommeil, en prévision de la rude journée du samedi. Samedi 8 Novembre 2003 - New York, NY - Radio WFMU, et Tonic avec Ghost Exits
11h du mat, et METAL URBAIN repasse récupérer son matériel au Mighty Robot, qui en plein jour ressemble à un champ de bataille après la tempête. L'ingénieur du son, qui a cuvé son whisky, se révèle être aussi le patron. Il nous remercie et nous invite à venir jouer prochainement à Berlin, ou il possède aussi un club ! METAL U remballe son backline et part le réinstaller à la convention de disque de la radio WFMU, oui il doit jouer vers 16h30. La convention est sans aucun doute la plus grande du monde, et le décor très kitch. Mais cette fois, c'est 800 personnes qui assistent au show, retransmis en même temps en live pour plus de 150 000 auditeurs. Vous n'êtes pas autorisés a proférer des injures à l'antenne nous prévient l'ingé-son. On va jouer une chanson qui s'appelle 'Crève Salope', ca va passer ? lui demande Hermann Schwartz en anglais. Aucun problème ! répond l'autre, apparemment peu au fait des subtilités de la langue française. Pour cette session radio, le groupe joue un set efficace de 5 morceaux, et fini avec Crève Salope, à la grande joie du public. Après la prestation, des dizaines de collectionneurs de disques font la queue pour se procurer le CD compilation. J'étais tranquillement en train de m'acheter des vieux vinyls, dit l'un d'eux, quand j'ai reconnu le son de METAL URBAIN. Je me suis approché, et c'était vraiment eux ! Comment pouvez-vous être reformés, et en train de jouer à NY en plus ? Je n'arrive pas à y croire !. METAL URBAIN remballe son matériel, et repart en camion dans les rues de Manhattan. La radio du camion est branchée sur WFMU. Nous entendons la speakerine noter qu'après la prestation du groupe, le standard à été assailli d'appel d'auditeurs surexcités. C'est incroyable ! dit l'un d'eux, ce groupe ressurgit de nulle part avec 25 ans de décalage, et il sonne exactement comme sur les disques !. Inutile de dire que dans le tour-bus, le groupe à un sourire jusqu'aux oreilles... METAL URBAIN débarque ensuite au Tonic, un grand club avec un son caverneux, (les murs sont en béton armé et la salle entière est un grand écho). Après une balance rapide, direction l'hotel pour se reposer pour les uns, et un restaurant proche pour les autres. On se retrouve ensuite vers 23 h au club, qui, (ca devient une constante) est plein à craquer, et ceci sur deux étages (le sous-sol, avec des tonneaux de vin géant sciés en deux pour tenir lieu de salons / tables individuelles est du plus bel effet). Ce soir là, le groupe joue un set encore plus énervé que d'habitude. Remonté, Hermann Schwartz attaque sa guitare à grand coup d'accords saturés. Le groupe n'est pas en reste, Vott 100% Métallique depuis le premier jour, Charlie H sautant en l'air derrière ses machines, et Débris, monolithique, qui commence à développer un jeu de scène statique, mais fascinant, à base de poses distordues du plus bel effet. Une horde de jeunes américains chantent (encore) les hymnes a tue-tête devant la scène pendant tout le show. Après le set, ils viennent nous parler, et nous découvrons que certains on fait le voyage depuis Washington, Boston ou Miami pour voir le groupe ! Un fan plus âgé se répand sur nous en pleurant de bonheur jamais de ma vie je n'aurais espéré voir METAL URBAIN sur scène nous confie t-il, quand je vous ait découvert (avec l'album "Les Hommes Morts sont Dangereux"), et que j'ai su que le groupe n'existait plus, j'en ai fait mon deuil. Et vous voilà ressurgis de nulle part, et NY, en Amérique, avec le son et l'énergie intacts ! L'homme, les larmes aux yeux, fait signer ses vieux vinyls, tout continuant à se pincer en se demandant s'il n'est pas en train de dormir.
Dimanche 9 Novembre 2003 - jour off
Une journée entière passée à voyager en tour bus jusqu'au Canada.
Lundi 10 Novembre- Montreal, QUE - Sala Rossa
Je pense qu'il va y avoir du monde à Montréal. me confie Charlie H dans le tour bus en début d'après midi, alors que la ville se profile à l'horizon. Il ne croit pas si bien dire. Nous retrouvons devant la salle Pat Luger en personne. Oui, LE Pat Luger, le guitariste principal de METAL URBAIN avec Hermann Schwartz, qui vit désormais Canada, et qui ce soir va rejoindre le groupe sur scène, achevant ainsi la réunion de quasiment tous les membres originaux ! Pat aujourd'hui -cheveux ras, tatouages recouvrant les épaules et les avant-bras, pantalon camouflage- a toujours gardé l'esprit rock'n'roll, et il va nous le démontrer ce soir. Après un accueil d'enfer des canadiens (décidément, les américains ont beaucoup à apprendre de ce côté là.), on prend un repas rapide dans un superbe pub situé en face de la salle. L'écrivain Maurice Dantec, grand fan de METAL U devant l'éternel, nous y rejoint ! Nous revenons à la Sala Rossa à 22h45, pour nous apercevoir qu'elle est pleine à craquer. 500 personnes sont agglutinées devant la scène, et le stand merchandising est dévalisé ! Ce soir les METAL U sont plus tendus que d'habitude. A 23h05 ils attaquent. Le son est énorme, le public, largement francophone, crie TOUTES les paroles et les choeurs en même temps. Dès que les premiers accords permettent de reconnaître le début d'un morceau, des hurlements hystériques montent de la salle. L'accueil est enthousiasmant, et les METAL U commencent à se détendre. Lorsque Pat Luger est introduit par Débris et branche sa guitare sur scène, ca devient carrément le délire : la salle entière se soulève. Pat Luger saute en l'air comme Pete Townshend à la bonne époque, le groupe aligne 50/50, Panik et Crève Salope puis quitte la scène, tandis que les hurlements de joie retentissent dans la salle. Premier rappel, Hystérie Connective, toujours avec Pat Luger. Le groupe quitte la scène à nouveau, mais le public en veut encore. Pendant 10mn, c'est l'hystérie collective, les cannettes de bière volent sur la scène vide, et les premiers rangs martèlent la scène, jusqu'à ce que le groupe réapparaisse ! Cette fois, Débris laisse le public suggérer le dernier morceau à jouer. Ce sera évidemment Panik, un dernier pogo frénétique, avant que tout le monde se retrouve au bar. Dantec, remonté, vient féliciter le groupe, ce qui rassure les METAL - l'homme les a vu en 1978 et en 2003, il sait donc de quoi il parle ! C'est sur cette note enthousiasmante que j'ai repris l'avion pour Paris le lendemain, les cheveux en bataille, une barbe de 4 jours, et l'air hagard, mais rassuré.
Parce que METAL URBAIN est toujours le seul groupe français qui peut se permettre d'aligner classique après classique sur scène, de Paris Maquis à Crève Salope en passant par Lady Coca-Cola et Snuff Movie ou Hystérie Connective. Parce que METAL URBAIN a confirmé, au court de cette tournée américaine, qu'ils sont restés l'un des plus importants groupes de notre époque.
Enjoy or die...

David Fakrikian - Seventeen Records

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Les Fleurs de Lys – Reflections
Les Fleurs de Lys - Reflections - Turning Point

Vous en connaissez beaucoup des types capables de renvoyer les WHO dans les cordes et THE ACTION chez le tailleur ?
Visez-moi cette mise sur la pochette ! Capables d'évoquer autant SMOKEY ROBINSON (I've been trying) que de dévoyer une innocente chanteuse de Blue-eyed-soul (Hold on, fantastique feu d'artifice Freakbeat, terme qui a probablement été inventé pour eux).
Capables de faire le pont entre les PRETTY THINGS quasi Mod-beat de Progress (Stop crossing the bridge) et la pop-psychédélique des MOVE (Sugar love).
Touche-à-tout de génie, ces gars ont côtoyé les meilleurs ... Jeff Beck, Otis Redding, Booker T, et ont su se montrer dignes de ces fréquentations. En particulier quand il s'agissait de pousser le pauvre quidam à la crise d'épilepsie (Tick tock, véritable machine infernale) ou de lui labourer le cortex à coup de guitare-Fuzz (Hammerhead).
Reflections contient les 22 titres enregistrés par le groupe entre 1965 et 1969 et, vous l'aurez compris, fait preuve d'une diversité frisant le génie.

Marc Prempain - Loose Nut

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Holly Golightly – Truly She Is No Other

Holly Golightly - Truly She Is No Other - Damaged Goods

Sur une photo du livret de Truly She Is None Other, Holly Golightly bouquine sur un fauteuil, ses jambes gainées de résille sur l’accoudoir, les pieds chaussés de mules rouges.
Holly reçoit les yeux fermés un coup de langue de son cabot et l’on se dit qu’on aimerait bien être parfois un canidé. Pas pour les assis-couché, pas pour les nonosses, la pâtée ou le poil lustré, juste pour rouler des patins salaces à Holly.
Holly Golightly (l’un des plus beaux noms qui soient, celui d’Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s, film de 1961 signé Blake Edwards, sur une musique inoubliable d’Henry Mancini) fut d’abord à l’origine de Thee Headcoatees, groupe féminin qui enregistra une demi-douzaine d’albums, plus un best-of et un live, entre 91 et 99, dont Girlsville, sorti chez Hangman (puis réédité chez Get Hip) en 91, Have Love Will Travel, Ballad Of An Insolent Pup et Bozstick Haze, sur Vinyl Japan (92, 94 et 97).
Depuis 95, Holly signa une dizaine d’albums avant celui-ci, essentiellement sur Damaged Goods et Sympathy For The Record Industry. En 2003, elle prend part au mirifique Elephant des White Stripes, en entonnant avec ces garnements Well It’s True That We Love One Another, titre qui clôture ce grand disque secoué. Dans la foulée de la tornade des deux bruns aux bandes blanches, miss Holly allait-elle se voir ouvrir les portes du succès ?
Que nenni les amis, Holly la discrète cultive sa fixette garage sixties, trop fine pour notre époque mal dégrossie. Plus mélodieux et sucré qu’à l’habitude, ce nouvel album, amoureusement préfacé par Jack White, aurait dû pousser le monde entier dans les bras d’Holly. Le blues onirique de la ménagère de moins de "l’âge que vous voulez’’ trouve là son apogée. Chez Holly, l’intérieur est bien tenu et l’on songe, un peu benêt, à un simple repas dominical en tête-à-tête avec la belle. Parfaite d’un bout à l’autre, la voix d’Holly s’élève ici sans effort au-dessus des babioles d’aujourd’hui.
Deux reprises des Kinks, dont l’extraordinaire Tell Me Now So I Know, léger comme une plume (Quentin Tarantino doit rêver sans le savoir de cette chanson chaque nuit …), charpentent cet album qui sent les couleurs chaudes et la bonne vieille classe céleste, hors du temps et des contingences à la con.
Une suggestion : présentons Holly Golightly à Chris Isaak, le box-surfer lui aussi perdu dans l’espace. Au moins, ils promèneront ensemble le chien sur la plage.

Ludovic DUTHEIL

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Testors
John King - Human Punk

He's in love with rock'n'roll woaahh.
.en 1977, dans la très grande banlieue ouvrière de Londres, Joe et ses potes succombent au charme musclé des groupes qui débaroulent comme une horde de gremlins au milieu d'une séance de méditation transcendantale.
He's in love with gettin' stoned woaahh.
.mais au prix où est la bière, on sait avec précision le nombre de consommations de la soirée avant même qu'elle n'ait commencé. et les amphets ne tombent pas du ciel.
He's in love with Janie Jones.
.ou de toute autre représentante acceptable du sexe féminin, qui somme toute ne pullulent que dans les conversations avec les susdits potes.
But he don't like his boring job, no...
. pourtant, empiler des boîtes de beans dans la supérette locale sous l'oeil torve du manager imbu de son autorité reste le seul moyen de s'offrir les Docs (10 trous, on a la classe ou pas.), et les bitters que l'on boit en écoutant les disques de Clash, Sex Pistols, Sham 69 et autres Jam.
Tous les quarantenaires qui ont eu le bonheur de profiter des échanges avec correspondants britanniques durant leur scolarité ont connu lors de leur séjour des tas de Joe. Ils les ont sans doute considérés avec condescendance comme des produits locaux, toute ressemblance étant tout bonnement inexistante avec l'imagerie punk qui nous était servie ici, relevant plus des boutiques branchées de King's Road (et par conséquent de l'épaisseur du portefeuille de Malcom Mc Laren) que de la dure réalité du prolo made in England. Eh oui, contrairement aux Français peaufinant devant leur miroirs le look adéquat et le sourire à la Silly Syd, les punks anglais arboraient rarement l'uniforme, parce qu'ils n'en voyaient pas l'utilité, et n'en avaient de toute façon pas les moyens.
L'attrait principal de ce mouvement, pour les milliers de Joe de ce temps-là, c'étaient les paroles . qui reflétaient ce qu'on vivait, visaient droit dans les choses qu'on voyait, pensait, les mots des gens qui avaient droit à notre respect parce qu'ils écrivaient de l'intérieur sur l'extérieur, et non pas de l'extérieur, comme la plupart du temps. Pour nous, des gens comme Rotten, Strummer, Pursey et Weller étaient les plus grands auteurs, ceux qui produisaient une littérature qui nous parlait de nos vies.
Le style de King s'accorde idéalement avec la rythmique de ces écrivains-là, salves de courtes périphrases s'enchaînant sur plusieurs pages successives. Très vite on se retrouve assis dans le pub du coin, à écouter Joe nous narrer les sorties, les bières, les bagarres, les voitures volées et les expéditions à Londres, où finalement ces rude boys paraissent presque aussi déphasés qu'un touriste français moyen. Joe sait regarder, il peut voir la beauté dans une usine désaffectée, le passé d'un homme dans ses attitudes, l'absurdité d'un système dans ses conséquences. Et il s'émerveille toujours du sourire de Gary - aka Smiles -signe extérieur de sa bonté intrinsèque.
Un ton parfois cocasse, parfois abrupt, parfois poétique, qui deviendra grave à la fin du premier chapitre, lorsque Joe et Smiles sont jetés d'un pont par quelques " blockheads " assoiffés de violence facile. Joe va remonter à la surface, mais Smiles ne quittera jamais tout à fait son séjour subaquatique, qui a peut-être commencé bien avant le plongeon. C'est ce que pensera Joe, lors de son long voyage de retour depuis l'Asie, entrepris à l'annonce de la mort de Smiles, en 1988. Les souvenirs de son adolescence se mêleront à ceux de son périple. Joe sait raconter, et ses récits d'expatrié traversant Hong Kong, la Chine, le Tibet, la Russie et Berlin dispensent d'un abonnement à Géo.
La réinsertion dans le milieu d'origine se fera - non sans quelques accrocs - grâce à une vocation de D.J. Joe allume les soirées de l'an 2000 en passant les bons vieux tubes des années 77 et assimilées, avant de passer la main à son collègue spécialiste du reggae.
Lorsqu'enfin il rencontrera fils caché - ou plutôt ignoré - de l'ami disparu (sorte de projection de lui-même presque trente ans plus tard, issu du Blairisme comme il l'était du Thatcherisme. et pas la peine de chercher les différences.), l'histoire touchera son terme, non sans un dernier rebondissement.
Chronique des années punk, portrait de la working class anglaise, histoire d'amitié, parcours initiatique ? Un peu de chaque, je vous prie. Mais une seule conclusion : ce punk est incontestablement humain.

Mrs Tyresome

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The Five Americans – the Best Of
The Five Americans - The Best Of… - Sundazed

Bon, ok, le nom ... Ils s'appelaient les MUTINEERS avant de se faire imposer ce patronyme par Mr Abnak, directeur de label et subséquemment dépositaire de la destinée musicale de nos héros : Vous vous appelerez les cinq Américains. Pour contrer la british invasion ! A prendre ou à laisser.
Mettons tout de suite les choses au point : parmi les groupes Texans, les FIVE AMERICANS ne sont pas les plus sauvages. Loin de là. Ils évoluent plutôt dans la catégorie pop, un peu à la manière de Mysterians lorgnant du côté des Beatles.
25 titres sur ce Best of, tous composés par le groupe, y compris cinq entrées dans les charts dont les excellents I see the light et Western Union montés aux toutes premières places en 1966 et 1967. Au programme, harmonies vocales hyper maîtrisées (je ne vois que We the People pour prétendre les suivre sur ce terrain), Farfisa acidulé et mélodies implacables). Quelques coups de griffes quand même, le temps d'un It's a crying shame qui renvoie au Good times des Nobody's Children ou d'un Don't blame me carrément ravageur.
Pas facile de décrire en quelques mots quatre albums et près de trente singles, mais passer de la perfection de Letters, pictures and melodies (ultime croisement des Byrds et des Beatles de Rubbersoul) aux 2 minutes 29 de bonheur bondissant de Zipcode est une expérience rare. Peu de groupes pourront vous la procurer.

Marc Prempain - Loose Nut

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The Cramps – Fiends of Dope Island
The Cramps - Fiends of Dope Island - Vengeance Records

Presque six ans se sont écoulés depuis la sortie de Big Beat From Badsville, et on ne savait pas trop ce qui se passait du côté des Cramps. Le premier signe de vie avait été la réactivation de leur propre label, Vengeance Records. Sans doute étaient-ils fatigués des bras de fer avec le music-business, et du jonglage incessant d'un label à l'autre (Outre Vengeance pour leurs deux premiers7', il y eut Illegal, New Rose, Enigma, Restless, Big Beat, puis Epitaph). Il s'en suivit la réédition de six albums, agrémentés de bonus tracks sur les versions Cd. Les choses ne devaient pas s'arrêter en si bon chemin, puisque l'annonce de ce nouveau Lp transparaissait au printemps dernier. Après quelques retards, l'objet atterrit enfin sur nos platines. ET DONC ? Pas de surprises fracassantes, il semblerait que l'on soit en présence d'un bon cru Crampsien ! Exit le bassiste SLIM CHANCE, le petit (!!!) nouveau se nomme CHOPPER FRANKLIN (la photo de groupe du verso valant même vraiment son pesant de bave de crapaud...), et se fond totalement dans le moule du groupe, tâtant même de la guitare sur un morceau. L'objet comporte 13 titres, 10 originaux et 3 covers (Hang Up des WAILERS, Taboo d'ARTHUR LYMAN et Oowee Baby de JERRY REED), et bénéficie peut-être d'un des meilleurs sons que le groupe ait pu graver jusqu'ici. Pas d'indication quant au lieu d'enregistrement, sinon que le mix est l'ouvre d'EARLE MANKEY. Les originaux portent la marque de fabrique, guitares trashy/50's, textes hantés ("The devil gave us Elvis / Drugs sex and Rock n' Roll / Greenbacks Fuzz and Feedback / Demonseed and Bansheehole" tiré de Elvis Fuckin'Christ ou encore "Papa Satan Sang Louie Louie / I used to be a Human / But I don't Know Why"), IVY se laisse aller à tater du Theremin, tout le monde recycle une fois de plus le Rumble de LINK WRAY sur Color Me Black et l'ensemble de l'album passe plutôt très bien. Une tournée européenne est prévue cet automne, la bonne idée serait qu'ils amènent les GORE GORE GIRLS dans leurs bagages, comme pour la tournée US.

Big B.

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Smog - Supper
Songs: Ohia – The Magnolia Electric Co.
The White Stripes – Elephant
[SMOG] - Supper - Domino / Pias
Songs : Ohia - The Magnolia Electric Co. - Secretly Canadian / Chronowax
The White Stripes - Elephant - XL Recordings / Naïve


Norbert Viandox a les boules.
Son pays favori sur la carte du monde ne tourne plus rond. Que va-t-il en faire Norbert de tous ses fantasmes de routes poussiéreuses et sans fin, de son vieux rêve de tangente, là bas, aux USA ? Il n'ose même plus mettre son tee-shirt fétiche, celui avec l'aigle, la bannière étoilée dans l'bec, au-dessus du Grand Canyon dans l'fond duquel on distingue les Beach Boys en chemises rayées, planches de surf à l'appui. Merde, ce grand et jeune pays se retrouve gouverné par des abrutis réactionnaires et impérialistes, armés jusqu’aux dents, pourries du fond qui baignent dans le sang.
Son pote Mourad lui a dit, les Etats-Unis, c'est l'enfer, des assassins d'enfants qui veulent le pétrole et l'argent du pétrole !. Norbert roule à vélo, il s'en fout du combustible, mais putain, Mourad a raison, aujourd'hui l'Amérique craint pour de bon.
Enfant, Norbert jouait aux cow-boys et aux indiens. Lui faisait le peau rouge, fourbe et sauvage, forcément, pendant que Gilles Laburne faisait le blanc chapeauté, héroïque et con, forcément. La flèche contre le pistolet, l'arme en bois et à vent contre celle à feu et à cran. Après les morts pour de faux, Norby et Gilou se retrouvaient pour fumer le calumet de la paix, une Malbac dégueu qui les faisait tousser. Et puis il y avait Janine, enfin Jenny dans l'histoire, superbe squaw aux cheveux sombres et longs, passant des bras de Geronimo à ceux de John Wayne, suivant le sens du vent. Mais dans la réalité vraie, les ricains avaient décimé la majorité des indiens, et alcoolisé ceux qui restaient. Dirty White Race.
En pensant à sa discothèque, aux films qu'il voyait et livres qu'il lisait, Norbert se dit qu'il ne fallait pas confondre une administration de dégénérés et une culture artistique dense et précieuse. Il n'y avait pas plus proportionnellement d'abrutis en Amérique qu'ici, malgré la ségrégation, le libéralisme sauvage et le Jerry Springer show. Il fallait réagir, et plutôt que de s'enfiler des big-mac-whisky-coca jusqu'à en crever, Viandox décida d'aller rendre visite à John Bill Frisco, Jean-Paul Facial dans le civil, disquaire souterrain de son état. Pour conjurer le sort, laver l'offense et sauver la face d'un même élan, Norbert devait acheter du vinyl ricain, du fuckin'pétrole, quoi.
Ce jour là, Jean-Bill avait aussi les boules. Il venait d'apprendre la séparation des Rotten Tomatos, groupe mythique de Santa Rita, Nouveau Mexique, qui avait enregistré 35 albums en 10 ans de carrière et fait la première partie des Cramps en 1986 à Pocatello, Idaho. Dans la boutique bordélique de Frisco/Facial, Norbert se concentra sur les nouveautés neuves qui venaient d'arriver, tandis que le maître des lieux tentait une version pastorale de Blowin'In The Wind sur sa gratte aux cordes oxydées.
Viandox brandit bientôt trois galettes rutilantes, trois ronds d'Amérique emballés dans des carrés cartonnés, six faces d'un pays qui valaient mieux que ceux qui, l'arme au poing et la bave aux lèvres, le représentaient. Alors que Frisco massacrait consciencieusement Search And Destroy, Norbert enfourcha son fidèle deux roues à force motrice et, le sac entre les dents tel l'aigle volant, ramena son butin au creux de son nid. Rita l'attendait en zieutant The Maltese Falcon de John Buhston, avec Dick Cheney dans le rôle du vrai. Tout excité par son désir de vengeance face à la cruauté du monde, Viandox lança sur la platine un des trois cercles sillonnés.
Une guitare, comme un bruit de train entrant en gare, puis la voix à l'accent prononcé de Bill Callahan, bientôt rejoint par celle douce, cajolante et presque juste de Sarabeth Tucek. Au milieu des 90's, Norbert soigna sa dépression avec Smog (depuis devenu [Smog]), groupe d'un homme seul, dans sa tête et dans son monde. Le bien nommé The Doctor Came At Dawn offrait en 1996 une magnifique croisière sur un vaisseau fantôme, une dizaine de morceaux obsessifs poursuivant un point fixe. Depuis Bill va mieux. Ses morceaux restent d'étranges expériences hypnotiques, un pied dans le vide au bord du ravin. Mais les fenêtres se sont ouvertes, l'air entre et gonfle le son et les voiles. Apaisé, Callahan s'étend dans l'herbe, regarde le ciel et, oh bonheur, celui-ci est clair et dégagé. Supper aligne ainsi les titres à la fois tendus et sereins, profonds et chaleureux. Et Callahan de ressembler à un Lou Reed sans la grosse tête (de lard), un de ces artisans instinctif et lumineux qui, après avoir côtoyé les sombres profondeurs, se voit heureux d'être en vie. Subtilement produit, tout en détails cotonneux mais tranchants, cet album, le plus abordable, radieux et réussi de son auteur, est un bonheur de ballades bourgeonnantes. Et sur le magnifique Our Anniversary, on croit même percevoir l'ombre génialement cossarde de JJ Cale. Après l'écoute de Supper, Rita et Norbert se retrouvèrent béats, enlacés sur le sofa. [Smog] donne envie de se rapprocher, de partager la moelleuse chaleur qui émane des enceintes. Pour un peu, ils feraient un enfant, là, sur-le-champ.
Mais le téléphone sonne et la mère de Norbert lui rappelle que dimanche c'est l'anniversaire de la tante Lucette et qu'il ne doit pas oublier d'apporter le cadeau, une superbe pendulette avec une fermière style Cosette entourée de deux oies blanches qui hurlent à la lune. C'était moche mais ça irait parfaitement au-dessus de la cheminée, à côté de la Tour Eiffel en plastoc. Rita, toujours prompte à raccommoder les failles spatio-temporelles, mit le second disque. Puis elle bloqua sur la pochette, une chouette au regard triste, une larme à l'oeil, de petites mains sur le corps, un éclair et une fleur . Pas de nom de groupe, juste un titre, The Magnolia Electric Co. Là encore, le projet d'un homme, Jason Molina, auteur-compositeur entouré de neuf musiciens et vocalistes. Produit par Steve Albini, cet album de Songs : Ohia est une extraordinaire épopée dans les terres sauvages et profondes de l'Amérique musicale. Des chansons ivres d'elles-mêmes se succèdent, puissantes et intemporelles, brinquebalantes et esquintées, déterminées à en découdre coûte que coûte. Les guitares s'embrasent, rappelant le meilleur Neil Young & Crazy Horse, pendant que tout s'effondre alentours. Une vue imprenable sur un paysage âpre et minéral dont la faiblesse demeure l'être humain, vaniteux mais ambitieux, blessé mais debout. Ce disque restera certainement confidentiel (groupe inconnu au nom à coucher dehors...) mais sa beauté et sa force, sa sincérité et son abnégation, offriront à ceux qui l'écouteront des frissons couleur révélation. Avalés par le canapé, Rita et Viandox ont vu la lumière ; c'est chouette. Après un tel choc, une pause s'impose. Bières et sandwichs pour nos héros de la vie quotidienne. Quelques rots et ça repart.
La suite est rouge et blanche. Deux gamins d'une tribu primitive découvrant le coffre au trésor. On joue qu'on dit qu'on serait les roi et reine du Neverneverland du rock.. Jack dans le rôle de Peter Pan et Meg dans celui de Wendy, plus miss Holly qui joue la fée Clochette. Les White Stripes sont devenus un phénomène en à peine deux années. Le rock'n'roll, donc le blues, trituré comme s'il venait de naître, habillé comme une poupée articulée. Mais Barbie est ici secouée ; elle redevient brune, picole dur et traîne délurée dans les rues mal famées. Elephant débute par un riff de basse joué à la guitare ; puis la batterie métronomique de Meg; puis la voix transpirante de Jack, déjà essoufflé. Et Seven Nation Army de sonner comme un classique instantané, parfait morceau d'intro qui vous scrute dans les yeux avant de vous balancer un bon crachat dans la face. La brèche est ouverte. Black Math s'y engouffre au petit trot, sale, mal fagoté, pas peigné et furieusement électrisé. Cool et euphorisant, There's No Home For You Here nous renvoie à la maison et offre au passage une leçon d'écriture psyché-rock à l'assemblée. Merde, trois titres et nous voilà déjà à genoux, perdu dans le temps et l'espace. Merde, il en reste onze autres ! I Just Don't Know What to Do With Myself prend la suite, et nous voici bondissant à pieds joints, totalement crétins et heureux, sur le refrain d'un titre de Bacharach & David ! Puis Meg, féline en équilibre sur la gouttière, vient susurrer In The Cold, Cold Night ; sueur froide et pleine lune, on craque encore. L'album distille cette tranquille brutalité d'un bout à l'autre, distribuant claques et directs au foie, caresses et griffures. Une musique faite d'os et de sang, d'alcool et de lumière. Quelques bouts de tissus, un décor minimum, et les voici qui retapissent les murs de la grotte avec des peaux de bêtes sauvages. Stones, Cramps, Stooges. En 14 titres fulgurants et flamboyants, Elephant avale, digère et recrache 100 ans de rock'n'blues'rythm'n'roll, avec ce son sans âge qui râpe et gratte.
Tout ébouriffés, Norbert et Rita ouvrent les yeux, nus sur la moquette. Un truc s'est passé, sans qu'ils l'aient voulu ni compris ; un truc qui leur a fait du bien, en cette fin de journée d'avril, chaude et sucrée comme une barbapapa. Ecouter les White Stripes, c'est comme aller à la fête foraine. Il y a le Grand Huit, le Train Fantôme, le Palais des Glaces, les freaks pour de faux. Des émotions simples et sincères, ludiques et stimulantes, qui touchent aux corps et font naître un sourire béat sur les faces déphasées. Viandox s'en trouve revitalisé de l'intérieur. Il a soudain envie de s'acheter une veste rouge à franges blanches, une belle liquette de lanceur de couteaux. Reste plus qu'à convaincre Rita de se placer au centre du cercle qui tourne, un vinyl géant bien entendu ! En attendant ce grand moment de rock'n'roll circus, Norbert se dit que rien ne vaut une bonne pluie de bombes électriques, moins meurtrières. Et lorsque Rita et lui iront aux États-Unis, Big & Crazy Country, ils se déculotteront devant la Maison Blanche, eux les peaux d'fesses rouges.

Ludovic Dutheil

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Zeke – Live and Uncensored
Zeke - Live and Uncensored - Dead Teenager / King Bee / Infect Records

Le nouvel album pas si nouveau du groupe qui a splitté mais qui existe encore !!! En fait, nos collègues de ZEKE ne semblent pas bien savoir où ils en sont. Pas grave !
Cet album est une compilation d'inédits studio et de morceaux live, glanés à droite et à gauche. On ne va pas s'étendre sur la musique, le groupe étant aussi fidèle, monolithique et prévisible qu'un Big Mac. Plus de 33 morceaux en à peine plus d'une heure, çà donne une idée du train d'enfer habituel de ces gars-là. On trouve quatre premiers titres studio tirés des sessions de Death Alley, produits par BILL STEVENSON, deux d'entre eux ( Let's Go et Season of the Witch) ayant déjà été édités sur un 7' chez Safety Pin. Attention, la qualité sonore est bien meilleure ici !
Les quatre morceaux suivants sont des inédits produits par MARKY FELCHIONE aux Naf Studios, avec une tendance plus stoner rock (annonçant peut être l'évolution vers CAMARO SMITH).
Les morceaux live qui suivent sont le témoignage parfait de l'efficacité du groupe sur scène, tous ceux qui ont eu la chance d'assister à un de leurs concerts savent qu'on a à peine le temps de respirer, les titres s'enchaînant à une vitesse météorique, toujours sur le fil, cherchant le K.O. parfait et définitif. Ces enregistrements proviennent pour la plupart de la tournée qu'ils ont faite avec PEARL JAM en 2000, plus quelques documents semi-pirates enregistrés par des fans et datant des débuts du groupe. Pas d'overdubs, c'est du saignant pur-jus, droit devant , sans concessions, mais il faut être quand même un fan psychopathe absolu pour s'enfiler l'album en entier sans crier grâce. Pas une seconde de répit, hein?
ON ATTEND AVEC IMPATIENCE L'ALBUM DE CAMARO SMITH !

Big B.

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Luna Howard Fast
Luna & Howard Fast - Léontine de Lune

A chacun ses marottes, ses groupes fétiches suivis au fil du temps, fidèles au rythme de son existence. On ne choisit pas vraiment ce genre d’obsession douce, elle s’impose à nous comme par nature, peut être parce qu’elle nous ressemble en partie. Ces choses prennent un aspect amical et rassurant dont on connaît la forme et le fond, incapables de trahison et qui n’évolueront peu, mais qu’importe. Car on sait qu’à chaque rencontre il n’y aura pas besoin de long discours, de cérémonial ou de formule toute faite, on sera juste heureux d’en revoir la vieille carcasse, aussi vieille que la nôtre. Et on sera même ravi de la retrouver en bonne santé, le geste juste, la parole alerte et le corps souple.
Généralement, le groupe fétiche est celui que les autres ignorent, jardin secret au ton discret dont on peut se vanter – pas trop fort, ça n’intéresse personne – de posséder l’ensemble de la discographie. En fait, le groupe fétiche peut aisément nous faire passer pour un psychopathe devant notre glace, le teint blafard et la sono à fond. L’un de ces groupes, amis et suivi, est pour moi Luna.
Je vois d’emblée quelques visiteurs de ce site si recommandable arborer une mine accablée : « l’a pas trouvé plus mou et inoffensif comme groupe fétiche ! ? ». Ben non, j’aime Luna et, album après album, voici pourquoi.
En 1992 paraît Lunapark, premier disque d’un trio en forme de super groupe de l’ombre. Dean Wareham s’est extrait des cotonneux Galaxie 500, fascinant mollusque shooté à la bave du Velvet, avachi en flamme sur le canapé. Justin Harwood fut le bassiste de Chills, chercheurs de perles sous-marines en eaux néo-zélandaise. Stanley Demeski a tenu les baguettes au sein des cultivateurs lunaires que furent déjà les Feelies.
De flâneries existentielles en cavalcades nerveuses, Luna chante l’amour de lieux et de filles qui se confondent (New York serait une femme ? « non, un trav », répond Lou Reed), traçant une carte du tendre à coups de guitares brillantes et tranchantes. Car Luna est l’un des plus beaux hommages récent rendu aux six cordes, leur laissant une totale liberté d’expression, dans le ton et les sons, entre spirales flottantes et frises qui serpentent. Galop d’essai, Lunapark expose ainsi les bases de l’univers de Luna sur terre : une douceur sachant se tendre et frôler la brisure, une flamboyance sans tapage, un romantisme dénué de niaiserie, en somme un bouquet de roses avec ses épines. Une musique de voyage pour bouffer de la route, des chansons qui défilent tels des paysages accueillants à la séduction immédiate, puis persistante. Luna joue léger avec la force de ceux qui n’ont rien à prouver, la personnalité trempée de préciosité tout en évitant les clichés.
En 94 sort Bewitched, à la production plus affirmée. Sean Eden – nom parfait pour se fondre dans un groupe au son paradisiaque – guitariste au regard bleu perçant et au jeu inspiré venant renforcer la troupe. En invité, Sterling Morrison, grand styliste dont ce fut certainement le dernier enregistrement, pose sa marque lumineuse sur Friendly Advice, au cours d’un long solo jamais bavard, mais coulé, effréné et tranquille à la fois. La connexion avec le Velvet est évidente depuis les débuts du groupe et Tiger Lily, délicieuse ballade claire obscure, en témoigne notamment ici. Velours ou soie, Luna ne s’habille que d’étoffes précieuses, tandis que les guitares virevoltent dans les airs, sans filet. Sur le premier album, Slash Your Tires nous éclaira des nuits durant ; sur le second, c’est à This Time Around de répandre sucre mélodique et chaleur cajolante. Partout ailleurs, cette même nonchalance portée par un entrelacement d’accords fluides et subtils, soutenu par la rythmique aux aguets et la voix attachante de Wareham. Bewitched se déroule comme un rêve et, à la fin de Sleeping Pills, atterrissage en douceur, on refait surface dans un lit perdu dans la ville. Dehors le soleil caresse les rues au ralenti ; on sort alors goûter au monde qui vit.
Un an après paraît Penthouse. A l’image de sa pochette, sommet d’un gratte-ciel flottant dans la nuit new-yorkaise, cet album distille un doux vertige, la sensation d’un bien-être nocturne urbain. Le groupe a encore progressé et cette fois-ci, c’est Tom Verlaine, autre figure tutélaire du downtown turbulant, qui vient gratter ses 6 ou 12 cordes. De fantômes en mirages, du Velvet à Television, la musique de Luna est en totale apesanteur, à l’image de Double Feature, course poursuite au ralenti – cool soul pursuit ? – au travers de rues illuminées. Rythm King nous mène sur une plage de sable fin, tandis que Freakin’And Peakin’ nous offre une vision mouvante de la ligne d’horizon. Cachés en fin d’album, Dean et Laetitia de Stereolab, délivrent en français une version des bas-fonds du Bonnie & Clyde du grand Serge, avec violons psychotiques, percus vaudou et solo shooté à l’appui. Du grand art. New York, capitale mondiale de la geste pop ?
En 97, c’est Pup Tent, avec l’arrivée de Lee Wall à la batterie. Le son est d’emblée plus musclé et nerveux, bien que toujours aussi aérien. Guitares noise, basse bourdonnante et cuivres saouls offrent à Ihop, morceau d’ouverture, un coup de fouet en forme d’alcool fort. Tout cool et contemplatif qu’il est, Luna demeure un groupe aux nerfs tendus, prêt à partir en vrille. Beautiful View scintille de toute part, les guitares enchaînées à deux ou trois traçant des perspectives majestueuses et racées, toujours vers le haut. Pup Tent, le morceau, retrouve cette jonction entre rock souple et soul fiévreuse, finissant par s’étirer comme un serpent halluciné sous le cagnard. Bobby Peru distille ensuite une mélodie en or, de celle que l’on suit les yeux fermés, tandis que Beggar’s Bliss nous arrache le cœur en douceur et Tracy I Love You, parfaite pop’n’road song, nous fait parcourir plusieurs centaines de miles en moins de cinq minutes. Le reste de l’album est à l’avenant. Vu d’en haut le désert est plus beau … comme si Luna s’échappait de sa ville pour s’offrir une balade dans les cieux. Jamais les guitares du groupe n’avaient autant miroité, l’ensemble culminant sur City Kitty, où la cinématographie panoramique de Luna se déploie dans une fièvre radicale. Pup Tent sera donc pour moi l’album le plus percutant et directement jouissif de Luna.
The Days Of Our Night suit en 99, avec le même souffle épique, la même soif d’espace, peut-être un ton en dessous. Cependant, dès Dear Diary, on retrouve ce son clair et minéral, puissant sans être pesant. Luna se permet même de mettre à poil Gun’s & Roses en reprenant Sweet Child O’Mine. Luna ne connaît pas la graisse et le graillon.
Après un album live, Luna revient en 2002 avec Romantica et une nouvelle bassiste, Britta Philipps, remplaçant Harwood, reparti s’installer au bord d’une plage en Nouvelle Zélande (« lucky bastard ! »). Et Wareham de devenir, dix ans après ses débuts, le seul membre d’origine du groupe. Fort d’un nouvel élément féminin, la musique de Luna en devient plus sensuelle, plus intime encore, le son plus rond et moelleux. La voix sucrée de Britta se joint à celle de Dean, annonçant leur escapade future. Black Champagne, Renée Is Crying ou Mermaid Eyes déploient de nouvelles mélodies irrésistibles, qui réchauffent en hiver et rafraîchissent en été. Cliché peut-être que ces mots, mais pas pour ceux et celles qui croient qu’un sourire ou qu’un regard peuvent suffire à emballer l’affaire, le tourbillon des sens irrigués se chargeant du reste. Et lorsque Luna ressort son fouet argenté sur 1995, on en reste extatique, en position allongée, le cœur et les chairs à vif. Au final, Romantica est peut-être le plus bel album de Luna, enivrant et familier, parfaitement dosé, les chansons produites et observées au plus prêt, avec amour et minutie. Les détails lumineux explosent et s’exposent ainsi sans bruit, et Luna n’a jamais été si délicatement habillé, si subtilement dénudé, son écriture restant comme d’habitude d’une classe folle. L’album Romantica se clôt sur le titre Romantica et ce qui devait arriver arriva…
Peu de temps après, Britta et Dean se font la belle et signent L’Avventura, avec la bénédiction de Tony Visconti à la production. La belle échappée pour dire vrai, tant cette lune de miel tutoie à nouveau les sommets. Sur les photos, Britta et Dean ressemblent à deux félins (pour l’autre, facile), deux chats de gouttières un peu abîmés et écorchés, mais à la classe intacte. Des reprises magnifiées de Madonna, Buffy St. Marie, Opal, Angel Corpus Christi, Silver Jews et des Doors. Le spectre est large, preuve d’un éclectisme unifié par l’approche sensible, subtile et sensuelle du duo. Britta et Dean complètent le tout en signant cinq autres compositions resplendissantes, dont Your Baby, composé par Britta, qui nous mènent en des jardins fleuris où nous avons déjà croisé la vénéneuse Hope Sandoval. On flotte ici en plein pays des rêves, gracieux et intemporels. Distribué en France depuis quelques mois, cet album mérite les honneurs qu’il n’aura certainement jamais, tout comme ceux de Luna. Tant pis pour les sourds. Signalons que Sonic Boom, ex Spacemen 3, a réalisé un Ep nommé Sonic Souvenirs et comprenant six remixes de cet album. Un second recueil de duos, toujours dans la lignée émoustillante des Nancy & Lee ou Serge & Jane, devrait voir le jour en 2005. En attendant, le prochain album de Luna, Rendez-Vous, devrait débarquer à l’automne ; de quoi prolonger de quelques siècles cet Indian Summer, sincère et sophistiqué, impeccable comme un costume de Monsieur de Fursac, qu’ils nous offrent depuis plus de 12 ans.
Tout en flânant, je goûtais tout simplement le plaisir d’être dans le centre de New York un soir d’été. Qualité incomparable de cette ville, monstre sacré entre toutes les autres, que cette effervescence domptée sans être étouffée, presque léthargique, tant elle est contrôlée et rythmée.
Cette citation colle parfaitement à la musique de Luna. Elle est extraite de Sylvia, magnifique roman de Howard Fast. Sylvia conte l’histoire d’une quête ; l’enquête du détective privé Alan Macklin , chargé par un milliardaire de reconstituer le passé d’une femme qu’il veut épouser. De Los Angeles à El Paso, de Pittsburgh à Broadway, Macklin va rencontrer les individus ayant croisé le chemin de Sylvia, immanquablement marqués par elle. Mack, ancien professeur d’histoire, tombera amoureux d’une belle femme qu’il ne connaîtra dans un premier temps qu’au travers de témoignages dressant le portrait d’une femme libre et décidée, indomptable, muse d’un homme qui cherche son présent par le prisme d’un passé.
Sous couvert de polar, Fast livre une œuvre bouleversante, un roman d’amour avec (aussi et encore) roses et épines, figurant la poursuite d’un fantôme féminin. Américain et communiste (aïe !), black-listé par McCarthy, Fast signa prés de quatre-vingt ouvrages, dont Spartacus, porté à l’écran en 1960 par Stanley Kubrick. Sylvia, signé sous le pseudo d’E.V. Cunningham pour cause de chasse aux sorcières, est son plus beau roman, envoûtant et touchant, juste ; à lire absolument.
Howard Fast est mort le 12 mars 2003, à l’âge de 88 ans. Depuis, il doit sûrement cultiver des roses sur la lune …

Ludovic Dutheil

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Freddy and the Four Gone Conclusions – Wigged out Sounds
Freddy and the four gone conclusions - Wigged out Sounds - Get Hip Records

Sous cet obscur patronyme se cache le nouveau groupe de Freddy Fortune (ex-Fortune & Maltese). C'est une indication.
Ces types savaient écrire des morceaux et tenir une scène ... Leurs descendants se devaient de ne pas gâcher l'héritage. Le nom des protagonistes et le titre de l'album ne laissent guère la place au suspense quand à l'orientation musicale du groupe. Pas grand chose d'après 1967 ne semble avoir filtré jusqu'à eux. Ils semblent avoir trouvé à Ann Arbor un studio que d'autres sont allés chercher du côté des faubourgs de Londres ... Au Toe Rag.
C'est aussi bon que ça ! Il faut dire qu'ils se sont adjoint les services de Jim Diamond (VON BONDIES, MOONEY SUZUKI) pour le mixage. Pour le reste, Il y a un peu ici de l'esprit des CHESTERFIELD KINGS. Respect des ainés et amour du truc ficelé à la perfection. Il y a même une reprise de DEL SHANNON avec son organiste. Vous voyez le genre ...
Celui qui adhère au truc ne devrait rien trouver à redire, si ce n'est éventuellement un chanteur qui en fait un peu trop sur To my side et Shattered.

Marc Prempain - Loose Nut

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The Swamp Rats – Disco Still Sucks
The Swamp Rats - Disco Still Sucks - Get Hip Records

L'un d'entre vous a t-il jamais entendu un VOX Super-Beatle entrer en ébullition ? J'en doute.
Connaissez vous les SWAMP RATS ? Pittsburgh 1966 ... Les aciéries, la pluie. De quoi tourner Psycho à la place des SONICS et faire fondre un Super-Beatle. Justement.
Leur version de Psycho définit le concept de 60's Punk. Ni plus, ni moins. Elle contient le break de guitare le plus infernal jamais gravé sur un disque. Un déchirement de Fuzz à vous décoller les membranes. Du pur plaisir. De l'énergie en barre.
Pourtant, les SWAMP RATS n'étaient peut-être pas grand chose d'autre que des branleurs. Pas foutus de composer plus d'une poignée de morceaux, ni d'aller chercher leurs reprises plus loin que Hey Joe, Louie, Louie ou Psycho. Ou alors pour ramener Til the end of the day ou Tobacco Road, c'est dire ! Peu de compos, des reprises de classiques...
Que reste-il dont finalement aux SWAMP RATS pour briller au firmament ? Les interprétations. Complètement cinglées. Tonitruantes. Ravagées de bout en bout par deux guitaristes qui refusent de se prendre au sérieux et s'abandonnent dans une joyeuse surenchère. Par un chanteur aussi, dont la voix évoque d'avantage un personnage de bande dessinée poudré aux sulfates d'amphétamines qu'à John Lennon, Mick Jagger ou même Phil May. J'applaudis des deux mains.

Marc Prempain - Loose Nut

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the Thanes – Downbeat and Folked Up
The Thanes - Downbeat and Folked Up - Screaming Apple

The THANES ... GREEN TELESCOPE à leurs débuts, le temps de quelques singles fulgurants ... Un paquet d'années se sont écoulées depuis. Je ne sais pas où ils enregistraient leurs débuts mais il y a fort à parier que le Toerag n'était même pas encore dans le bec de la cigogne à cette époque. Aujourd'hui il y a le Toerag. Ils ont su s'en servir.
Cet album bénéficie d'un son fabuleux. Une perfection rarement atteinte dans le genre. Downbeat and Folked up n'a pas seulement un son. Aussi bon soit-il. Il y a aussi 14 titres. Folk-punk et plutôt d'ailleurs Beat-punk au regard de l'énergie déployée. Cette dualité est l'une des forces de l'abum. Elle en fait la variété.
La meilleure illustration pourrait être Now it's your turn to cry qui mélange la fuzz la plus ébouriffée gravée sur cire depuis Train kept a rollin' des PRECIOUS FEW et un parfait refrain Moody/Folk.
C'est super bien joué, énergique et vrai. Intemporel et jamais emprunté. Un tourbillon d'harmonies, de fuzz, d'envolées d'orgue. Une perle à la laquelle j'ai bien du mal à trouver la moindre imperfection et que vous devez absolument vous procurer.

Marc Prempain - Loose Nut

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Spanish Stroll
Spanish Stroll - Gaza Strippers / Datsuns / Hellacopters – Madrid –6/12/2002

S'il existe un endroit parfait pour accueillir une affiche pareille, ce serait bien l'Arena. Situé en plein cour de Madrid sur la Gran Via, c'est un club de 500 à 600 places, doté d'une petite scène style théâtre à l'italienne, et d'un accueillant bar central où l'on sert des bourbons cocas dosés à rétamer un taureau de concours.
Seule ombre au tableau (hormis l'affluence au bar qui enseigne à l'assoiffé impénitent une patience de type moscovite) : s'agissant d'un night club au sens le moins rock du terme, l'hébergement de concerts comme celui-ci se fait en tout début de soirée, la place devant être libérée au plus vite pour l'arrivée des clubbers.
Mais cela n'entame en rien notre appétit face à un tel menu. Dès 19h30, les Gaza Strippers montent sur scène, tout au moins une partie d'entre eux. Comme l'explique en trois secondes Darren, le bassiste, à l'issue d'un Outasight envoyé sec avec l'aimable participation du chanteur des Datsuns, Rick Sims est absent ce soir (et sans doute pour le reste de la tournée) pour cause de paternité imminente !
Affligés de surcroît de problèmes de matos, le groupe jettera l'éponge après quatre morceaux, et un Newburgh Housewives approximatif malgré la bonne volonté des combattants. Comme le confessera un Darren dépité que nous retrouvons au stand de merchandising des Strippers, il s'agit sans doute du pire concert que les Gaza aient jamais fait. L'absence de Rick (due à l'arrivée prématurée d'une paire de jumeaux), assortie d'une succession de plantages et d'une explosion d'ampli, ont réduit à quinze balbutiantes minutes le set cohérent qu'ils avaient échafaudé avec l'appui des Datsuns et de Strings des 'Copters (qui aurait dû faire aussi une paire de morceaux).
Pendant la sympathique prestation des Datsuns, recrachant leur album de manière un peu maladroite, mais avec enthousiasme, la salle se remplit petit à petit d'un public "muy caliente" qui attend les 'Copters de pied ferme.
Tout sourire, et avec la décontraction d'une équipe de football américain devant son parterre de pom pom girls au bal de la promo, ils attaquent d'entrée de jeu avec un son absolument parfait, habituelle casquette vissée sur la tête pour Nicke, T-shirt New York Dolls pour Strings. À ceux - dont je fais partie - qui considèrent que l'urgence et la hargne des deux premiers Lps a disparu de leurs dernières productions, le live act des 'Copters cloue définitivement le bec.
Les morceaux sont joués hypertendus, les derniers titres perdent leur côté un peu.ahem.FM (!) dans un groove terrifiant qui fait prendre la sauce et monter la température. Assez peu de vieux morceaux (You are Nothing, 1995, Soul Seller,(Gotta get some Action) Now en premier rappel), un Toys and Flavours excellent, Move right out of here qui sonne enfin comme il devrait.
Le concert se conclut avec un second rappel, un Nicke radieux annonce : Ok, this one isn't one of ours, I know you like this one, this is called 'Search and Destroy'.". Le morceau est asséné devant une salle comble, où l'on frise les 60 degrés, chantant en choeur les paroles d'un bout à l'autre du morceau !
Sentence du staff Dangerhouse : les 'Copters sont incontestablement nominés au top 5 des concerts 2002.
And the winner is ?!

Big B.

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JSBE
Explosion à retardement - Junior Merill / Jon Spencer Blues Explosion – Lyon –12/11/2002

Petit événement automnal pour ceux qui gardent les oreilles ouvertes et le coeur bien accroché, le passage à Lyon de la caravane du Spencer Blues Circus Band n'a pas déçu, éclaboussant de classe et d'agilité. Le Transbo ne fut pas saturé de monde, mais qu'importe, les trois fauves new yorkais allaient se charger de combler l'espace, vide ou pas. En ouverture, Junior Merill posa avec un bel aplomb et une énergie sans faille les fondations de la soirée. Basé à Lyon, le groupe existe depuis trois ans et a publié sur Quirky Johns Records un excellent 45 tours quatre titres à la pochette rouge, au son incandescent et au titre à rallonge, à apprendre par coeur pour les plus forts : There must be something about gathering in a basement when you could be selling dog food and plastic spoons at the local supermarket . Nourris notamment d'influences anglaises et sixties, Carole (orgue et chours), Marc (voix), Nicolas (guitare) et Pierre (batterie) affichent une farouche personnalité, assurance et cohésion. Tout en spirales tournoyantes, l'orgue de Carole mène la danse et l'on s'attend à voir débouler sur scène la féline Emma Peel moulée dans le pelage en cuir noir de Catwoman. Et ce ne sont pas des titres comme Still Trying ou Pretend, bâtons de dynamite aux deux bouts allumés qui font leur trou en s'incrustant dans la tête, qui risquent de calmer nos ardeurs. C'est cependant lorsque la guitare de Nicolas prend plus d'ampleur que le son d'ensemble gagne en relief électrique. Punk, garage et psyché, la musique de Jr. Merill se déguste bien secouée et un peu cramée. Un rappel surprise récompensera leur performance accrocheuse et déterminée. À visiter, le site web du groupe, coloré et bien balancé : junior.merill.free.fr. À guetter, un album 6 ou 7 titres à paraître en cd digipack et, peut-être, en vinyle, support approprié pour ce son qui gratte et fuse - fuzz.
Judah Bauer, Russel Simins et Jon Spencer débutent ensuite leur set d'une manière posée et tranquille. C'est bien de blues dont il s'agit, certes rugueux et chahuté, mais presque pépère, comme si ces Animals se chauffaient, tournant en rond dans leur cage avant de nous bondir à la gueule. Peut-être est-ce là le paradoxe d'un groupe réputé si sauvage ; on se l'imagine forcément et constamment à fond, acharné et outrancier, un rien exhibitionniste aussi, vidant d'entrée de jeu ses tripes sur scène, en transe et hoquetant. Les voyeurs que nous savons être attendent de la sueur en chaleur, de la performance pour de vrai et tout du long. Mais ces gars là sont avant tout d'excellents musiciens, professionnels dans ce que ce terme peut avoir de plus noble. Ils ne sont pas sur scène pour prendre la pose et abuser de l'autodestruction comme d'un jouet en plastique, et possèdent un répertoire assez riche pour piocher et remodeler leurs morceaux comme autant de matières brutes, électriques et en mutation constante. Les deux guitares et la batterie, et surtout le talent de ceux qui les manient offrent cette liberté d'interprétation, ce choix des possibles, entre fond rigoureux et formes flottantes. Ainsi, le JSBEx joue sans se la jouer et monte en puissance au fil des minutes. L'explo-implosion tellement attendue, moteur à propulsion du désir, a enfin lieu et c'est là que l'on se rend compte qu'elle ne serait rien sans ce qui l'a précédée, ces arabesques rock'n'roots groovy & sexy. Comme si Spencer ne pouvait s'empêcher finalement de se transformer, tel un docteur mystère dont la potion provoque des effets à retardement. Et quels effets !!! . on se sent à la fin comme repassé, mis à plat par une bagnole chromée et super cylindrée. Pas grave si le rappel retrouve le ton plutôt peinard du début, ce faux détachement réellement appliqué, le bien est fait, on reste ratatiné, un peu hagard mais heureux d'avoir touché de si près le feu sacré. Le trio ne triche pas, il se laisse doucement envelopper par sa propre énergie, envoûté par son pouvoir d'évocation, union brûlante et réussie des fantômes du passé et des expériences présentes, comme une musique noire chauffée à blanc.
Au fond de la nuit, la caravane passe et les loups hurlent à la lune.

Ludovic Dutheil

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Hydromatics – Powerglide
The Hydromatics - Powerglide - Freakshow Rds

Pour ceux qui prendraient l'histoire en route, l'existence des Hydromatics remonte à 1996, lorsque Nicke (Hellacopters) et Tony Slug (Nitwitz) envisagent de monter un side-project, en fait un groupe qui serait uniquement voué aux reprises du Sonic's Rendez Vous Band. L'idée végète depuis quelques temps, en raison de leurs plannings respectifs particulièrement chargés, lorsque Tony rentre en contact avec Scott Morgan, membre originel du SRDV, qui accepte de se joindre au groupe, apportant du même coup le nom d'Hydromatics. La formation prendra sa forme définitive avec l'arrivée de Theo (Nitwitz) à la basse. Le premier album sortira en 1999 sur White Jazz (à peine précédé d'un single confidentiel sur Rocket Dog), et restera une des meilleures surprises de l'année. Enregistré après 6 jours de répétitions, incluant 4 covers du SRVB en plus des originaux, Parts Unknown a déboulé comme un météore, ravissant les fans du Detroit Sound. Trois ans ont passé, avec peu de nouvelles, sinon quelques dates éparpillées (notamment par chez nous en support-act de Zen Guerrilla et des 'Copters), jusqu'à ce nouvel album.
Changement de line-up, exit Nicke (overbooké), arrivée d'Andrew Frost (natif d'Ann Arbor), changement de label (signature sur Freakshow, jeune label italien ayant uniquement sorti les albums de Mirsie et de Sonic Assassin), et malgré tout cela, ce Powerglide est tout à fait à la hauteur de son prédécesseur. D'entrée, les craintes sont vite balayées,Ready to ball reprend les choses là où le groupe les avait laissées en 1999, rythmique groove, guitares dans le rouge et la voix de Scott Morgan est toujours aussi pénétrante de soul. Sept covers du SRVB, sept originaux inspirés, une paire de ballades à pleurer, et le contrat est plus que rempli. En attendant de les (re)voir sur scène, le label anglais Sweet Nothing sort prochainement Fluid Drive, un mini album 6 titres enregistré live à Fribourg (Suisse). Big B

Big B.

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The Solarflares – Look what I Made out of my Head
The Solarflares - Look What I Made Out of my Head - Big Beat

Graham Day et Allan Crockford... PRISONERS. Aujourd'hui SOLARFLARES.
Ceux qui savent ce qu'étaient les PRISONERS n'auront pas besoin d'en lire d'avantage. Ils peuvent foncer tout de suite chez le disquaire. Les SOLARFLARES en sont les dignes successeurs. Rien n'a été perdu en route. Dès le premier instant où l'aiguille attaque le sillon, vous savez que la magie a été ressuscitée.
Graham Day n'a pas perdu une once de son talent de mélodiste, sa voix une once de puissance. Tout est là. Les morceaux s'enchainent et évoquent tour à tour le meilleur des SMALL FACES et des BIRDS version pop matinée de soul. Le tout joué avec un mordant à rendre jaloux les CLASH ou les JAM de 1977. Un machin formidable, vraiment unique.
Graham Day n'a pas d'équivalent. Ce type est le roi pour inventer des mélodies qui vous donnent à la fois l'envie de hurler en chœur avec lui et la chair de poule. Pas des petites ritournelles de pitres à roulettes comme en pondent au kilomètre les étudiants gâtés de l'autre côté de l'Atlantique, non. Des trucs sans pareil. Raides de classe. Élégants. Toniques. Puissants. Des morceaux qui vous donnent l'impression que vous venez d'avaler une poignée de pilules, que le monde est finalement un endroit vivable et que la ville vous appartient.

Marc Prempain - Loose Nut

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Tony Slug
Hydromatics - Interview de Tony Slug

Quelles sont les villes ou les pays où vous avez tourné cette fois-ci ? Et où est-ce que pour toi le public s'est montré le plus enthousiaste ?

Nous avons commencé au Festival de Roskilde au Danemark, ensuite nous sommes retournés à Amsterdam via Paris (Le Nouveau Casino) et Bordeaux (Le Zoo Bizarre), puis en Espagne (au Azkena de Bilbao, dans le pays Basque), un show à Lisbonne au Portugal, retour en Espagne via Barcelone (The Magic) et Montpellier. [Scott Morgan me précise qu'ils ont décidé de rester à Montpellier et d'annuler leur passage à Rennes, dommage ! Le lendemain en remontant ils ont essayé de trouver un coin pour rester en France mais tous les hôtels étaient complets à cause du 14 Juillet ! J'en profite d'ailleurs pour faire passer le message de Scott qui aimerait beaucoup produire des groupes français ou européens (me contacter) ] Ensuite nous avons eu une route d'enfer pour nous rendre à Uppsala en Suède où nous étions la vedette du festival Barbarella. Cela nous a pris deux jours pour l'aller et deux jours pour le retour !!! Mais on s'est bien marrés !! Juste le temps de repasser à Amsterdam et nous sommes partis pour Londres. Pour ce qui est de l'enthousiasme...l'Espagne est de loin la meilleure, mais la Suède aussi a l'air de bien nous apprécier. Mais bon, en général les gens ont été super sympas et encourageants partout en Europe.

Combien de temps avez-vous passé en studio pour l'enregistrement de "Powerglide" ? Et pour toi, qu'est-ce qu'il a de mieux par rapport au premier ?

Le tout, enregistrement et mixage, 5-6 jours. Nous avons réalisé quelques sessions avec les choeurs, et encore une fois comme dans le premier album avec la section cuivres d'Amsterdam HECTIC HORNS. Ils sont vraiment bons ! Ce qu'il y a de mieux maintenant, c'est qu'il y a encore plus de cuivres et des choeurs féminins.

Sur la pochette de votre premier album -, que j'ai scrutée à fond ! - j'ai remarqué que c'était toi qui l'avait mixé, que fais-tu d’autre ?

Oui, et je produis aussi mon autre groupe THE NITWITZ ainsi que d'autres groupes locaux.

Comment travaillent les Hydromatics sachant que toi et Théo êtes à Amsterdam et que Scott et Andrew sont à Détroit ?

Nous avons pensé que nous devions capturer en studio les bandes contenant des morceaux que le Sonic's Rendez Vous Band n'avait jamais enregistrés et qui avaient été composés et écrits dans les années 70 par Scott et Fred 'Sonic' Smith. Les nouveaux morceaux des Hydros sont presque tous de Scott même si j'ai contribué à la recherche de mélodies et à quelques arrangements. Avant que Scott et Andrew nous rejoignent ici, nous échangions des enregistrements par e-mail, on avait ainsi une idée de ce que nous allions enregistrer. Après, évidemment, nous avons dû tout préparer.

Quand on regarde les deux pochettes de disque (vinyl) nous avons l'agréable surprise de ne pas trouver dans le dernier - contrairement au premier - de f*uckin code barre, mais moins sympa, il n'y a aucune indication des crédits. Dans "Parts Unknown" chaque morceau est décrit très précisément, peux-tu m'expliquer pourquoi ce changement de "concept commercial" ? Et pourquoi ne pas avoir sorti votre second album chez White Jazz comme le premier ?

Le second album (vinyl) chez Cargo s'est vu le droit d'être distribué par Freakshow sans que nous en sachions rien. Nous n'en avons pas vu un centime !!! On a même dû payer les copies qu'on a pris avec nous pour la route. Pour moi c'est un bootleg (pirate). Il n'y a aucun crédit pour les musiciens et aucun crédit pour les auteurs des chansons. De cette manière ils se sont dispensés du paiement de droits d'auteur, qui naturellement devaient revenir à Scott. L'industrie du disque est le business le plus crade qu'on puisse imaginer. Tout le monde se fait du pognon, sauf le groupe !!! Quant à White Jazz, ils ont vendu toute la boîte à une autre. Je ne suis pas sûr que ce label existe encore et surtout, ils ne nous ont plus rien demandé ...

Parle-moi un peu de toi, où es-tu né, dans quelles villes as-tu vécu, y-a-t-il une ville où tu rêverais de vivre ?

J'ai 39 ans et je suis né au Danemark, mais j'ai vécu toute ma vie à Amsterdam, ce serait chouette de vivre en Espagne !!!

Tu as joué de la basse pour Sonny Vincent, mais tu as aussi une superbe gratte Gibson 'Les Paul', rêves-tu d'une autre guitare ou bien celle-ci te convient très bien ?

Pour moi, elle est parfaite, très heavy, avec un son très solide, je l'adore. Mon autre guitare est une Mosrite 1965 que j'aime beaucoup aussi.

Tu as joué avec Nitwitz et Hydromatics, mais avec quels autres groupes encore ? Et avec quels musiciens "super connus" à part bien sûr Nick Royale, Scott Morgan et Sonny Vincent as-tu travaillé ?

Les autres groupes avec lesquels j'ai joué sont BGK, Loveslug et Vim. Sinon, j'ai aussi joué avec Spencer P. Jones des Beasts of Bourbon.

Ah ouais...j'adore ! Est-ce que la Hollande est un bon endroit pour ta musique et que penses-tu de la situation dans laquelle se trouve la musique en Europe ? Quels sont les groupes que tu aimes bien en ce moment et quel a été ton déclic quand tu étais ado ?

Absolument pas !!! ..et la situation est en général... terrible !!!!! D'un point de vue personnel, les groupes que j'aime bien sont des potes, F.I, The Felchers, Hellacopters, Turbonegro. Quand j'étais ado (à la fin des années 70), j'écoutais surtout les Ramones et les Stooges.

Mais dis-moi, comment as-tu formé les Nitwitz, dis-moi en plus sur ce groupe, et Théo, comment l'as-tu connu ?

Dans cette ville (Amsterdam) c'est quand même un peu dur de ne pas connaître un mec comme Théo. J'ai formé THE NITWITZ en 1978 et nous avons splitté en 1982... A cette époque nous étions le plus grand groupe punk hollandais !! Nous avons sorti un bon paquet de disques notamment chez Bronco, Safety Pins mais aussi un album chez Get Hip "Dark Side Of the Spoon". Puis, en 1996 nous nous sommes reformés mais maintenant nous sommes le plus petit groupe de Hollande, ha ha,!!

Quels sont les projets de Nitwitz ?

En ce moment nous sommes en studio, nous enregistrons un nouvel album... et je bosse aussi justement sur notre tournée qui pour diverses raisons ne durera peut-être que deux semaines... On commencera à traverser la France sûrement mi-octobre via l' Espagne et dans le sens contraire deux semaines après, j'ai hâte d'y être ! Mais bon, c'est un peu confus en ce moment ! Mon ami Laurent [Van Bouvelen] essaye de nous trouver quelques shows en France, mais il paraît que c'est un peu dur...Mais notre concert à Montpellier est confirmé, il aura lieu le 4 Novembre.

Ouais!!! Cool !! Mais bon, n'empêche que c'est vrai ce que te dit ton pote Laurent ! En France et en Europe en général à part des résistants, cela devient chaque jour de plus en plus dur pour le Rock et les Rockers ! Et c'est encore pire, maintenant avec la montée en flèche de la droite ! Les gens en France écoutent vraiment beaucoup de merde, et puis les concerts sont souvent organisés par des associations qui doivent se par- tager le planning des salles de concerts avec des tas d'autres assos... Mais bon c'est le moment de lancer un appel à tous ceux qui veulent donner un coup de main à Nitwitz ! (N'hésitez pas à me contacter si vous avez des possibilités !!)

Ce serait très cool ! ! Thanx a lot !

Sweet Jane

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Phaze - Who do we think you are
Phaze - Who do we think you are - Vinyl Japan

FAY HALLAM des MAKING TIME, précieux groupe Mod du milieu des années 80, réapparaît en compagnie, entre autres, d'ALLAN CROCKFORD des SOLARFLARES (et ex-PRISONERS), pour fonder PHAZE. Elle écrit les textes, compose, chante et joue de l'orgue Hammond B3. Voila pour le décor.
PHAZE est son groupe. Son truc.
La petite Fay de MAKING TIME s'est transformée en Madame Hallam. Sorte de JULIE DRISCOLL qui aurait délaissé ses airs de divas soul pour des réalités plus urbaines ... Une JULIE DRISCOLL qui aurait choisi de se faire accompagner par les PRISONERS. Le résultat est imparable. Ce disque est lumineux. Aérien.
Oubliez la comparaison avec Miss Driscoll ... Elle est réductrice. Aucune de ses chansons ne m'ont touché en pleine tête comme ont su le faire celles de PHAZE. Emporté par une espèce de tornade Rhythm'n Beat late 60's, louvoyant par instants vers des rivages presque punk-rock (Chapter two) pour retourner ensuite taquiner CREAM et HENDRIX (A new religion) et vous sillonner le cerveau à coup de Fuzz-tone.
Alliant instrumentaux aux accents Spy-movies (Sixty six) et ballade intimiste poignante ponctuée d'orgue Hammond (Half a mirror), Who do we think you are (Vinyl Japan), est une putain de réussite. Un truc qui vous réconciliera avec la vie les matins de grisaille et vous propulsera au coeur de la cité le weekend venu. Implacable.

Marc Prempain - Loose Nut

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Subsonics – A Lot to Forget
The Subsonics - A Lot To Forget - R&R Inc.

Alors comme ça, il parait que ce début de millénaire tourmenté voit le retour en force du rock'n'roll, celui qui frappe direct au plexus, nerveux et cool, arrogants et morveux, trop classe. The boys (and girls) are back in town et va y'avoir du grabuge !
Tout ça doit faire doucement rigoler tous ceux qui n'ont jamais cessé de suivre et d'écouter cette myriade de groupes plus ou moins obscurs qui se sont obstinés à faire gesticuler cette vieille carcasse cabossée qu'est le rock, et ce aussi pendant les 80's et les 90's. Durant cette période où l'essentiel des musiques underground s'électronisait dans un grand élan d'hédonisme extasié et dansant, seul Jon Spencer (dont les Subsonics assurèrent l'ouverture lors d'une tournée américaine) eut droit à une exposition consistante. Le Blues Explosion, à la fois animal sauvage de foire, traducteur moderniste et gardien du temple, venait raviver la flamme R&R à grands coups de boule et de déhanchements sexuellement transmissibles.
Puis une meute de jeunes loups ébouriffés sortit du bois ; soutenus par la critique et adoptés par le public, tous heureux de se voir offrir une cure primitive de décharges électriques, les White Stripes et les Strokes vinrent s'ébattre sur le devant de la scène.
/ Les Subsonics n'ont malheureusement pas encore profité de cette reconnaissance, une place au soleil qu'ils méritent pourtant tout autant. A Lot to Forget, cinquième album en dix ans d'existence de ce trio originaire d'Atlanta, séduit et enchante sans pose ni calcul. En 15 titres et une trentaine de minutes, the Subsonics déroulent leur rock têtu et mélodique, obstiné et décontracté.
D'une voix canaille aux inflexions chevrotantes, Clay Reed chante les amours cruelles, les trahisons, la vengeance et la solitude, enveloppant parfois ces concentrés de poison sucré de courts solos d'une guitare saoule et claudiquante, tandis que ses princesses rythmiques, Buffi Aguero (drums) et Christy Montero (bass), le soutiennent avec fermeté.
L'ombre du Velvet et de leurs premiers rejetons, the Modern Lovers, plane sur ce ménage à trois, largué dans son époque et finalement hors du temps.
D'ailleurs, Clay se nomme Reed et il chante un peu comme Jonathan Richman, ou encore comme Daniel Johnston, le génie frappadingue auteur du mémorable Casper the friendly ghost, mais là je m'éloigne ; quoique, il est bien question ici de fantômes, sexy et nonchalants, ayant troqué leurs suaires blancs contre des pantalons de cuir noir.
Chacun trouvera son bonheur sur cet excellent album ; pour ma part, je me prosterne devant I will walk alone, complainte altière au regard embrumé ; Chase you back under my skin, They can't put you back, You've got it all hid (petite soeur, si je ne fais pas d'erreur et notamment en ce qui concerne l'intro, du Old world des Modern Lovers) et I can't get out, modèles de chansons fières qui tracent la route en ligne droite, tenaces et tête en l'air ; Live on the moon, ballade badine et rêveuse ; Double crosser, arabesque obsessive un peu bourrée.
Et puis toutes les autres également, ces chansons faméliques et frissonnantes dont la troublante sincérité s'insinue sans peine au creux des veines. Sur la voie des vacances, n'hésitez pas à quitter les autoroutes balisées et munissez-vous de ce joyau un peu meurtri, non poli mais tonique et heureux de vivre ; prenez les chemins de traverse avec the Subsonics et, s'il y a beaucoup de choses à oublier, il y a encore plus à apprendre.

Ludovic Dutheil

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L’Omelette Norvégienne
L’Omelette Norvégienne - Sondre Lerche – Lyon –14/05/2002 / Gluecifer – Lyon – 16/05/2002

Norbert Viandox connaissait la musique, bien qu'il n'y ait jamais bien compris grand chose. Elle accompagnait les moindres émotions de sa vie sans bruit de magasinier dans un entrepôt d'électroménager d'occasion. Norbert s'ingéniait à découvrir de nouveaux artistes, de nouveaux styles, mettant un point d'honneur à rester à la page, à ne pas être largué. Lorsque que son pote Gilles Laburne lui parla de la nouvelle vague nordique, Norbert, qui était plus qu'approximatif en géographie, pensa immédiatement aux vikings, à Stephan Edberg et à une immense blonde aux yeux clairs répondant au doux prénom de Hilga avec qui il était sorti vers la fin des seventies. Norbert adorait Hilga, qui adorait Abba. Pour Viandox, Abba représentait le rock nordique ; soit une musique sous forme de bulles de couleurs qu'on pouvait écouter nus dans les prés en accord avec la nature, un truc vachement subversif qui se dansait avec un air stupide. En présence de ses amis, Norbert disait haïr le disco, mais secrètement, il aimait Abba ; normal, il était baba d'Hilga. Une fois que celle-ci l'eut laissé tomber pour un clone triste de Travolta, Norbert jura de ne plus jamais écouter de musique venant du Nord-Est de l'Europe (bien qu'il craqua bêtement quelques années après sur The Final Countdown, cet hymne épique en toc pour hardeux en plastique). Laburne le brancha donc sur des groupes norvégiens qui remettaient un peu de pulse et de fraîcheur dans ce bon vieil univers rock'n'roll. Dans la même semaine, Norby prit part à deux concerts au bon goût de saumon fumé.
Il alla voir au Kao le juvénile Sondre Lerche, gamin de 18 balais qui pouvait en apprendre à bien des apprentis-popeux boutonneux. Ce gosse avait la pêche et l'enthousiasme des passionnés doués qui ne se prennent pas au sérieux ; il était heureux d'être sur scène et de partager ses chansons simples et lumineuses, plaisantant entre chaque titre avec ses complices musiciens et avec le public conquis. Sa bonne humeur contrastait terriblement avec ceux qui assurèrent la première partie, Erik Arnaud et son groupe, soudés mais sombres comme une nuit sans lendemain. Viandox se demanda si avec le disque d'Arnaud, dont les textes oscillaient entre réalisme froid et complaisance maso, était fourni le kit du désespéré, une poutre, un tabouret et une corde avec un gros noud garanti ''pure mort''.
Heureusement le bondissant blondinet Sondre (en short) avait ensuite distribué les paillettes magiques au public ; ce type se fout d'être une graine de star, des étoiles pleins les yeux il ridiculise les académismes faisandés du monde entier. Norbert Viandox en sorti tout revigoré et alla finir sa soirée en un lieu interlope mais propre.
Deux jours plus tard c'est au CCO que notre rebelle sans cause alla traîner ses galoches. Changement d'ambiance sur fond de triptyque maléfique de rigueur, cuir, tatouages et sueur. Avec Gluecifer, Norbert s'apprêtait à recevoir en pleine poire la face sombre et rock du Norway Sound. Avant ça, il perdait les deux tiers du tympan gauche lors de la prestation de Mother Skelter, combo rugissant à l'animalité bondissante, malgré un guitariste heavy abusant de solos graisseux accompagnés de mimiques dignes de Jean Roucas. Après trois bières tiédasses, Viandox vit arriver sur scène un quintet dépareillé mais terriblement efficace. Biff Malibu, porte voix de Gluecifer, n'avait rien d'un surfer-sauveteur à la poursuite de topless sili-conées sur une plage de sable fin ; non, il était plutôt du genre rondouillard tonitruant, très classe avec sa cravate dont il pouvait refaire le noud tout en continuant à donner de la voix, ce qui impressionna beaucoup Norbert. Les acolytes du Biff, Raldo Useless et Captain Poon aux guitares, Stu Manx à la basse et Danny Young à la batterie, se dépensaient aussi sans compter, fournissant à leur leader un écrin rugueux et dynamique. Un breuvage toxique au goût de lave incandescente qui rappelait à Viandox ce fameux cocktail à la surface duquel on fout le feu et que l'on sirote fissa avec une paille et qui va directement vous exploser les entrailles. Gluecifer était un alcool fort qui devait réchauffer les nuits d'hiver glaciales de leur pays d'origine ; et lorsqu'ils s'auto-proclamèrent les Kings of Rock'n'roll, Nono pensa à Elvis qui, lui aussi, avait su injecter le vice blanc au cour des musiques noires.
A la fin du concert, après un dernier rappel furieux, Norbert Viandox se retrouva pantelant au milieu de la salle, sa belle chemise ornée d'éclairs jaunes lui collant au corps et sculptant sa musculature rebondie d'avaleur de mousse, de sabreur de canettes. Il entendit une voix lui demander une clope, se retourna et vit une fille aux yeux lumineux et au sourire fatigué ; il ne l'avait jamais vue mais il la reconnut quand même. Comme pour lui, le temps n'avait pas épargné Rita, femme fatale vivant la nuit ce qu'on lui volait le jour. Dés lors tout alla très vite, sans plus de mots qu'il n'en faut, juste quelques regards électriques prenant la teinte ocre du désir. De sa voix rauque Rita invita Viandox à venir finir la soirée chez elle, ils écouteraient Superfly de Curtis, ce génie qui vous fout la pêche et les frissons dans un même élan et ils videraient cette vielle bouteille de rhum Charrette que Rita avait ramené d'un voyage à la Réunion. Ils feraient la nique en cour à cette solitude poisseuse qui leur pesait plus que tout et verraient bien où cela les mènerait.
Quoiqu'il advienne, ils savaient tous deux qu'on ne fait pas d'omelette, fusse- t'elle norvégienne, sans casser des oeufs.

Ludovic Dutheil

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James Ellroy
L’Amérique interdite de james Ellroy

Mesa verde, coyote canyon, navajo city... Nouveau Mexique, automne '92. En version originale, la terre rouge de cette contrée aride s'accorde parfaitement avec le souvenir des paysages ridés chers au lieutenant Blueberry, comme au Voleur de temps de Tony Hillerman. Cela fait déjà quelques jours que nous végétons à l'ombre des cactus dans les pueblos autour de Santa Fe, quand nous décidons de quitter définitivement l'ouest de Pecos pour rejoindre Los Angeles, ultime station du " trip " intercontinental. Ayant perdu notre chemise à Las Vegas et notre radiateur dans la vallée de la mort comme bon nombre de touristes, la redescente des montagnes pelées vers la cité des anges s'annonce plutôt folklorique, d'autant qu'à la tombée du jour, prendre la route empruntée jadis par John Fante s'apparente surtout à une ruée vers l'or en des temps plus frénétiques. La fourmilière vue d'en haut, ça doit faire doucement rigoler.
James Ellroy, à des années lumière du rêve américain et du mirage hollywoodien. Un mythe déboulonné consciencieusement par une véritable littérature du chaos. Un Grand nulle part coincé entre l'océan pacifique et le désert californien, vécu comme une obsession par l'écrivain et qui allait devenir le personnage principal de son oeuvre.
Le premier à savourer cette descente aux enfers fut le sergent de police Lloyd Hopkins dans une trilogie de romans aux titres largement évocateurs de la "douceur" des intrigues : Lune sanglante, A cause de la nuit et La colline aux suicidés. En toile de fond, le Los Angeles des sixties avec le début de l'engagement militaire américain au Vietnam (64) les émeutes raciales de Watts (65)... jusqu'à l'anéantissement du parti des Black Panthers, le commencement des années LSD et du rejet de "l'american way of life"... A l'époque chaotique et complètement démythifiée, personnages chaotiques, troubles, voire tarés jusqu'à la moelle. Du roman noir cauchemardesque histoire de passer l'hiver, et bien avant la "mode" concernant les serial killers. Les héros ne sont pas seulement fatigués, ce sont tous des névropathes sans foi ni loi. Si Ellroy admet avoir été influencé par Chandler ou Hammet, force est de constater qu'il conduit le roman noir jusqu'à son paroxysme. Ses mises en scène sont ultra complexes, son style heurté, quasiment épileptique et ses images souvent à la limite du supportable, parce que renvoyant à une rare violence le plus souvent malsaine. Le lecteur se retrouve pris au piège d'un engrenage infernal entre le bien et le mal, une mise à nu, à feu et à sang de psychés toujours plus déglinguées, dont il ne peut sortir indemne. Lâchée la meute de chiens enragés, lire Ellroy relève parfois du masochisme. Pas le temps de reprendre son souffle avec la parution d'Un tueur sur la route, un bouquin pourtant écrit sur commande, mais qui fait froid dans le dos. On découvre en l'espèce une description méthodique de l'itinéraire d'un tueur en série, " vu de l'intérieur " James Ellroy devient alors le " chien démon " (mad dog) de la littérature américaine lorsqu'il s'attaque au quatuor de Los Angeles. Retour dans la cité de son enfance, avec en premier temps, un livre pour exorciser l'assassinat de sa propre mère : Le Dahlia Noir. Suivront Le Grand Nulle Part, L.A. Confidential (porté à l'écran par Curtis Hanson) et White Jazz, un roman au style quasi télégraphique. Le cadre est donc toujours Los Angeles, mais dans les années 50 avec Hollywood en Technicolor et la chasse aux sorcières (maccarthysme). Les flics sont racistes à souhait, les politiciens largement corrompus, les gangsters sans pitié, les stars totalement dépravées, les tueurs psychopathes et les victimes dopées (...). Ellroy filme en gros plan la face cachée de l'Everest hollywoodien qui pue la mort et les combines. De là à penser que Mickey était en fait un dangereux pédophile, il n'y a qu'un pas, ou qu'un bouquin. Provocation ? sans doute, fiction ? sûrement ; on ne peut cependant s'empêcher de penser au fil des pages, que cette époque bénie des dieux et des médias du monde entier recelait quelques réalités insoupçonnées et (ô combien) inavouables.
Depuis, Ellroy a dû lâcher du lest avec Los Angeles, y revenant seulement pour sa part d'ombre ; c'est à dire l'enquête quelques 40 ans après, sur le meurtre de Jean Ellroy assassinée en juin 58. Un intermède en forme de Rédemption avant que sa plume ne reprenne le sentier de la guerre totale. Son nouveau projet semble alors atteindre les sommets de la démesure : il entreprend en effet de revisiter singulièrement l'histoire criminelle, politique et sociale des Etats-Unis de l'après-guerre dans la trilogie Underworld USA dont le premier volet American Tabloïd paraît en 1995. L'action débute avec l'arrivée de Castro au pouvoir dans l'ancien "bordel de l'Amérique" (Cuba) et se termine provisoirement en novembre 63 avec un J.F.K. criblé de balles. Entre temps, la dynastie Kennedy est désacralisée, la CIA démasquée et la statue de la liberté défigurée. Jamais en effet l'on aura dépeint avec une telle férocité verbale cette Amérique interdite si peu conforme aux "bonnes moeurs", celles-là même prônées hypocritement par la moral majority, fraîchement revenue aux affaires aujourd'hui. En définitive et bien qu'il se proclame volontiers conservateur... Ellroy s'attaque à tous les mécanismes souterrains du pouvoir. Sans doute est-il pourvu d'une personnalité double à l'instar de ces personnages, Mr Ellroy & Doctor James, fascinés ou dépités par ces tuteurs de la nation qui se livrent dans l'ombre à un jeu de dominos, où tous les sales coups sont permis.
L'odeur du sang séché y surclasse rapidement celle de l'eau de rose. Littérature exutoire ou extra lucide (?), Dieu seul le sait mais en l'espèce, il ne sauvera pas l'Amérique. Cependant, il ne faut pas se méprendre ; James Ellroy n'est ni un trublion populiste ni un généreux militant de la justice sociale et politique (quand bien même, il s'est prononcé récemment contre la peine de mort). Je ne crois à la défense des opprimés. La vérité se suffit à elle-même. Je ne me leurre pas, mes livres n'ont jamais eu un quelconque impact social (extrait d'interview dans Polar spécial Ellroy, chez Rivages comme l'intégrale de ses romans). Reste que son phrasé incisif continue à faire des siennes et quand il mitraille les mots, c'est avec tout sauf de la poudre aux yeux. Une des grandeurs du polar, c'est de décrire un maximum de faits en un minimum de mots. Il permet aussi à bon nombre d'auteurs de franchir les encombres, les passerelles qui relient fiction et réalité sociopolitique d'une époque, aussi noire soit-elle. No one is innocent et comme dirait Lydia Lunch : Ce sont tous des putains de coupables. (dans Paradoxia, journal d'une prédatrice / le Serpent à Plumes).
Et des putains de coupables, que vous allez pouvoir retrouver très prochainement sur votre table de nuit, experte en sueurs froides. Le deuxième volet de la trilogie Underworld USA (The cold six thousand que l'on peut traduire par " caisse noire : six mille dollars ") paraîtra effectivement le 20 mars prochain. Un titre bizarrement destiné au numéro 4 de la série Lloyd Hopkins jamais paru, et dont l'action couvrira la période 1963-1968 avec moult pérégrinations entre Dallas et Las Vegas...
"Mad Dog" paiera de sa personne lors d'une séance dédicace, fin mars à la Fnac Bellecour (Lyon). Un bon moyen pour rencontrer en toute simplicité un écrivain lui aussi devenu mythique, mais personne n'est parfait.

Laurent Zine

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The Strokes
Cinq garcons presses… d’en finir ? - The Strokes – Lyon – 13/03/2002

"Voici venu le temps des rires et des chants dans l'île aux enfants c'est tous les jours le printemps".
Effectivement, les jeunes gens chébrans en manque d'idoles sont venus en masse célébrer la sensation rock du moment, les New Yorkais effrontés dont les coupes de cheveux représentent l'Ultime Cauchemar des artisans coiffeurs. Derrière la cohorte des divas critiques ayant directement promu the STROKES au rang de nouveaux sauveurs du rock, ce genre de connerie, quelques (rares) voix dissonantes ont pointé le coup médiatique et l'arnaque à 3 sous. Boys Band dépravé pompant avidement le mythe souterrain de la Grosse Pomme empoisonnée (VELVET en tête) ou vers lubriques régénérant le fruit pourri ? Renvoyons dos-à-dos flagorneurs à l'échine courbée et vieux grincheux gardiens du temple ; le premier album du groupe, concis et excitant, à défaut de révolutionner quoique ce soit, possède sa personnalité propre, nourrie aux bonnes mauvaises graines. Restait à voir l'animal félin confronté à la scène, Lyon étant leur première étape en France.
Pour chauffer à blanc la salle bondée, deux mises en bouche énergiques et radicalement éloignées, quoique. D'abord les keupons WR (?) proposant un ska drôle et vitaminé sur fond de paroles pochetronnes. Puis le duo franco-germanique STEREO TOTAL, soit la fausse ingénue Françoise CACTUS et son remuant compagnon qui, à force d'une musique totalement régressive (synthés qui font glong-glong et rythmiques primitives) aux paroles pas moins débiles ("cette chanson raconte l'histoire d'un copain qui ressemble à un cheval"), deviennent sympathiques, bien qu'aussi sexy qu'une boîte de raviolis froids. Les chansons sont courtes, ce qui est une bonne chose, et l'ensemble fait penser aux comiques belges STELLLA ou aux non moins décalés X RAY POP. C'est con et frais, rigolo et sans conséquences, subversif pour de faux.
Après 20 (30 ? 45 ?) minutes d'attente, le gang daigne enfin investir la scène. L'hystérie fanatique, expulsant frustrations et manque de sexe (jeune, fais du sport, tu seras moins pénible en concert, à bondir sur ton voisin comme un crétin décervelé), prend possession d'une bonne partie des corps amassés dans la fosse ; version moins réac : public cool et gesticulant, tout heureux de pouvoir brailler des refrains fédérateurs. La grande transpirante peut alors commencer. Les STROKES alignent les mini classiques formant leur album, à la note prés, plus une poignée d'inédits, sans surprise. Et c'est là que le bât blesse. Il leur faut bien 3 ou 4 morceaux pour trouver leur rythme, nerveux et tranchant, mais on a vite le sentiment désagréable qu'ils pourraient jouer de la même façon devant un banc de sardines à l'huile. En clair, bon son, bonnes chansons, mais aucun grain de folie, pas de dérapage (même contrôlé), communication sur pilotage automatique, et bonne nuit les petits. Ces gamins présentent une belle cohésion de combo glamour, ils en ont la gueule, le look et le talent, mais ce soir là, malgré une enfilade de titres assez irrésistibles, ils donnent l'impression de vieux briscards à peine concernés par la chose. Un gang de tueurs à gage venant remplir froidement un contrat à 20, 90 euros la tête de pipe ; soit 2500 personnes se prenant une bastos dans la nuque sans comprendre ce qui leur arrive.
Pourtant le batteur se la donne méchant, les guitaristes assurent avec classe, le chanteur à la voix juste et le bassiste une belle raie sur le côté ; alors ? Etaient-ils nerveux ? Ont-ils subi le contrecoup du décalage horaire ? N'ont-ils pas digéré le plateau repas ? Les bibines étaient-elles chaudes ? Les a-t-on obligés à écouter un discours du maire de Lyon avant le concert ? On s'en fout, mais pendant qu'on attendait ce groupe de Mickey crados, les enceintes diffusaient un disque du zombie lunaire cramoisi M.JACKSON, chronique d'un semi-foutage de gueule annoncé ?
Au fait, le 12 avril doit passer à Lyon DIONYSOS, "petit" groupe de Valence qui a la réputation d'être "grand" sur scène. D'accord, Valence c'est pas New York, mais entre de la dynamite toute fraîche et un pétard mouillé, le choix est vite fait.

Ludovic Dutheil

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Bronco Bullfrog – The Sidelong Glances of a Pigeon Kicker

Bronco Bullfrog - The Sidelong Glances of a Pigeon Kicker - Mushroom Pillow

Un groupe comme BRONCO BULLFROG ne peut exister qu'en Angleterre. En ces temps de mondialisation et d'uniformisation forcenées, c'est un concept qui me ravit. Il y a une «tradition» outre manche qui a produit à une époque les TIMES, TV P's, JET SET. Eux même étant d'ailleurs les descendants de la pop-psychédélique post-Sergent-Pepper de 1968. BRONCO BULLFROG (nom réminiscent d'un passé Heavy-Mod ?) en est le dernier rejeton. Harmonies, arpèges et power-chords. Tout ici tient dans ces mots. Ajoutez des mélodies vraiment fines, quelques bourdonnements de fuzz hauts perchés et voix déformées au phasing et vous aurez un tableau assez complet. Quasiment pas de fautes de goût à déplorer si ce n'est un incongru Tea and Sympathy vraiment trop sirupeux à mon goût. Beaucoup d'excellentes choses, en particulier Barnaby Slade, Octopus et Sunday aux mélodies imparables, Look at me qui est un assaut permanent de power chords presque Mod 1979. Au total, une succession de tableaux de l'Angleterre de nos rêves (fantasmes ?) Celle du Carnaby Street de 1968, des SMOKE, de Ray Davies, du LSD, des trains à vapeur et des pavés brillants. Une réussite.

Marc Prempain – Loose Nut

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The Maggots – This Condition is Incurable
The Maggots - This Condition is Incurable - Bad Afro

Après une poignée de singles (sur des labels aussi variés que Beluga, Bad Afro, Screaming Apple...) et un premier album sur Low Impact qui a laissé plus d'un fan de garage 60's sauvage sur le carreau, retour des cryptiques Maggots au bercail Bad Afro pour un 25 cm 9 titres.
Pas de surprises, soyons clairs, le son est toujours aussi primitif, peut-être un poil plus 77 (se rapprochant un peu dans ce sens des jouissifs Von Zippers), la pochette dans le genre "tronches d'affreux revisited" laisserait plutôt pensif ("non, une reformation d'Accept???"), et ma fille ne sortira absolument JAAAAAAMAIS avec un Maggot. Le pédigrée du trio est assez explicite : Wylde Mammoths pour Mans et Steffen, A.Bombs et Slammer pour Jonas, on met les pieds sur un territoire rock'n'roll à guitares. Ce nouvel album a une production un peu plus crue que le précédent Get Hooked!, et semble un peu moins percutant, malgré quelques éclairs comme It is Time d'entrée de jeu, ou encore la cover de DMZ Boy From Nowhere.
Les 9 titres de l'album (12 sur le Cd, les trois bonus étant les morceaux du 7' Bad Afro sorti il y a deux ans) sont convaincants, sans plus, s'essoufflent vite, et on peut regretter une certaine facilité et du laisser-aller dans les compos. La reprise du Headin' for Texas Border des Groovies ne sert absolument à rien, sinon à un remplissage mal venu. On sait maintenant que ces affreux sont capables de beaucoup mieux que çà, et ce nouvel album semble être un coup pour rien.

Big B.

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Zeke
Death, violence, Satan… and ZEKE!

Après la sortie de Death Alley, ZEKE a démontré qu'il était dans le tiercé de tête des furieux du speed punk US, avec les Dwarves et Speedealer. En attendant une nouvelle tournée européenne (2002 ?), voici une interview de Jack Link avec Donny Paycheck, parue dans le # 82 du zine canadien Caustic Truths !

Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, peux-tu nous faire un résumé de l'histoire du groupe ?

Mark et moi nous sommes rencontrés en 1991 alors qu'on bossait au club du coin. J'ai rejoint le groupe dans lequel il jouait, et qui s'appelait Mach Turtle. Deux ans plus tard, nous les quittions pour fonder Zeke. A cette époque, Dizzy était à la basse. Mark Pierce (basse) nous a rejoint pour quelques temps, avant de repartir rapidement, ce qui a fait que Dizzy est alors passé à la guitare avant de reprendre à nouveau la basse. Nous avons ensuite trouvé Kurt quelques mois après avoir enregistré "Supersound Racing", ce qui fait que Dizzy a repris la guitare ! Un an et demi et deux tournées plus tard, Dizzy est parti, et Sonny est arrivé. Sonny et moi étions potes depuis longtemps, nous avions joué dans un groupe ensemble des années auparavant. Nous avons continué à tourner sur notre premier album, galérant en gagnant peu d'argent, voire pas du tout. Kurt en a eu marre, et s'est tiré avant que nous ayons fini l'enregistrement de "Flat Tracker". Mark est revenu, et a enregistré une grande partie de "Flat Tracker", ainsi que "Kicked in the Teeth" et "Dirty Sanchez". Après avoir sans cesse tourné (US, Europe, Japon et Australie) avec pas mal de bons groupes (Supersuckers, L7, DOA, Speedealer, Murder City Devils.), Mark a décidé de tout lâcher en janvier 2000. Nous avons alors reçu un coup de fil d'un pote de Fort Collins, Jeff Matz, nous prévenant "qu'il sautait dans le bus pour rejoindre Zeke", son groupe préféré ! Il est alors arrivé en ville, et il ne plaisantait pas ! Je pense qu'il connaissait les morceaux mieux que nous. On n'avait évidemment pas d'autre possibilité que de le laisser entrer dans le groupe. Nous avons écrit et enregistré le nouvel album avec lui, et j'ai l'impression que c'est vraiment le meilleur qu'on ait fait, en grande partie grâce à Jeff.

Vous semblez constamment changer de labels. Etes-vous durs à supporter, ou bien seriez-vous frustrés de ne bosser que pour une seule maison de disques ?

Scooch Pooch était OK, mais ils n'avaient pas la possibilité de nous distribuer réellement efficacement. Après deux albums, nous avions besoin de plus de soutien, et nous avons pensé que comme Epitaph signait de bons groupes comme les New Bomb Turks et les Dwarves, ce serait un bon plan de signer chez eux. Je pense qu'ils nous ont aidés, mais comme j'ai aussi le sentiment que les groupes de ce style ne les intéressent plus, j'étais plutôt soulagé lorsqu'ils nous ont laissé partir. Nous voulions alors sortir un nouvel album, et nous avons contacté Sub Pop. Le problème était que leur planning était plein, alors qu'on avait besoin de gens disponibles pour assurer notre promo et organiser les tournées. Jonathon et Dana ont alors proposé de tout financer, et de sortir l'album sur Aces and Eights (sous-label de Sub Pop - NDLR) avec notre propre équipe de promo. Ca nous a semblé une bonne idée, alors on a accepté. On avait déjà travaillé avec eux auparavant, car Scooch Pooch a démarré comme une division de Sub Pop. Je ne sais pas ce que le futur nous réserve car la vie des labels est aléatoire, mais vous pouvez être surs de voir les albums de Zeke dans les rayons, car c'est vraiment ce qui compte pour nous, et pas le nom qui est inscrit au dos de la pochette. Ce sont les groupes qui font vendre les disques, pas les labels.

Vos textes sont très inspirés par les films d'horreur. Quel est le meilleur truc que vous ayez vu dans le genre ?

J'adore tous les films de vampires, je les trouve putain de drôles! Je dois dire que dans le genre, "The Beyond (The 7 Gates of Hell)" est pour moi un des meilleurs de tous les temps.

D'autres thèmes d'inspiration ?

La dope, les filles, les bagnoles, la moto, les rednecks, les autres groupes, le ciné et Satan.

Vos morceaux sont très directs, sans fioritures, avec une simplicité hélas souvent absente des trucs qui sortent aujourd'hui. Comment avez vous choisi de composer ainsi ?

On essaie de jouer simplement du rock'n'roll comme les Ramones, Motorhead, AC/DC ou Kiss, de la manière la plus rapide et violente possible.

Vos morceaux durent rarement plus de deux minutes. Quelle est la durée moyenne de vos concerts ? Combien de morceaux jouez-vous ?

De 30 à 35 minutes, 20 à 25 morceaux.

Vos morceaux dégagent réellement une menace, une notion de danger. Comment les fans réagissent à cela en concert ? Avez vous vraiment un public de cinglés ?

Oui, en fait des fois c'est vraiment l'émeute. D'autres fois, les gens sont plantés béats avec la mâchoire pendante, sans comprendre ce qu'ils sont en train de prendre dans la tête.

J'ai lu qu'une fois, vous avez balancé un acide dans le verre d'un journaliste venu vous interviewer. C'est une habitude quand vous avez affaire à la presse ? Pratiquez-vous toujours la dope à haute dose ?

C'était une plaisanterie de la part du journaliste, on n'a jamais fait çà. Quant à la dope, je n'en prends pas, mais quelques membres du groupe apprécient.

On trouve pas mal de références sataniques sur vos disques, comme des pentagrammes par exemple. Etes-vous branchés sur les sciences occultes, ou avec des organisations souterraines ? Que pensez-vous des artistes se réclamant de çà, comme King Diamond ou Electric Hellfire Club ?

Je pense que tous ces trucs collent bien aux films qu'on aime regarder, et tiennent plus de la provoc et de la plaisanterie qu'autre chose. Je pense vraiment que si tous ces mecs sont sérieux à propos de Satan, c'est encore plus drôle !

Qu'avez vous de prévu pour le prochain album? Sortira-t-il encore sur un nouveau label ?

On a encore aucune idée de ce que nous allons faire. On a même pas de nouveaux morceaux. Notre futur est morne et incertain.


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Mick Collins
Mick Collins - L’Homme « Orchestres »

Lorsque l'on nait à Detroit (centre ville - pure Detroit !), d'une mère fan de King Curtis et Mighty Sparrow, et d'un père garagiste qui dorlote la limousine du plus gros distributeur de disques de tout le Michigan, on peut, dès son plus jeune âge, jouer avec l'intégralité des singles Motown en guise de Legos. Lorsqu'en grandissant, on écoute la radio, la radio de Detroit à nulle autre pareille (en tout cas jusqu'à l'arrivée du 'Rio' de Duran Duran en 1982), les influences sont multiples. Pas de Top 40, mais une programmation qui mélange Chopin à Jimi Hendrix, Clash à Kraftwerk, les Classic Nouveaux à James Brown. On peut découvrir le punk, voire même le mélanger allègrement à la New Wave, et finir D.J. dans les soirées Mod locales. Sachant qu'à Detroit, être Mod veut dire s'empiffrer de galettes soul et ska jamaïcain et non visser le vingt-troisième rétro sur la Vespa vintage. Lorsque l'on mixe tous ces ingrédients et qu'on les agite (et dans la catégorie agitateur, Mr Collins mérite une mention spéciale) on obtient un cocktail qui relègue la potion du Dr Jekyll dans la catégorie lait fraise. Deux personnalités sont bien trop peu pour ce seul homme.
Après quelques initiatives aussi fulgurantes que brèves (U-Boats, Floor Tasters), un projet solo (Man Ray Man Ray), et un single de house, Mick écouta un jour, en compagnie de quelques amis, la compilation Scum of the Earth, et en particulier le morceau Crazy Date. La réaction fut unanime : même si on ne sait pas jouer, on peut jouer mieux que ça !. Les Gories étaient nés. Du vrai primitif, tout autant par manque de pratique que par conviction (on lisait dans des fanzines des chroniques sur des groupes censés être teeelllleeement 'primitifs', et lorsqu'on achetait les disques, il ne sonnaient pas primitifs du tout, et on était frustrés. On a décidé que puisque personne ne jouait le R'n'B saturé qu'on voulait écouter, on devrait le faire nous-mêmes. On devait devenir le groupe R'n'B le plus primitif qui ait jamais existé, et ce n'était pas si difficile, puisqu'on ne savait pas jouer DU TOUT). Plutôt que de piocher les reprises dans les classiques du genre auquel son groupe s'adonne, il préfère vaudouiser les morceaux qu'il aime, leur extirper leur âme et les revêtir d'un costume à ses mesures. Ainsi, les Gories reprendront un hit disco, ou un morceau de Sun Ra, mais n'emprunteront jamais aux Cannibals. L'ingrédient incontournable, c'est la "Detroit touch" : chacun de ses groupes aura à son répertoire au moins une reprise du catalogue Motown.
Affligé d'une schiz-rock-frénie galopante, il n'a d'autre choix que de se livrer à maintes activités successives (Blacktops, King Sound Quartet), annexes (producteur pour Demolition Doll Rods, chanteur duettiste avec André Williams), ou co-existantes (The Screws) et d'échafauder sans cesse de nouveaux projets qui n'en dépasseront pas le stade. L'un d'entre eux, cependant, imaginé en 1992, mais qui ne prendra vie qu'en 97, semble enfin concilier ses tendances disparates. À une période où l'esprit punk tendait à l'extermination des bassistes pour ne préserver que guitare et batterie, Mick Collins rêva d'un groupe qui aurait DEUX basses, et puis deux batteries, aussi. Une sorte de glissement de terrain sur lequel, enraciné dans son charisme et sa lumineuse nature hors-normes, surfe un chanteur à voix unique, qui, si son âge lui avait permis de pousser la note plus tôt, aurait tenu la dragée haute aux poids lourds de l'époque, Marvin Gaye ou autres Stevie Wonder compris. Les Dirtbombs lui ont permis, avec Ultraglide in Black, l'album hommage à la musique dans laquelle il a grandi, et à laquelle il donne une nouvelle ampleur. 90% de reprises très peu fidèles, sinon à leur esprit premier : toucher le public bien au-delà des tympans. Si une telle hyper-activité peut parfois nous égarer (ajoutons à tout ce qui précède la rédaction de nouvelles et un roman en cours), notre foi demeure quant à une très prochaine apparition. Concentrons-nous jusque là sur le mantra du sorcier : If you can't dance to it, it isn't rock 'n' roll.

Mrs Tyresome

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Nick Hornby
Nick Hornby - La Bonté : Mode d’Emploi

Revoilà l'ami Hornby, romancier britannique à la bonhomie radicale et nonchalante, qui semble transpirer ses joies et ses phobies dans l'ombre de ses anti-héros aux cent visages. Trentenaire fuyant l'amour et trouvant refuge auprès de sa collection de vinyls (Haute Fidelité, 1997, et le livre enterre le film du même nom, acidulé à la sauce US woowood chewing gum) ; adolescent vouant un culte forcément déraisonnable aux "Gunners" d'Arsenal (futebol, Londres), à la vie et à la mort et vice-versa dans les faubourgs de Highbury (Carton Jaune, 1998) ; vieux (enfin presque) célibataire, habitué des parcs publics anglais (on ne saurait lui donner tort), déstabilisé par sa rencontre avec un môme orphelin de père (A propos d'un Gamin, 1999)… Pour son 4ème roman, Nick le tendre endosse le "Je" et les habits d'une jeune femme, trente sept ans mariée deux enfants et c'est "là" que le bât blesse…c'est tellement facile d'aimer quelqu'un que l'on ne connaît pas, que ce soit George Clooney ou Monkey. Rester poli avec une personne avec qui on a mangé la dinde de Noël, alors çà, çà relève du miracle. On ne peut qu'esquisser un sourire alors que l'heure est grave ! Nous ne sommes pourtant qu'au début du livre, et voilà que cette femme, médecin de son état, pense sincèrement à divorcer, étouffée qu'elle est au sein de son foyer. Déjà vu ? Oui sans doute, mais c'est sans importance. La Bonté : Mode d'Emploi (How to be good en VO), parce qu'il n'est pas si facile d'abandonner veaux, vaches, cochons, mari et progéniture, sans vague à l'âme - Pourvu que je puisse à nouveau me féliciter d'être quelqu'un de bon - ni interrogations éminemment existentielles - David est dans la cuisine en train de se préparer un sandwich. Salut ! ...Tu en veux un ? Il y a dans la familiarité si naturelle de cette proposition quelque chose qui me donne envie de pleurer. Divorcer signifie que plus personne ne vous fera de sandwich, en tout cas pas votre ex-mari.
Entre légèreté, humour "so british" et crise éthique, on retrouve tout le talent d'un auteur résolument contemporain quant à sa réflexion sur ses semblables (et ce, malgré le côté un peu ubuesque de certains personnages). Pour moi, le fait même d'appartenir au genre humain constitue un drame en soi; on n'a pas besoin d'être héroïnomane ou poète pour goûter aux extrêmes. Il suffit d'aimer quelqu'un. Revoilà donc l'ami Hornby ne sachant plus quoi faire de cette sensibilité qui lui colle à la peau, mais gardant toujours en réserve une dose de cynisme et d'ironie pour faire passer la pilule sans attendre le lendemain. Si vous êtes de ceux qui choisissent leurs lieux de divertissement en fonction des facilités de stationnement, je vous recommande l'office anglican du dimanche….
De qui se moque-t-on? Mais de soi-même, bien entendu.

Laurent Zine

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La république Invisible Mystery Train Hellfire
Nouvelles des territoires du rock’n’roll, entre le bien et le mal - Greil Marcus - La République Invisible & Mystery Train / Nick Tosches - Hellfire

La fin d'année, c'est un peu le temps des livres, ceux que l'on offre en cadeau, et qui ne seront presque jamais ouverts, c'est l'imagerie sur papier glacé. Les livres sur la musique sont nombreux, aussi à cette période. L'occasion de découvrir trois ouvrages qui viennent redonner du poids au rock'n'roll et à ses plus belles plumes. Trois bouquins où l'iconographie n'est pas l'essentiel, le Nick Tosches et le Greil Marcus des éditions Allia, ne dérogent pas à la règle des précédents livres. Format, papier et mise en page parfaite. Denoël nous propose La République invisible, Bob Dylan et l'Amérique clandestine, de Greil Marcus, et Allia, Mystery Train, images de l'Amérique à travers le rock'n'roll, du même auteur.
On entre dans le vif du sujet à la lecture du dernier ouvrage cité, et l'on sent la capacité de Marcus à écrire et analyser la musique, sans que l'ouvrage ne prenne une ride. Ecrit entre 1972 et 1974, Mystery Train demeure le regard d'un écrivain sur une musique qui a modifié les comportements, "ce qui m'a poussé à écrire ce livre - au milieu des années 75, à peu près à l'époque où Père Ubu se formait à Cleveland comme expérience Dada et groupe punk - c'était la conviction que, dans leur musique ou dans leur vie publique, certains artistes de blues et de rock'n'roll s'étaient inspirés de certains aspects fondamentaux, inaliénables de l'expérience et de l'identité américaine, et les avait, en même temps, transfigurés". Non, la culture rock n'est pas l'apanage d'une jeunesse, mais bien un maillon de la culture américaine, et c'est en remontant dans le temps que Mystery Train commence. La genèse, c'est Robert Johnson, mort en 1938 à l'âge de 27 ans, il a posé en quelques chansons le décor de ce qui allait devenir le rock. S'il se distingue, "cela tient en partie à sa musique, à la qualité de ses images, à son sens du drame, à l'immédiateté qui se dégage de sa façon de chanter et de jouer de la guitare- mais, avant tout, à la détermination de Johnson à s'immerger plus profondément dans le blues que n'importe qui d'autre, et à sa capacité en tant qu'artiste à y parvenir". Si après une telle phrase, vous n'avez pas envie de découvrir la suite et d'écouter Johnson, c'est que Toto a détruit votre capacité à comprendre le rock'n'roll à jamais. Greil Marcus nous parle de Robbie Robertson, de Sly Stone ou d'Elvis, il est question de prise de risque, de cette foutue prétention, d'un individu seul sur scène face à un public qu'il vient de se mettre à dos (le livre de Nick Tosches n'est pas loin de ce sujet, avec une autre dialectique que celle de Marcus, puisqu'il parle essentiellement de Jerry Lee Lewis, fouteur de merde notoire et frondeur), d'une musique qui un jour prend un virage radical, quitte à perdre son public. Ce livre a la qualité journalistique évidemment, une plume alerte, la connaissance doublée de la compréhension d'une musique, tout en ayant un regard socio-politique. Greil Marcus écrit sur le mythe des héros du rock'n'roll, le mystère et la beauté de Robert Johnson. Il resitue Sly Stone dans l'histoire de l'Amérique des années 60, décortique les textes en mettant en parallèle l'histoire et les comportements ; c'est en gros une belle portion de l'Amérique du 20ème siècle. Dans ces deux ouvrages, Marcus analyse le(s) mythe(s) de l'Amérique à travers l'imaginaire véhiculé par la musique populaire. Greil Marcus en connaît un bout sur la question puisque, outre le fait d'être journaliste, il enseigne l'histoire des cultures à Princeton et à Berkeley.
Autre héros de l'Amérique, celle de Jerry Lee Lewis, écrite par l'incontournable Nick Tosches, plongeon dans la "vraie histoire de l'Amérique". Sous un titre sans équivoque, Hellfire, Tosches nous entraîne dans l'Amérique profonde, celle du sud, ancrée dans ses croyances entre prédicateurs pentecôtistes et assemblées de Dieu à coup de revivals (réunions religieuses destinées à raviver la foi, organisées aux Etats-Unis par des prédicateurs itinérants), les champs de coton, la misère et un jour la porte ouverte vers le succès, sexe, rock et drogue "alors les ennuis commencèrent. Beaucoup de gens avaient peur de cette chanson Whole lotta shakin' goin' on, et de celui qui la chantait. Même ceux qui aimaient bien Elvis étaient nombreux à rejeter Jerry Lee, qui leur apparaissait comme un individu lubrique et méchant.
Les mères reniflaient son ignoble présence dans le linge de leurs filles, et les prédicateurs se dressaient devant leurs ouailles, se répandant en invectives contre lui et sa chanson qui incitait au péché". Livre magistralement écrit, "à contre courant du genre trou de la serrure qui a envahi la biographie américaine, où la vie des personnages les plus triviaux est examinée jusque dans ses détails les plus insignifiants, le livre de Tosches est dense et concis" dixit Greil Marcus dans la préface du livre. Vie éprouvante, Jerry Lee Lewis allait finalement mener une vie tracée d'un sombre destin.

Bruno PIN

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Sour Jazz – Lost for Life Sour Jazz – Dressed to the Left
Sour Jazz - Lost for Life - Ghostrider - Dressed to the Left - Munster

Deuxième livraison pour Sour Jazz, groupe de Mr Ratboy (ex-Motorcycle Boy, Jeff Dahl Group, Marky Ramone's Intruders, Pillbox...), avec l'album Lost for Life, sorti en vinyl comme le précédent sur le label français Ghostrider. L'emballage est classe, gatefold sleeve, vinyl bleu 220g, et c'est Max Decharné (Mojo, Flaming Stars) qui nous régale de ses notes de pochettes. Musicalement, on est en droite ligne du premier Lp No Values, la première référence venant à l'esprit étant l'Iggy late 70's en raison de la voix de Lou Paris, chanteur impressionnant au physique évoquant un hybride Lux Interior / Tex Perkins.
Mais il serait trop réducteur de cantonner Sour Jazz à une pâle copie, la richesse et la diversité des compos marquent l'esprit, comme le choix des covers (Thirteen Women sur le premier Lp, le Messin' with the Kid des Saints ici). Et même si l'on est en présence d'un disque de GUITARES, les arrangements sont utilisés à bon escient (cuivres sur I live on a street called Rock n'Roll, ou encore le sublime solo d'Hammond à la Billy Preston dans I liked the City).
A noter la disponibilité de la quasi totalité des 2 albums sur un Cd chez Munster Dressed to the left. Également utile pour un bon complément d'infos, le vol 2/ #3 du fanzine US Hitlist, ou figure une longue interview de Mr Ratboy.

Big B.

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Kinky Friedman
L’Affaire Kinky Friedmann

On peut atteindre un âge respectable en pensant que la country music se résume à la version (tellement typique) des Blues Brothers de Stand By Your Man. On peut aussi croire que Greenwich Village n'est rien d'autre que la vitrine artistico-bohême composée par New York pour les touristes européens. Jusqu'au jour où, au détour d'un rayon polars, un titre insolite (du style Elvis, Jésus, et Coca-Cola, ou encore Dieu Bénisse John Wayne) attise notre curiosité. Dès ce moment-là, quelques réajustements de nos valeurs traditionnelles sont inévitables.
Pour commencer, le "privé" new-yorkais ne traverse plus la brume enveloppé dans son imper, protégé par son chapeau mou, en grillant sa Lucky Strike. Non. Il porte un Stetson, une veste de chasse à poches multiples, et tire sur un cigare digne de Marx (Groucho). Il n'est plus assisté d'une affriolante secrétaire, mais d'acolytes tels qu'un Rambo-Mc Gyver chasseur de nazis à ses heures perdues, un pilleur de friperies passionné par Jésus et Bob Dylan, ou encore un journaliste taille XXXL, d'origine irlandaise (ce qui lui donne le droit de céder au mal du pays dès qu'une bouteille de whisky apparaît).
Quant à Greenwich Village, bien sûr, on y trouve des lofts, des artistes, des dealers, des promoteurs de spectacles psychotiques (les promoteurs, pas les spectacles), des lions (des lions ?!), et des cours de danse lesbiens. Et, comme chez nous, on peut s'y faire agresser au coin d'une rue par une bande de skinheads mononeuroniques (excusez le pléonasme). Les journalistes y courent le risque, en tournant un reportage sur les sosies d'Elvis, de devenir la cible de la maffia italo - new-yorkaise, les musiciens de country sont victimes de serial-killers inspirés par les textes d'Hank Williams, et vous mettre en quête de la mère biologique d'un de vos amis adopté vous conduit droit sur des tueurs qui vous font regretter ceux de Tarantino.
Dans le fond, les ficelles restent les mêmes, le privé se réclame autant de Sherlock Holmes que d'Hercule Poirot, on retrouve les poursuites, les fusillades, les traîtres et les femmes fatales. mais jamais dans le rôle qu'on leur avait connu jusqu'à présent. Et, le temps passant, on s'aperçoit que ce qui nous reste de ces romans, ce ne sont pas les histoires qu'ils nous racontent, mais plutôt la façon dont elles nous sont racontées. Ce n'est plus Kinky le détective, mais Kinky l'écrivain qui demeure, sans doute à cause de son ironie digne d'Oscar Wilde, dont on a l'occasion de profiter, puisque appliquée à de nombreux sujets : la mode (C'était cool d'être cool dans les années 50. Dans les années 90, c'était cool d'être "hot". Quelqu'un a dû merder avec le thermostat), la sociologie (La moitié de l'humanité est une bande d'intellos psychotiques qui ont peur de la vie, et l'autre moitié n'en a rien à foutre. C'est généralement avec ces derniers qu'il est agréable de boire un coup.), l'histoire (Je n'aime pas les gens qui parlent espagnol, car ils sont méchants avec les taureaux. Bien sûr, si les Teutons, les Turcs et les communistes avaient eu des taureaux dans leur entourage, ils auraient sans doute laissé les Juifs, Gitans, Arméniens ou Cambodgiens tranquilles), la drogue (En ce qui me concerne, j'ai arrêté la cocaïne depuis que Bob Marley est tombé de ma narine gauche), la religion (Beaucoup de gens meurent dans la Bible. Mais beaucoup plus de gens sont morts à cause d'elle), l'ethnologie (Les Allemands sont mon second peuple préféré. Le premier, c'est tout le reste de l'humanité), l'économie (La politique n'a rien à voir avec le fait que je fume des cigares cubains. Je ne soutiens pas leur économie, je brûle leurs champs). Mais par-dessus tout, l'introspection : C'est à ce moment-là que j'ai commencé à voir de curieux parallèles entre ma vie et celle de Jésus. Nous sommes tous deux de confession juive, aucun de nous n'a eu ce qu'on peut appeler un foyer, ne s'est marié, ou n'a eu un vrai travail. Tout ce que nous avons fait, finalement, c'est voyager à travers le pays en irritant les gens sur notre passage.
Et si, souvent, Kinky n'a plus l'étoffe du détective version Philip Marlowe, on ne peut pas lui en vouloir. Il reste, drôle, touchant, et, finalement (sous couvert d'une misogynie qui ferait montrer les crocs à nos Chiennes de Gardes) très délicat avec tous ses personnages, dont il nous fait habilement sentir les failles, les douleurs, les tristesses.
Lors d'une vente aux enchères pendant un concert de charité, Kinky Friedman (l'auteur) a mis à prix non pas l'un de ses premiers romans en édition originale (épuisés et courus par les collectionneurs et les fans), ni même les disques des Texas Jewboys (son premier groupe), mais un rôle dans son prochain roman. et a ainsi réussi l'exploit de me faire regretter, pour la première fois, de n'être ni riche, ni américaine...

Mrs Tyresome

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Zeke – Death Alley
Zeke - Death Alley - Aces and Eights / TeePee / Cargo

Bien, soyons clairs, on planque tout ce qui craint, ce disque est DANGEREUX. On ne peut raisonnablement pas mettre ce truc entre toutes les mains, c'est un concentré de hard core n'roll furieux. Les trois quarts des morceaux n'atteignent pas les deux minutes. Ceux qui pensaient que Zeke avait tout dit sur les précédents albums se sont foutus le doigt dans l'oeil, ce disque est encore plus impressionnant que le pourtant déjà énorme Kicked in the teeth.
Produit par Bill Stevenson et Steph Egerton (from ALL fame), le son a gagné en puissance, les quelques morceaux mid-tempo évoquent tour a tour un Motorhead décryogénisé (Evil Woman), ou encore un teenage ZZ Top sous amphet' (Road Ahead).
La voix (?) de Mark peut tendrement rappeler les roucoulades d'un pitbull affamé qui vient de se faire coincer les burnes dans un mixer, tandis que ses potes moulinent à une vitesse si-dé-ran-te les 16 morceaux (en 28 min 40'.) de l'album.
Pour les vinyls maniacs, l'édition Lp est en tirage limité et splendide pochette gatefold.

Big B.

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Wendy Case
The Paybacks - Interview de Wendy Case

Dirtbombs, White Stripes, Come ons, Detroit Cobras ... Depuis 3 ou 4 ans, il ne se passe pas un mois sans que Detroit nous balance un nouveau missile, de l'espèce de ceux que double "W" Bushy-Bushy ne contrôle pas. Certes, d'aucuns parleront de hype éphémère (pléonasme ?), mais ce serait vite oublier que le feu a toujours couvé là-bas plus qu'ailleurs. Çà doit bien faire maintenant une quarantaine d'années que des hordes de groupes, de labels , de producteurs et autres agitateurs en tout genre pavent inlassablement la voie pour que les petits mômes qui sont aujourd'hui devant la scène vendent demain père et mère pour s'offrir une guitare à 50 dollars, et impressionner les filles en faisant du barouf au club du coin le samedi soir.
Dernière sensation en date, l'album des Paybacks est arrivé en bac au début de cet été, sans effet d'annonce particulier. Sans doute avions-nous repéré ce nom là sur la compilation "Sympathetic Sounds Of Detroit" produite par Jack White, sans plus. L'écoute de l'album a vite révélé une personnalité hors du commun, la voix de Wendy Case ne laissait pas indifférent, les dix morceaux du lp filaient en boucle sur la platine du magasin, aiguisant la curiosité des accros du genre ( "du L7 rock n' roll ?"," les Detroit Cobras sous amphétamines ?"," La petite sour de Lemmy ?", pour n'en citer que quelques uns).
Évidemment, on a vite eu envie d'en savoir plus, et Wendy a eu la gentillesse de répondre à quelques questions pour le Dangerhouse zine. Avant cela, voici un extrait d'interview qu'a réalisée la sublime Melody Licious, membre des Gore Gore Girls, et également journaliste pour Coolgrrrls.com.

Peux-tu nous faire un rapide historique des Paybacks?

Au début des années 90, Ann Arbor connaissait un gros boom au niveau de la scène garage. J'avais monté un groupe qui s'appelait Ten High, et on avait l'habitude de beaucoup jouer avec les Hentchmen qui étaient très jeunes à l'époque. Il y avait dans le groupe John Szymanski (a.k.a. Johnny Hentch), que j'aimais beaucoup, et c'est ainsi que l'on s'est rencontrés. Au même moment, la scène de Detroit explosait avec les Detroit Cobras, et un nouveau groupe impressionnant qui s'appelait Rocket 455. Je ne me souviens pas exactement du moment où Marco a rejoint Rocket, mais après deux ans d'existence, ils sont devenus LE TRUC ici. Hard-charging, aggressive, ass-kicking rock. C'est comme çà que j'ai connu Marco. Mike a rejoint les Hentchmen lorsqu'ils sont venus sur Detroit, et donc on se connaissait tous plus ou moins à ce moment là. J'ai également déménagé sur Detroit en 97, et au moment où j'étais enfin décidée à remonter un groupe, Marco s'est joint à moi. Notre premier batteur était Pat Pantano (Come Ons/Dirtbombs), et notre premier bassiste était Marc Watt des Dirtys. Quand Pat est parti pour monter les Come-ons, Mike est arrivé, et quand nous nous sommes séparés de Watt la veille de notre premier concert, John a pris la basse. Le line-up s'est alors stabilisé.

Les Paybacks sont apparus pour la première fois sur la compilation "the Sympathetic Sounds of Detroit" chez Sympathy for the Record Industry. Comment celà s'est-il passé pour vous?

Comme pour tous les autres groupes du disque, çà a été une grosse promo pour nous. Au début, on a pris çà de manière très légère et très fun. Je ne pense pas que qui que ce soit, y compris Jack lui-même, savait quel genre de morceaux il allait faire. Nous avons été particulièrement flattés de voir qu'il avait mis notre morceau en début d'album, car il y avait énormément de bonnes choses sur ce disque. C'était très cool de la part de Jack et de SFTRI d'avoir fait çà, et nous sommes très fiers d'y avoir participé.

Bien que vous soyez sur cette compilation, votre album est sorti sur Get Hip. Comment les avez vous rencontrés?

A travers nos groupes précédents, tous les Paybacks connaissaient Gregg, Barbara et leur label depuis des années. Ils sont très impliqués dans la scène garage depuis longtemps, et ont une excellente réputation en plus d'être adorables. Lorsqu'ils sont venus à Detroit l'année dernière, ils ont assisté à notre concert au Magic Stick, et Gregg est venu nous voir backstage très excité en disant que si nous faisions l'album avec quelqu'un d'autre qu'eux, il nous brisait les doigts un par un ! Donc, on a obtempéré. ... Dangerhouse Interview...

Allez-vous extraire un single de l'album ? Je pense vraiment qu'un morceau comme "Black Girl" mérite le format 7' !

Je ne pense pas, j'en suis désolée. On a déjà commencé à travailler sur le prochain album, et on se concentre bien sûr plus sur les nouveaux morceaux. Néanmoins, il y a une vidéo prévue pour "Black Girl"qui devrait être disponible sur notre site avant le mois de décembre.

À propos de ces nouveaux morceaux, avez vous eu des offres ou des contacts avec d'autres labels ?

On peut juste dire que pas mal de choses bougent ici en ce moment. Pour l'instant, nous sommes liés à Get Hip pour au moins un album supplémentaire, et nous allons respecter cela. Je n'ai pour l'instant aucune idée de ce qui pourra se passer après.

Vos textes sont-ils disponibles quelque part ?

Uhhhhhh, non. Il y a beaucoup de gens qui voudraient pouvoir les découvrir, je suppose que je devrais me bouger un peu et les mettre en ligne.

Vous remerciez Kim Fowley, un de mes "all-time-heroes" sur la pochette de l'album. Est-ce que vous l'avez rencontré, ou même travaillé avec lui?

Kim et moi-même avons eu une longue et étrange relation symbiotique! Il m'a souvent citée en tant que "La Kim Fowley au féminin", ce que je considère comme extrêmement flatteur. Il fait partie de ceux qui ont aidé mon groupe précédent (Ten High) a être signé par le consortium Bomp! de L.A. au milieu des années 90. On a aussi beaucoup collaboré au niveau journalistique, avec pas mal de réussite. On a également co-écrit un morceau sur l'album de Ten High. Nous ne nous sommes réellement rencontrés qu'une seule fois à l'occasion d'un show que des amis avaient organisé sur Detroit, ce qui nous a donné l'occasion de jouer ensemble. Nous restons en contact de manière régulière, c'est réellement quelqu'un que j'adore, il est à la fois pervers et fascinant, et je pense qu'il mérite beaucoup plus de reconnaissance que çà.

Il n'y a que 10 morceaux sur l'album, quels autres morceaux jouez-vous sur scène? Faites-vous des reprises, et lesquelles ?

C'est différent à chaque fois. Habituellement, c'est un mélange de nouveaux morceaux, d'extraits de "Knock Loud", et nous avons l'habitude de terminer chaque concert avec une reprise différente (bien que ce soit moins systématique ces derniers temps). Parmi celles qu'on a pu jouer, il y a "Rock n'roll Damnation" d'AC/DC, "Stiff Competition" de Cheap Trick (un incontournable de nos concerts pendant longtemps), "Love Gun" de Kiss (j'adore faire celle-ci !), "Pirate Love" de Johnny Thunders, ou encore le "Hot Stumps" des Controllers, c'était un trio de branleurs punks californiens de la fin des 70's. Essaie d'écouter la compilation qu'a sortie Dionysus, dis leur que c'est Wendy qui t'envoie.

Bonne sélection ! Oui, en effet, je connais les Controllers, et Dyonisus a fait du très bon boulot sur eux, comme pour les Gears et les Dils. Il semblerait qu'aujourd'hui, il est tout à fait possible qu'on admette aimer le son heavy 70's, et que ce n'est pas du tout incompatible avec une attitude et un son punk rock. Que penses-tu de la scène scandinave (Hellacopters, Gluecifer,Turbonegro, Robots.) qui est très représentative de cela ?

Honnêtement, je ne suis pas très au courant de cette scène. Je connais les Hellacopters car ils jouent par ici régulièrement, et qu'ils ont travaillé avec mon pote Scott Morgan- ils sont cool. Mais je ne connais pas vraiment les autres, je vais me renseigner!

La question Dangerhouse : Un client entre dans le magasin, et demande votre album. Il achète 5 autres disques. Lesquels serais-tu fière de voir dans son sac avec le tien ?

Super question ! Comme les garçons ne sont pas là pour faire leur choix, je vais essayer de sélectionner des albums pour eux :
Records from the general populus: 1.- The Sonics, "Boom", 2.- Any one of the first three Cheap Trick albums, 3.- Alice Cooper Band, "Love It to Death" or "Killer", 4.- The Ramones "Rocket to Russia", 5.- Judas Priest, "British Steel"
Records from Detroit: 1.- Anything by the mighty Hentchmen, 2.- Rocket 455, "Go to Hell", 3.- the Gore Gore Girls, "Up All Night", 4.- The Sights "Are You Green" or "Got What We Want" -- both are great, 5.- The Electric Six -- new album due out soon on XL. These guys used to be called the Wildbunch, but they had to change their name recently. One of the most entertaining acts ever to come out of Detroit -- and they drink even harder than we do !

Merci Wendy ! Deux mots sur la culture française ?

French culture... Hmmmmm... Est-ce réellement vous qui avez inventé les frites ? Super idée !!!

Big B.

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The Von Zippers – Blitzhacker
Zen Guerilla - Shadows on the Sun - Sub Pop

Zen Guerrilla, voilà une appellation qui, récemment encore, n'inspirait pas grand chose aux fans de garage R'n'R. Ce groupe, avec son nom à consonance un peu étrange, hébergé par Alternative Tentacles, a souvent été considéré, sans écoute préalable, comme un des multiples avatars néo hard core expérimentaux, signés à tour de bras par le label à l'époque.
Puis vint 1998, où le groupe a commença à faire parler de lui sur les scènes françaises. Les quelques personnes présentes lors des premières parties de Man or Astroman, ou d'Atari Teenage Riot, ont pu découvrir un groupe surpuissant, jouant outrageusement fort, alignant boogies poisseux, R'n'B déglingués et reprises, disons… hum… courageuses (Iron Maiden mêlé aux Who, Stones ou encore Bowie !).
Marcus Durant (oscar du meilleur Rob Tyner Lookalike du XXème siècle) hurlant à travers un vieux poste de T.S.F. entre deux giclées d'harmo, un guitariste surspeedé nourri à l'aérobic Pete Townshend, tous au service de l'EFFICACITÉ la plus totale, laissaient l'impression d'avoir assisté à quelque chose de rare, et donnaient l'envie d'en savoir plus sur ces agités.
Quelques années plus tard, voici leur quatrième Lp. Comme pour le précédent, Trances States in Tongues, Jack Endino (producteur) et Sub Pop se sont chargés de l'accouchement. Et dès l'intro de Barbed Wire, tout est là : riff monstrueux d'évidence, harmo hurlant dans le fond pour se faire une petite place, rythmique plombée ET groovy, et cette voix… cette VOIX ! Un peu moins chargée en effets que sur les albums précédents, elle gagne en présence, évoquant tour à tour Wilson Pickett (Graffiti Hustle), Mitch Ryder, voire Wayne Cochran.
Ne les manquez pas lors de leur prochaine escapade par chez nous (2002 ?), car à l'instar des Bellrays, Dirtbombs, Bassholes, et autres Detroit Cobras, ces gens-là ont compris que le R'n'R sans la Soul et l'Envie ne serait qu'un truc insipide et mortellement ennuyeux.
Back in the good old days when dancing meant exploding…

Big B.

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The Dum Dum Boys – Soul Bondage Deluxe
Dum Dum Boys - Soul Bondage Deluxe - Vicious Cricle

Je suis un accro aux Dum Dum Boys depuis leur 2 premiers albums (quand je faisais mon zine j'étais dans le listing de leur 1er label GGO), et puis, j'ai un peu laissé tombé l'affaire (sans que ça n'ait rien à voir avec les DDB, juste pendant un temps je me suis moins intéressé à la musique, à part les quelques disques que je recevais). Alors me voici à mettre ce Soul Bondage Deluxe dans le lecteur CD, et à la première écoute il y a un truc qui se passe : le son a changé, moins Suicide et ultra sombre que par le passé, comme s'ils s'étaient dirigés vers le rond de lumière qui luie au bout du tunnel. Ce qui renforce l'impression que j'avais eue en regardant la pochette du disque avec ses couleurs et son absence étonnante de noir.
Cet album est plus aéré, moins claustrophobe que ne l'étaient les derniers trucs que j'avais entendu des DDB, oui vraiment l'image de l'émergence d'un tunnel me paraît assez bonne. Ou bien est-ce l'utilisation plus importante de l'électronique ? Bon, attention on n'est pas là dans le domaine de la House ou de la Techno, c'est plutôt de solides bases R'n'R brassées avec des techniques modernes pour voir ce que ça peut donner, ou ça peut mener, pour un peu renouveler le genre. Et ça marche. Il y a même des titres, notamment (Welcome to) the Loser Club qui devraient faire un carton sur les pistes de danse, du moins si ce monde était bien fait. En tout cas une chose est sûr la chanson Vicious Circle sera un des grands moments de vos futurs boum lysergiques.
Parfois ça me fait penser aux Juanitos qui seraient tombés complètement dans la marmite électronica, mais n'auraient pas pour autant oublié leur passé 60's Surf Psyché exotica. A d'autres moment j'ai pensé à la bande son d'un Western Spaghetti tourné sous mescal.
A la fin de ce Soul Bondage Deluxe j'ai la banane, alors que jusque là je sortais des précédents albums des Dum Dum Boys
épuisé, toute énergie sucée par la noirceur de leur musique. Et franchement je ne regrette pas ce changement, un peu de soleil avant l'été, comme si Calexico avait enfin acquis de la substance (celle du Velvet par exemple).

Bertrand Tappaz

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Detoit Cobras
Detoit Cobras - Interview Rachel Nagy

Après une poignée de singles, un premier album fracassant, un split quasi consommé, et enfin un retour plein gaz au printemps dernier avec leur deuxième album, "Life, Love and Leaving", les Detroit Cobras rentrent définitivement dans le tiercé gagnant de la scène de Detroit.
Rares sur scène, comme dans les fanzines, voici des extraits d'une interview parue dans le New York Press, accordée par Rachel Nagy, chanteuse apparemment involontaire, et toute ébahie de l'intérêt porté à son groupe :

J'ai été vraiment impressionnée lorsque j'ai entendu votre nouvel album,"Life, Love and Leaving". Je suis fan de tous ces groupes de Detroit, et j'avais toujours entendu dire que vous étiez les meilleurs.

Et là, tu t'es dit, c'est censé être eux, les meilleurs ?

(rires): Exactement! Non, je plaisante! J'étais juste surprise d'entendre à quel point vous sonniez différemment des autres groupes locaux, avec ces influences très blues/Motown.

C'est étonnant. Nous ne nous considérons pas comme punks, on a quelques influences rock'n'roll, mais on est essentiellement des fans de Soul 60's. On essaie de jouer de la manière la plus authentique et sincère possible, bien qu'on ne soit pas à la hauteur de ces fabuleux musiciens de soul. En fait pour être honnêtes, nous sommes des blancs!! Et tous nos morceaux sont des reprises. Je crois que si on pouvait jouer ces morceaux de la manière dont ils ont été enregistrés à l'origine, nous le ferions.

Pensez vous que le fait de jouer ces titres dont vous êtes fans pourrait vous servir de tremplin, afin de pouvoir plus tard composer vos propres morceaux?

Depuis le début, un des membres du groupe ne cesse de nous pousser à composer des originaux. Personnellement, ça ne me dit rien. J'ai appris à être fière de ne faire que des reprises. Nous sommes récemment descendus dans le sud des Etats-Unis par le sud-ouest. On a vu des flopées de groupes, et je n'en ai pas vu un seul de potable. Ils craignaient tous! Ils sont persuadés qu'ils ont des trucs à dire, que leur vision de la musique est tellement incroyable et géniale, et en fait ce n'est que de la daube! Tu sais, je ne pense pas que l'on ait quoi que ce soit à dire, ni aucun message à faire passer.

De plus, les gens de notre génération n'étaient pas encore là lorsque Otis a commencé à avoir du succès.

Et la plupart de ces artistes n'ont JAMAIS été reconnus! Regardez Irma Thomas: Maintenant, elle a un petit club à la Nouvelle-Orleans, et ça ne va pas trop mal pour elle. Vous connaissez son morceau,"Ruler of my Heart" ? Eh bien, Otis est arrivé, a fait "Pain in my Heart", et elle n'a jamais touché un sou là-dessus. La majeure partie de ces morceaux sont restés dans l'obscurité, et je trouve plutôt cool de les faire connaître aux gens aujourd'hui. Et cela me fait toujours plaisir lorsque quelqu'un cherche de qui est l'un de nos morceaux, et file ensuite acheter la version originale.

A quoi ressemble la scène de Detroit aujourd'hui?

En fait, il y a deux scènes distinctes en ce qui concerne le garage et le rock'n'roll. Il y a une scène où tout le monde connaît tout le monde, car elle est minuscule. Il y a quelque chose comme trois bars, tout le monde joue dans le groupe de l'autre et on se fout complètement de l'image qu'on projette. Cependant, je trouve complètement naze la hype qui tourne autour de cette scène, qu'il y aura une explosion de talents.A mon sens, ce ne sera qu'un feu de paille, et c'est tout. Le réservoir n'est pas si profond. Donc, il y a cette petite scène, et de l'autre côté, il y a une autre scène qui est totalement insupportable, des branleurs qui se prennent vraiment au sérieux, et qui veulent à tout prix devenir des stars. And they suck.

Que pensez vous des White Stripes, qui sont sur le même label que vous Ils craignent, aussi?

Oh non, j'adore Jack (White). Et çà, c'est encore un autre truc: j'ai entendu des dizaines de gens dire,"Ils ne sont pas si bons que çà, çà ne devrait pas marcher autant, çà n'a pas de sens!, bla bla bla.".Je ne vois aucune autre personne à laquelle j'aurais pu souhaiter que çà arrive. Le fait qu'ils soient sur Sympathy est vraiment classe. Je suis sûre qu'ils auraient pu signer sur une major qui leur aurait imposé une basse par- ici, ou encore une section de cordes par-là.C'est étonnant qu'ils marchent autant, car un peu comme nous, ils ne font pas de concessions.

Mais c'est pour çà que les gens aiment votre groupe, ou les White Stripes , ou encore The Go, pour leur honnêteté.

Alors que c'est la production FM qui arrive jusqu'aux gens, ils ne semblent avoir de l'oreille que pour cette daube qu'on leur fait ingurgiter.

Mais comme tu disais, personne n'a obligé le public à écouter les White Stripes, cela s'est fait sans le support des médias, et c'est sans doute le côté intéressant du truc.Mais passons au fait que tu n'avais jamais envisagé d'être une chanteuse.

Je ne me suis jamais considérée comme une chanteuse. Je travaillais en boucherie (chef-boucher!) depuis pas mal de temps. J'avais une vie tranquille, tout allait bien, mais des facteurs économiques ont fait que j'ai perdu mon emploi. Maintenant, je me retrouve au point zéro, car je ne pourrai jamais vivre de ma musique, le groupe ne marchera jamais suffisamment pour çà.

C'est ce que nous avait dit Jack White! Allez-vous encore attendre trois ans avant de faire un nouvel album?

Nous allons faire un nouvel album prochainement, maintenant que nous avons Matt à la basse. Si jamais il essaie de se tirer, on l'enferme dans le local et je te garantis qu'on va lui faire changer d'avis! Nous sommes enfin maintenant un groupe au point, et on peut commencer à faire des projets et à faire plus de concerts. En fait, on ne tourne pas beaucoup, nous avons tous nos vies, et on a pas envie de devenir des rock-stars. Mais les gens commencent à nous contacter sérieusement. On a eu des propositions pour des festivals en Australie et au Japon, et on va essayer de donner suite.

Mais vous n'êtes pas prêts pour aller jouer au fin fond de l'Alabama un lundi soir.

Tout à fait! On est un peu trop vieux pour s'entasser dans un camion et crever la dalle pendant une semaine. On n'a pas la folie des grandeurs, et on ne tient pas à faire de la promo à tout prix. C'est une question de dignité et de plaisir. Je ne supporte pas ces gens qui balancent leurs démos à n'importe qui dans la rue, dans l'espoir de tomber sur la bonne personne qui connaîtra la bonne personne, qui elle-même. Mais bon, ne parlez pas de çà, c'est assez prétentieux, çà va me faire passer pour quelqu'un qui a une très haute opinion d'elle-même, alors que tous les autres craignent.Ce que je veux dire, c'est que quand les gens viennent me dire que j'ai du talent, je leur explique que non, Irma Thomas est grande, Tina Turner est grande, comme Baby Washington. Elles sont immenses et elles me font pleurer. Lorsque les Cobras ont débuté et qu'ils m'ont contactée, ils avaient déjà ce petit kid black aux vocaux. Mais il était tellement terrifié à l'idée de faire un concert que çà n'a pas pu fonctionner ! Je n'avais alors jamais chanté que dans ma voiture, alors j'ai refusé. C'est donc une de mes amies qui a eu la place !

Oh non! Oh si! Et çà a tenu à peu près deux heures avant qu'ils la balancent par la fenêtre ! Elle a commencé à brailler partout qu'elle jouait dans ce groupe, bla bla bla.Alors j'ai pensé que finalement çà pourrait être fun de jouer avec eux, juste pour la faire chier ! Ils m'ont dit "Viens, on te paiera une bière !", et j'ai accepté. Et Dieu merci, car j'en parlais avec Damien (le batteur) l'autre jour, s'il n'y avait pas ce groupe, on ne sortirait jamais ! Un groupe, c'est l'excuse idéale pour boire des coups et faire la fête ! On a un groupe, on a un alibi !

Que peut-on espérer d'un concert des Detroit Cobras?

Du fun, du groove, de la danse, et l'occasion de tomber amoureux d'une adorable fille qu'on s'empressera d'embrasser. Si on peut procurer une soirée de fête et de danse pour qui que ce soit, alors on aura fait notre job!


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Steve Baise
Stevie et ses secrets - Interview de Steve Baise

Munster Records est en pleine effervescence et en cette occasion, il serait dommage de passer à côté de ce petit bijou : le split SONNY VINCENT AND THE EX / SAFETY PINS (dont la tournée européenne avait fait couler beaucoup d'encre) versus STEVIE AND THE SECRETS. La pochette aux couleurs chaudes et flamboyantes - clin d'oil à celle du FUN HOUSE - nous met déjà au parfum : ça va être chaud. Les premières notes de la face A annoncent le ton, et Crazy little girl, Shut it Up, Overdrive in Venice ainsi que You'll never change (l'ordre des titres sur le disque est erroné) sont de vraies étoiles filantes ! Cette cascade de guitares, ce mur de son et cette haute énergie nous offrent un moment d'authentique punk rock'n'roll dont les deux ou trois jours nécessaires à son enregistrement se sont révélés festifs et une véritable partie de plaisir.
Signalons au passage une qualité de son exceptionnelle que nous devons aux gens très expérimentés des Studios Attack de Madrid et au mastering fait par MARTINI des SAFETY PINS lui-même. Quant à la face B, réalisée au sein de Steveland, le studio d'enregistrement personnel de STEVE BAISE, elle ne fait que confirmer que celui-ci est bel et bien devenu une référence punk rock de valeur sûre au travers de ses formations successives : le trio séminal New Yorkais DEVIL DOGS, VIKINGS (avec HAPPY TOM des TURBONEGRO), PEARL SCHWARTZ et STEVIE AND THE SECRETS. C'est la raison pour laquelle, lorsque Munster records offre à SONNY l'opportunité de sortir un split, son choix s'est naturellement dirigé vers STEVE qu'il trouve talentueux et à qui il avait d'ailleurs déjà fait appel afin de collaborer au sein de son légendaire PURE FILTH TRIO avec le plus grand batteur que la terre n'aie jamais porté : SCOTT ASHETON des STOOGES. Who's walkin' who ?, Get outta my way et le célèbre Good Head, standard des TURBONEGRO qui avait en réalité été écrit par STEVIE pour les VIKINGS sont trois morceaux mythiques puisant leur force dans les 50's, dans le garage, le rock'n'roll et dans un punk pur dont les RAMONES sont incontestablement la nourriture essentielle.
Avec un tel pedigree, difficile de résister à un entretien avec Mister Baise qu'on surnomme "the crazy", allez savoir pourquoi.

Peux-tu te présenter ?

Et bien, je suis né dans le New Jersey en 1968. l'été de la haine !!! et 20 ans trop tôt !

Et par rapport à ta pratique instrumentale ?

J'ai commencé à jouer du piano à l'âge de 10 ans, de la trompette à 13 et de la basse à 16. J'ai étudié la musique classique et le jazz jusqu'à l'âge de 15 ans. C'est alors que. le rock'n'roll a pris le dessus sur tout ça et que j'ai toujours suivi cette voie. Lorsque les Devil Dogs ont splitté en 1994, je me suis procuré une guitare afin de commencer quelque chose de nouveau dans ma carrière.

Pourquoi les Devil Dogs ont arrêté ?

Il était juste temps d'en finir. mais on s'est plus donné en cinq ans que certains groupes en douze ! Et nous n'avons jamais sorti un seul mauvais disque !

Tes racines musicales ?

Elvis, Bill Haley and the Comets, tout ce que je suis aujourd'hui vient de là, tous les trucs des années 50 ! J'ai un grand frère qui jouait de la guitare et lui et mon père sont fous de jazz. C'était un peu trop de jazz pour moi, et puis j'ai réalisé que jouer de la trompette dans le rock'n'roll n'avait pas trop de sens, c'est essentiellement pour ça qu'à 16 ans je me suis mis à la basse.

D'ailleurs il paraît qu'avec ton premier groupe, les Rat Bastards en 1987 vous jouiez toutes les nuits pendant 5 ou 6 heures d'affilée, c'était plus garage, en quoi la musique garage t'a aidé ?

C'est évident que tout ça m'a aidé à mieux jouer de la basse !

Mais alors, qui t'a quand même influencé le plus ?

Il y a plein de trucs. mais bon, mon frère, les guitaristes de jazz mais tout particulièrement mon père à cause de son attitude enthousiaste à l'égard de la musique et de l'art. ma mère aussi. pour son soutien et sa compréhension.

Tu as une basse Fender et comme guitare, que possède-tu ?

Il n'y a pas très longtemps je me suis procuré une Gibson Flying V 1967 dont je me sers exclusivement mais j'ai aussi une Gibson SG rose "that rawks" !!!

Et avec ça, tu prends quoi comme ampli ?

Avec ce genre de matos tu ne peux que prendre du 100 Watts Marshall et le pousser super fort !!

Sans te demander un Top Ten. les bassistes et guitaristes que tu admires le plus ?

John Entwistle, Gram Maby de Joe Jackson, mais je suis toujours bien dans Chuck Berry et Keith Richards mais aussi Johnny Thunders et plein d'autres...

Comment se fait-il que tu aies aussi bonne réputation, du genre le mec gentil avec tout le monde, etc . D'où ça vient ?

Je pense que si je suis gentil c'est grâce à mes parents. et puis mon père a bossé pour une compagnie de films pendant 42 ans ! Ce genre de loyauté n'arrive plus trop souvent ! Mais ma mère. c'était la meilleure, c'est ma meilleure amie !

Comment t'es-tu retrouvé à collaborer avec Sonny ?

Avant, je ne connaissais pas du tout Sonny, et puis il cherchait quelqu'un pour jouer de la basse et faire une tournée avec Scott Asheton. Je tenais vraiment à jouer avec Scott et c'est comme ça que je me suis retrouvé embarqué par deux fuckin'rockers ! Sur cette tournée j'étais le "petit jeunot" alors que d'habitude je suis "le vieux".

Quels sont tes morceaux des Stooges préférés ?

TOUS !!! Je les ai toujours adorés, et ce depuis 1975 !

Et en ce moment, que fais-tu ?

En ce moment j'essaie de me consacrer seulement à l'enregistrement du plus possible de groupes. En deux ans, j'en ai enregistré à peu près une trentaine.

Impressionnant ! Et tu as réussi à dénicher un truc important ?

Oui, j'ai un groupe actuellement qui s'appelle The Star Spangles, ils sont de New-York, ils ont un contrat avec le label Capitol et ce disque doit sortir en mars. c'est mon premier vrai contrat avec une major !!

Et tu crois qu'on aura la chance de les voir en Europe ?

Oui, peut-être dans le courant de l'année.

Mais, est-ce que tu arrives à vivre de ta carrière artistique ou . ?

Non, je gagne ma vie avec mon studio mais aussi avec mon boulot de routier, je parcours le pays..

Et avec ton groupe Stevie and the Secrets, vous jouez toujours ?

On joue par-ci, par-là, juste pour le fun.

Que penses-tu de la musique en ce moment, des jeunes groupes et de toute cette vague LO-FI notamment ?

Je trouve qu'il y a des trucs pas mal, comme d'hab. Mais bon, je suis pas vraiment fou de ce truc LO-FI, et je trouve que le phénomène scandinave a toujours été surestimé.

Et au contraire, que penses-tu des vieux loups qui continuent à nous délivrer du rock plein d'énergie comme Scott Morgan, Deniz Tek, Wayne Kramer.. ?

Et bien je pense que certains de ces vieux loups devraient remballer leurs gaules et la mettre en sourdine ! Ils se reconnaîtront !!

J'avais bien aimé ce que tu disais sur Dee Dee Ramone dans une interview, bien avant qu'il ne nous quitte.

Oui, Dee Dee a toujours été mon Ramone préféré. Il a toujours gardé son attitude... Il savait enseigner tout ce qu'il savait !!!

Dans une autre de tes interviews tu disais que les japonais étaient plus connaisseurs en matière de rock que la plupart des américains. d'ailleurs, tu y es déjà allé. Tu es même le manager US des Guitar Wolf...

Les japonais ont une meilleure connaissance générale du rock'n'roll américain et de tout ce qui appartient aux années 50 ! J'ai même acheté la plupart de mes fringues là-bas, des trucs que je n'aurais jamais eu aux States, en plus j'avais pleins de promos à cause de mon statut dans le rock !

Je trouve que pas mal de gens passent à côté du truc essentiel dans la musique, pour certains le prix du disque, la pochette originale ou pas sont même plus importants que la musique en elle-même .

Oui, je vois ce que tu veux dire, je connais aussi pas mal de collectionneurs de disques... Je n'en suis pas un. Je sais seulement ce qui sonne bien et je sais où acheter des disques pas chers. Je préfère largement faire des disques et qu'on me les achète !

J'adore le single qui est sorti sur l'excellent label français d'Eric Hodbert, Nest Of Vipers, "Electric KO Live in France", c'est un vrai petit bijou ! Que peux-tu en dire ?

Je pense que le Pure Filth Power Trio était impressionnant ! Un super mélange de musiciens et de personnalités !!..

Devil Dogs aussi était un super trio..

Oui, mais il s'est passé un certain temps avant qu'on fasse attention aux Dogs, mais maintenant on est plus populaires que jamais et nous influençons même pas mal de groupes de jeunes, je trouve ça flatteur.

Comment es-tu devenu ingénieur du son ?

En 1986 je me suis rendu à New-York pour faire une école d'ingénieur du son, c'est comme ça que je me suis retrouvé à bosser dans pas mal de studios, notamment les Studios Coyote à Brooklyn où j'ai travaillé avec des producteurs géniaux comme Eric Ambel et Andy Shernof. C'est là notamment qu'au même moment j'ai enregistré la plupart des disques des Devil Dogs.

Ah oui. tiens, tiens, quelle coïncidence. Eric'Roscoe'Ambel, qui avait un groupe qui s'appelait Dirty Dogs et qui traînait avec les Ramones et. Andy des Dictators qui a pas mal collaboré avec les Ramones aussi !! Mais dans ce travail, qui t'a influencé le plus ?

Mike Maraconda !!

le producteur des Devil Dogs.

Oui. Mike est la personne qui a eu le plus d'influence sur moi en tant que musicien mais aussi en tant que producteur.

Quel bilan fais-tu par rapport à tout ça ? Comment travailles-tu avec les groupes ?

Eh bien, maintenant je peux dire que je connais assez bien les deux côtés dans la musique... quand j'enregistre des groupes, j'essaie d'être à l'écoute, de voir ce dont ils ont besoin, comment ils sentent leur truc et ce qu'ils veulent entendre de ma part.

Des gens avec qui tu aimerais collaborer ?

Des tas !!

Et tes projets à venir ?

Le futur m'appartient !!!!

Sweet Jane

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Nashville Pussy
Nashville Pussy - Villeurbanne – 12/06/2001

Le subtil penseur au cerveau mou Georges W. Bush n'est pas venu en Europe les mains vides. Dans la soute à bagages de son aéroplane étaient planqués les non moins élégants Nashville Pussy, cliché grandeur nature de la générosité culturelle U.S. On imagine sans mal le valeureux maître du monde (par inadvertance) bourré a la Bud, la bave aux lèvres et les yeux injectés de sang, lançant des regards en forme d'éclairs lubriques sur le spectacle libidineux offert par les deux amazones électriques du groupe. Mais fais gaffe Georgie, si tu peux laisser traîner tes grosses patounes de redneck demeuré sur le corps suintant de la blonde guitariste, pas question de tâter de la brune bassiste.
Ce soir là au C.C.O. de Villeurbanne, un spectateur pas fin en fit l'amère expérience (au goût de sang), se prenant une mandale baguée de la belle, suite à un geste déplacé ; on zieute à loisir mais on ne touche pas. Ce coup d'éclat conclut un concert fulgurant d'un combo qu'on ne peut qualifier que de bête de scène, tant le spectacle fut autant sonique que visuel. D'une lourdeur implacable, les Nashville Pussy n'en sont pas moins fuselés (et carénés) tel un bombardier à la précision quasi chirurgicale. La soirée commença par les performances de deux groupes du cru, Yell et Loyolas, devant les quelques trois cents âmes ayant répondu au rendez-vous. Yell, qui ont en commun avec les Pussy deux demoiselles en leur sein (beaucoup moins dévêtues), propose un noisy-rock tranchant, tendu et efficace. Les voix féminines apportent des couleurs vives à une musique toute de noir vêtue. Comme souvent à Lyon, le public resta plutôt froid et statique. Les Loyolas prirent la suite et déroulèrent leur rock énergique et bondissant avec un enthousiasme communicatif, malgré quelques problèmes de son.
Puis ce fut le tour des cow-boys and girls de N.P. de distribuer, au propre comme au figuré donc, des pains multipliés à répétition. Aucun temps mort et pas de quartier durant le set parfait de ce quatuor mixte à sudation instantanée. Dés le début, des directs et des uppercuts comme s'il en pleuvait ; ça plombe sévère et la chaleur étouffante de la salle prend encore quelques degrés. Malheur à ceux qui osent se moquer de Nashville Pussy ; ce groupe sait jouer et leur son, bien qu'assommant, reste d'une remarquable clarté ; enfin disons qu'il trouve un bel équilibre entre le magma en fusion et la pluie acide. Le chanteur, dont les superbes moustaches ne sont pas sans rappeler celles de David Crosby lors du Live Aid des années 80, éructe d'une voix puissante des textes à déconseiller à votre grand mère. Au fond de la scène, le batteur chevelu cogne, comme il se doit, tel un sourd. Et bien entendu, l'attraction principale reste la doublette de donzelles déchaînées, maltraitant leurs cordes tendues à craquer, à l'image des mâles surexcités des premiers rangs. D'autant plus qu'au bout d'un moment, ces dames tombent le haut et se retrouvent en soutien-gorge, accessoire pouvant être considéré comme la symbolique marque de fabrique du groupe. Physique et sauvage, le rock heavy de Nashville Pussy fait subir les derniers outrages au blues, à grands coups de poutre en acier sur la tête . et ailleurs. Outre sa plastique toute en chair offerte aux yeux et aux mains des gars suant dans la fosse, la blonde guitariste fait un usage remarquable de son instrument, allumant des solos brûlants, debout, à genoux, voire avec une bouteille de bière enfoncée dans la gueule par sa brutasse de compagnon à moustaches.
Au final, les Nashville Pussy jouent fort, vite et bien, massacrent tout ce qui bouge et finissent leur prestation un peu n'importe comment, mais c'est pas grave. D'autant plus qu'après le concert, les demoiselles restent accessibles et acceptent de discuter avec ceux qui le désirent. Nashville Pussy peut représenter l'envers peu présentable de l'Amérique puritaine, mêlant grand spectacle guignolesque et rock'n'roll attitude sincère, un groupe pour bikers dévoreurs de grandes étendues et buveurs de bibine au litre.
Quant à l'andouille du Texas, il peut continuer à rêver de se voir totalement ivre, enroulé dans le drapeau sudiste en compagnie des deux miss maillots mouillés, tout cela le dépasse et, au coin du bois, l'attend le moustachu patibulaire, une canette moussue à la main, pour une punition amplement méritée

Ludovic Dutheil

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Russ Meyer
Vixen / Supervixen / Up! – Beneath the Beneath the Valley of the Ultravixen - ou quand les gros anges poitrinaires de Russ Meyer sonnent le glas de la connerie sexuelle

Des programmateurs zozos d'une célèbre chaîne satellite ont récemment eu le toupet de proposer à leurs abonnés kioskés un " porno " intitulé Supervixens : on imagine la tête du branlot au kleenex scotché dans son fauteuil célibataire quand un Charles Napier au sourire vengeur venant de se faire copieusement railler et taxer de vieil impuissant, piétine à mort la belle Angel dans sa baignoire avant de lui faire le coup de l'ampoule à Cloclo. On imagine la débandade subie par l'homme au kleenex quand le dentiste homo et chauve d'Ultra-Vixens attaque à la tronçonneuse le héros également sodomite mais indéniablement hétéro planqué dans le placard à balais de son cabinet, ou lorsque le héros beatnik de Up ! déguisé en bouc socratise sans entrain Adolf Hitler au fin fond d'une caverne de Bavière.
Déception, frustration, et sécheresse du kleenex. Car si cette tétralogie regorge de boîtes à lolos, moins de cul que de poils n'en tapisse le lino : bien qu'il ne soit pas libéral, (Jello Biafra serait sans doute déçu), Russ Meyer se destine moins aux crapauds hormonaux qu'aux joyeux naturistes encore en exercice. Ce décoré du débarquement de Normandie commença d'ailleurs dans le cinéma en filmant des documentaires naturistes, caméra au poing comme en 44, mais content cette fois de voir dans l'objectif, aux camarades en train de succomber, succéder de gigantesques pépées sentant bon la vie et la paix du plein air.
Russ, donc, n'est pas nécrophile : et ce qu'il filme est davantage l'énergie du sexe, sa vitalité, que les conséquences anatomiques sanglantes des guerres intestinales domineur-dominées. Un signe distinctif : ses bande-son (disponibles en Cd et Lps sur le label germanique QDK-média), toutes choisies par lui, et composées de bruitages cartoons (dring paf ouf pouet pouet), de ballades country, de fanfares locales et de marches bavaroises - l'antithèse de la musique de supermarché qui accompagne le client dans les rayonnages étroits et peu diversifiés de l'habituel film de muqueuses.
Bien sûr que Russ filme du sexe, et l'amour qu'il lui porte, et c'est heureux : il montre en cela que le sexe authentique est plus dans l'action, dans la coïncidence de plaisirs, que dans l'étal de boucher autiste sur lequel se roule le toujours triste et frustré animal occidental. Russ Meyer n'est ni plus ni moins (malgré les appas hautement fantaisistes de son oeuvre) qu'un des rares cinéastes privilégiés de cette splendide tétralogie tribale, de cette radieuse fête païenne, c'est encore et toujours une histoire de nudité - la même vieille histoire de nudité qui nous raconte comment la proportion de chair dont hommes et femmes sont si diversement pourvus, si inégale soit-elle, ne parvient jamais à les séparer.

O’Saison

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Dirtbombs – Ultraglide in Black Screws – Shake Your Monkey
Dirtbombs - Ultraglide in Black - Screws - Shake Your Monkey - In The Red

Ouaip, encore raté. On se disait, fin de saison, ça sent la sieste sous les platanes et le ronron au ralenti jusqu'à la rentrée, mais un fourbe vient de frapper ! Le sieur Mick Collins vient de niquer vos vacances, en balançant non pas UN, mais DEUX exocets qui ont mis le feu aux bacs. Sortie simultanée, donc, des nouveaux Lp's des Screws et des Dirtbombs, les deux combos du gonzo malade pré-cité, qui ont balayé toute velléité de résistance chez les aficionados du son In The Red. Les deux LP's sont composés uniquement de covers, tendance plus 60's/ garage r n'r pour les Screws, tandis que les 'Bombs décapitent une série de standards soul r n'b , incluant une adaptation de Ode To a Black Man qui devrait réhabiliter Phil Lynott chez les intégristes du genre. Mick démontre qu'il est définitivement un PUTAIN de grand chanteur soul, et la présence du sorcier Jim Diamond à la production (et à la basse chez les 'Bombs) illumine le tout de reverbs monstrueuses, et nous démontre que la fuzz dans la Soul est une EVIDENCE à inscrire au programme des maternelles. L'album des Screws s'ouvre sur une version terrifiante du Story 16 des Outsiders, ponctuée de giclées d'harmonica salace, "I wanna hold you in my arms / Gotta have ya, gotta have yaaaaa...!". Le reste de l'album se déroule dans le même registre poisseux, se permettant des incursions chez les Stones, ou même Johnny Winter (superbe version de I'm Yours and I'm Hers dobro et harmo), tandis qu'une version inspirée du Shake it Baby de John Lee Hooker se transforme immédiatement en un hommage touchant du p'tit cousin éloigné tant la similitude des voix est frappante. Quant à l'album des Dirtbombs, on y croise Marvin Gaye, Stevie Wonder, Clinton (Georges!!), tous dynamités à la fuzz, voir à la sauce dub/quincaillerie (voir le traitement infligé au Kung Fu de Curtis Mayfield). Sans doute le tribute définitif à la musique noire US.

Big B.

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the Bones
The Bones - Interview Expresso avec Dollar Ace

Pouvez-vous nous retracer brièvement l'histoire des Bones ? Avez-vous joué dans d'autres groupes auparavant ?

Nous jouons ensemble depuis 1996, date où Boner nous a rejoint. Beef, Spooky et moi-même jouions ensemble depuis 1993. Avant çà, on a participé à différents groupes, rien de sérieux, juste pour tomber des filles et faire du boucan. Nous avons signé sur PEOPLE LIKE YOU en 1999, et on a rapidement sorti le 10'/mini cd "Six Feet Down and Two Fingers Up". En novembre 2000, on a sorti notre premier album "Screwed, Blued and Tattoed". Le reste appartient à l'histoire.

Vos disques ont reçu un super accueil à la boutique, mais la réaction immédiate des clients après écoute a souvent été "Wow, ils sonnent comme un croisement parfait de Social Distortion et des Backyard Babies!" Que pensez-vous de cela ? Ne craignez-vous pas d'être trop rapidement catalogués comme des clones ?

Nous sommes là depuis plusieurs années, et on n'a jamais pris le train en marche. Bien sûr, les gens qui ne nous connaissent pas ont tendance à nous comparer avec des groupes qui leur sont familiers. On ne peut rien y faire, et çà ne nous touche pas. On ne sonne pas vraiment comme Social Distortion, et on a des meilleurs morceaux que les Backyard Babies.

Quelles sont vos influences en dehors de la musique ?

We are under the influence

Pourquoi avez vous choisi de signer sur un label allemand ? Il y a pas mal de bons labels en Suède !

C'était un bon deal pour nous. Personne en Suède ne faisait attention à nous, car on vient d'un trou perdu. L'Allemagne est un marché plus vaste, avec BEAUCOUP plus de clubs, et la bière est moins chère !

Meilleur concert que vous ayez fait ? Et le pire ?

On n'a jamais fait de mauvais shows, et on n'en fera jamais. C'est dur d'en sélectionner un parmi tous, mais le concert au Keller de Dortmund était fantastique, ainsi que le show qu'on a donné pour le nouvel an au Wild at Heart à Berlin.

Faites-vous des reprises sur scène ? A quoi ressemble le tracklisting des BONES ?

On peut injecter une reprise lors des rappels, comme le "Yesterday's Heroes" des Bay City Rollers. Et on essaie de ne PAS jouer de morceaux de Johnny Cash, mais il arrive que le public ne nous laisse pas sortir de scène jusqu'à ce qu'on s'exécute.

Comment avez vous rencontré Chips K. ? Y a t-il une réelle amitié dans la scène suédoise ?

Beef a travaillé pour SATOR pendant plusieurs années. Non, on n'a pas constaté de liens particuliers, comme je l'ai déjà dit, on vient d'une région sinistrée musicalement. Les seuls groupes que l'on connaît et que l'on apprécie sont Smooth and Greedy et 69 Hard.On connaît aussi les Spitts, car on est sur le même label.

Des projets en cours ? Pensez-vous tourner dans le sud de l'Europe ?

On va sortir notre nouvel album le 27 mai, nous allons descendre à Barcelone le 13 juin, et peut être faire une ou deux dates en France sur le trajet. On a aux alentours de 35 dates et festivals prévus en Europe cet été.

Quelqu'un entre à la boutique, et demande l'album des Bones. Il achète aussi cinq autres disques : lesquels seriez-vous fiers de voir figurer dans son sac, aux côtés du vôtre (5 choix) ?

Hmmm, difficile de faire un choix précis, mais des trucs de Hank Williams, des Ramones, des Barracudas, d'Elvis et de Motorhead par exemple seraient parfaits.

Big B.

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The Nomads - 20th Anniversary

Merci beaucoup à monsieur et madame UPS, la gâterie de Noël vient d'arriver du Nord en moins de 48 h chrono, sous la forme de ce Lp (bootleg!) des Nomads .
Enregistré lors du concert donné pour leur 20ème anniversaire (putain, 20 ans !), nos garagistes préférés ont invité des potes pour une nouba sonore, et vu le résultat, on n'a pas dû s'ennuyer ferme ce soir-là. Ça ferraille sec dans tous les coins, ça transpire le plaisir de jouer à chaque accord, et j'en connais pas mal qui auraient bien donné le bras gauche de Joe Satriani pour être présents dans la fournaise.
L'entrée en matière est costaude, avec Handsome Dick Manitoba et Ross The Boss pour une version du Dictators' favourite Minnesota Strip, suivie de Top Alcohol avec Chips K. (Sator) et Odd Ahlgren (Robots) aux vocaux. Le son est plus que correct, prise live sans aucun remix, et les Nomads assurent en backing band, puissants et tendus.
Une petite pause avec le Bangkok d'Alex Chilton, avant d'arriver à un des sommets de l'album. "And now, from San Francisco, JELLO BIAFFRA!!!" pour une des meilleures versions de Five Years Ahead of my Time,jamais tombée sur Terre. Jello en fait des tonnes (mais on aime ça !): "Charles Manson wrote this song.The television preachers wrote this song. They all wrote this song." , ou encore Praise God, Praise Money, Praise ME!!!, et en remet une couche pour le morceau suivant : “This one is for George Bush. And for the people who’ve been shot with real bullets in Göteborg. Don't ever forget. Please DON'T EVER FORGET.LET'S LYNCH THE LANDLORD!!!".
La face B démarre en trombe avec la présence de Chris Bailey, rajeuni de 20 ans pour un I'm Stranded juvénile. Retour au répertoire early Nomads avec Lowdown Shakin' Chills, où Nick Vahlberg partage les vocaux avec Nicke Hellacopter. Le Lp se termine avec un Kick Out the Jams réunissant tout le monde, pour accueillir Wayne Kramer en personne illuminant le morceau avec ses parties de guitares. Apparemment, il n'y a pas d'officialisation prévue de ces bandes, peut-être faudrait-il souffler l'idée à White Jazz (ou à tout autre label compétent et confirmé) de sortir l'intégralité de ce concert, en espérant que ne se poseront pas de stupides problèmes de droits comme parfois dans ces cas-là.

Big B.

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Red
Red & Bonnie « Prince » Billy - Lyon –28/03/2001

Le rouquin à la gueule de chien battu s'installe sur scène, assis sur une chaise, une guitare en bois entre les mains. Sous les spotslight rouges, Red déroule son folk fiévreux et cabossé sur fond rythmique enregistré, train qui passe et sons métalliques. Sécheresse et poussière, un goût de terre et de pierre dans la bouche, l'homme seul impose sa présence par sa voix escarpée et rocailleuse. Un blues qui mange les pissenlits par la racine ; une musique noire, ravagée et habitée, jouée par un homme roux, convulsif mais finalement doux. Du fond de son trou, Red aperçoit la lumière et se laisse emporter par elle ; parfois elle lui fait mal aux yeux et la peau du roux est sensible. Red joue donc avec le feu, s'y brûle parfois les doigts, et son âme et sa voix sont incandescentes. Red est un sorcier, un indien tapis dans sa réserve, un peau rouge perdu dans le monde moderne ; ses chansons possédées sont adressées aux esprits, prières païennes psalmodiées en pleine prairie. L'acte en solo a aussi ses limites et parfois pointe la couleur de l'ennui, mais l'intérêt reste en éveille car toujours la voix force le respect. Et l'on se plaît à imaginer le Red solitaire quelque peu entouré, accompagné d'un vrai batteur, d'un tanneur de peau ou d'autres percussions persuasives, ajoutant une nouvelle dimension à la transe cutanée cultivée par notre homme. En fait, la musique de Red donne envie de se gratter, tout est ici question d'épiderme, de cratères et d'aspérités, de barbe drue et mal rasée, d'allergies en rougeurs férocement fixées sur la face ; face contre terre, rouge, forcément. Quoi qu'il en soit, la personnalité forte, les compositions riches et denses et la voix rauque et profonde font de Red un artiste intense et singulier.
Après l'indien déplumé, voici les cow-boys, mais venus ici en paix. La bande à Bonnie 'Prince' Billy, fines gâchettes maniant les six cordes comme des six coups, et à chaque fois au centre de la cible, en plein coeur. Un club des cinq en rang serré sur la scène minuscule, l'image d'une parfaite cohésion, un combo complice et fraternel, soudé et rigolard. Sur disques, Will Oldham l'a souvent joué calme et tranquille, tendance névroses en haillons, un palace dépenaillé au milieu du désert, une voix plaintive sur fond musical délabré, morne plaine asséchée. Des paysages tristes et arides, une country folk exécutée comme un chemin de croix, les pieds en sang et le regard levé vers le ciel. La finesse d'écriture et cette voix touchante et trébuchante ont bien souvent évité le pire, la lumière finissant par pénétrer ce monde délabré, finalement irradié d'un talent singulier. Les mains plongées dans la mélasse, Oldham sculpte de la tradition à base de modernité ; au milieu des caillasses, les pépites apparaissent, mal taillées mais magnifiques à l'état brut. La musique de frère Will ressemble donc au repos éternel, soufflant simultanément le chaud et le froid, belle endormie fascinante et un peu chiante ; une musique en or qui dort. Le nouvel album trouve enfin l'accord parfait, la chaleur douce et apaisante d'un baume au coeur et à l'âme ; entouré de voix amies, Will se sublime et sort le meilleur de lui-même, des chansons superbement composées et instrumentées, touchées par la grâce. Sur scène, pas l'ombre d'une guitare en bois, l'électricité domptée emplit l'espace et se déverse en ondes harmoniques. Le son est spacieux, dense et aéré, puissant et gracile, les interprétations élégantes, amples et acérées. La bande à Billy est généreuse, des gars heureux d'être là. Au milieu trône le Prince, rasé de prés et tout sourire. Will Oldham a une tête d'alien et une mâchoire chevaline, sa voix si particulièrement expressive, à l'image de son visage, a du coffre ; ce type est fort. A sa gauche, un grand guitariste à moustaches, le regard fixe et intimidant ; il porte un tee-shirt King Crimson et joue sans médiator, les doigts directe sur les cordes. De l'autre côté, un bassiste à la bouche bée, les lèvres pendantes, élastiques comme le son de son instrument. Au fond, le batteur, jeune barbu félin moulinant énergiquement. Enfin, à l'extrême gauche de la scène, l'impassible David Pajo, concentré sur son mini synthé, tournant entre chaque titre les pages de son carnet afin d'y trouver le bon son. guitariste et bassiste accompagnent Will aux choeurs et ce ménage vocal à trois a de la gueule. Après plus d'une heure fiévreuse et échevelée, le long rappel fini de combler ; les rôles s'échangent, le bassiste lippu passe à la guitare et chante sa chanson, tout en douceur, les yeux mi-clos. Puis Will se place derrière le clavier, laissant la gratte à Pajo afin d'exécuter le solo de Horses, reprise tendue à craquer de Patti Smith. Mine de rien, le groupe parfait, la classe intégrale. Et au-delà, l'image d'un pays rêvé, l'Amérique vaste et abondante, terre de découvertes et de libertés, loin des clichés pourris d'impérialisme crétin. Ouverture d'esprit, partage et don de soi mis en musique, sans pose ni calcule, juste des émotions, des sensations et, au fond, l'ombre terriblement humaine du Loner, Neil Young, entre tourments et apaisement. Si le rock est mort, et cela n'a aucune importance, son fantôme est plus que jamais fait de chair et de sang ; âme, cour, corps et esprit offerts à nu sur un plateau d'argent.

Ludovic Dutheil

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The Donnas – Turn 21
The Donnas - Turn 21 - Epitaph

1976 : les 4 faux frères Ramones s'échappent d'un zoo new-yorkais, squattent le CBGB et inventent le pinhead punk rock. Hey ho, let's go !, encore une génération perdue pour la cause. Les 4 belles-soeurs west coast, The Donnas, perpétuent aujourd'hui le genre de leurs glorieux aînés, entre rock'n'roll high school et punk de base avec une "légère" tendance pour le hard qui tache. Depuis les Gogo's et autres Runaways, c'est bien connu, les rockeuses U.S. n'attendent plus d'avoir l'âge légal de la consommation d'alcool (d'où le titre de l'album Turn 21) pour tomber les guitares. En l'espèce, la recette est simple : 4 filles pour un déjà quatrième album qui tient en quatre accords. Couplet, Drive away & don't come back, refrain, I just want you for a midnite snack, pont + solo, end, nothing to do tonite... ad lib. Probant et efficace. Les Frangines semblent avoir de surcroît une expérience certaine des tournées (40 boys in 40 nights, ndrl : belle santé!), mais en attendant de les voir sur les planches, on aurait plutôt tendance à donner jeu, set et match aux Lunachicks, véritables pétroleuses du rock & roll devant l'éternel. Hey ho, let's go !

Laurent Zine

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Speeedball Baby – Uptight!

Speedball Baby - Uptight! - In The Red

La première n'est pas la meilleure : à I'm Addictive, on aurait envie d'ajouter "to Jon Spencer Blues Explosion ", mais en moins Jon, déjà, et en plus explosif. Puis, on s'aperçoit qu'"addictive" n'est pas "addicted", et que les Speedball Baby sont moins des camés que des cames à eux tout seuls. Uptight! est une bombe à ingestion lente car le Blues n'est pas affaire de vitesse ; et, malgré le nom des lascars, moins une histoire d'amphet à la coke que d'opium mystique.
L'album transpire la religion - envers les dieux du blues, envers Al Green (The Al Green Shuffle), envers Otis (The Crybabies) ou Furry Lewis (en médaillon). C'est déjanté sans être parodique, riche mais sans gras, la production âpre et roots est tout ce qu'il y a de sérieux, rien n'est laissé en arrière, du banjo, du piano, du sax, de l'harmonica, de la clarinette ou de l'orgue ; la voix est parfaite, la guitare des plus adéquates, tout sent la ferveur. Jamais on ne croirait que cette perle a été enregistrée à New York et Boston et, bien sûr, Mick Collins traîne ses Converse dix ans d'âge dans les parages.
Les éclairs de guitare blues de December? sont dignes des plus grands, les ressacs de guitare surf de The Al Green Shuffle génialement brisés par des riffs garage rock. La face B est encore mille lieues au dessus : enchaînement de ballades aux mélodies rampantes et magnifiques, finis les faux airs de JSBE, bonjour Otis Spann, Joe Tex : après les tripes, l'âme et après les cendriers pleins le grand ciel bleu. On arrive naturellement à Jacques Brel avec The Crybabies ("interpolation : Ne me quitte pas "), et là, c'est le paradis. Un si bel hommage, une si belle pierre, ne pouvait être qu'un monument.

Speedball Saison

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People Like You
I used to fuckPeople Like You - in Prison

Basé en Allemagne, I Used To Fuck People Like You In Prison (plus aisément désigné par People Like You) est un label principalement axé punk rock'n'roll et stoner rock. Leurs réalisations se distinguent particulièrement par le soin apporté à la réalisation des pressages : la quasi-intégralité des vinyls (Lp's et 10') sont pressés en couleur, pochettes quadri et excellente masterisation. Quant aux formats Cd et miniCd, ils voient tous le jour sous forme de digipacks.
Parmi les références les plus impressionnantes du label, on retiendra par exemple le dernier album d'ADAM WEST, groupe US de JAKE STARR (fondateur de Fandango records), trouvant ainsi la possibilité d'être distribué correctement en Europe. Jusqu'ici, le groupe restait confidentiel par chez nous (malgré deux albums, plus une quinzaine de singles et autant d'apparitions sur des compilations, genre de cauchemar pour les fans collectionneurs !), et ce nouvel Lp permettra aux fans d'heavy rock'n' roll de constater à quel point ADAM WEST peut compter dans le Top 10 des meilleurs combos du genre. La voix de JAKE STARR évoque G. DANZIG, l'album ne faiblit pas d'un bout à l'autre, et se conclut sur le Erotic Neurotic des SAINTS, seule cover de l'album.
Deuxième révélation du label, THE BONES (Suède, le label hébergeant pas mal de groupes nordiques), représentent l'illustration parfaite d'une jam entre Social Distortion et les Backyard Babies (ce qui n'est pas contre nature, les seconds ne manquant pas une occasion d'exprimer la vénération qu'ils ont pour les premiers !).Grosses guitares, quelques touches plus 50's rock'n'roll de temps en temps et un chant à la Mike Ness, ils ont sorti un album sur P.L.Y., ainsi qu'un 10'/mini Cd et un split 7' avec les DAYBREAK BOYS. A suivre avec attention.
Dans le genre furieux, le 10'/mini Cd d'AEROBITCH n'est pas mal non plus. 7 titres dont 2 covers (encore les Saints avecKnow your Product, et AC/DC pour High Voltage), les Madrilènes ont sans doute signé ici leur disque le plus abouti, tant au niveau des compos que de la production.
Comme nous vous le disions, le label héberge aussi pas mal de stoner rock. On peut citer parmi les plus convaincants BLIND DOG, double Lp/Cd au son sursaturé et l'une des plus belles pochettes du label, LOWRIDER (Scandinavie encore) qui, outre leur album, partagent un split Lp avec NEBULA, RED AIM (un Lp et un 10'), SUNRIDE ou encore SANTORO.
People like you est aussi à l'origine de l'édition des 3 Lps des FRANKENSTEIN DRAG QUEEN FROM PLANET 13 (le nom dit tout, mix des Misfits et des Groovie Ghoulies), et a pris en charge l'édition européenne du deuxième album de DUANE PETERS AND THE HUNNS. En revanche, le single ne semble pas avoir les faveurs du label, puisqu'on ne trouve pas à ce jour plus de quatre références au catalogue.
Pour 2002, le label annonce l'album des REVOLVERS (très bon groupe dans la lignée Heartbreakers / Devil Dogs), ainsi qu'une compilation-best of d'ADAM WEST couvrant la période 1993/1999. Un bon label européen à creuser et aux prix corrects. Pour plus de précision, un site est accessible, même si sa mise à jour n'est pas très régulière.

Big B.

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At the Drive In - Relationship of Command

At the Drive In - Relationship of Command - Grand Royal

Habitacle renforcé, vitesse programmée, radio aseptisée, yeux au vide rivés, apathie consommée. Sur la route des décibels, cet automne fleurait bon l'hibernation jusqu'à ce que le train-train déraille... l'arrêt At The Drive-In redonne tout son sens au voyage et les yeux n'en croient pas leurs oreilles : I write to remember 'cuz i'm a million miles away ; le 3e album des texans (originaires d'Hell Paso...) raisonne comme une ode à la saturation intelligente. Le cri est déchirant, jouissif et sans retenue ; pareil (niveau timbre) à la rage communicative d'un Ian Mackaye, préposé au tonnerre de Minor Threat à Fugazi. Hard core feu aux poudres, guitares ciselées, chant jusqu'au-boutiste, énergie brute et recherche mélodique ; ma platine a la tête qui tourne au delà du raisonnable tant ce disque si salutaire ne veut plus la quitter. Orphelin de Pez Ner, il me faudra migrer aux Transmusicales pour revoir le groupe foudroyer une scène... ou attendre le printemps et la prochaine tournée. Juste un foutu hiver à passer. A recharger les batteries At The Drive-In.

zine

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High Fidelity
High Fidelity / Haute Fidelité

Est-ce parce que je suis malheureux que j'écoute de la pop, ou est-ce à force d'écouter de la pop que je suis devenu malheureux ? , c'est la première question qui vient à l'esprit de Rob, le disquaire anti-héros de High Fidelity, lorsqu'il apprend que sa copine le plaque.
On pourrait penser qu'un scénario basé sur la dissection minutieuse de l'âme d'un garçon totalement immergé dans la pop-culture manque un peu de rebondissements. Mais la principale haute-fidélité de ce film est le respect du ton du livre de Nick Hornby, brillamment reproduit au travers des " confessions " que son personnage nous fait, face à la caméra, durant tout le film.
Je vois déjà les collectionneurs monomaniaques champions du vinyl dresser l'oreille. " enfin un film pour nous, qu'on pourra déguster comme nos galettes. en solitaires. ". Que nenni, messieurs !
Bien sûr, plutôt que d'utiliser ses connaissances musicales comme bande originale de son existence, Rob semble plus souvent vivre sa vie comme une illustration de son Top Five du moment. Lorsque, pour tenter de comprendre son dernier échec, il se lance dans une analyse de son passé amoureux, on le sent déstabilisé. Mais dès qu'il regagne sa boutique, auprès de ses deux acolytes (impeccables seconds rôles), il apparaît aussitôt moins vulnérable, plus solide. Ce qui donne lieu à maintes scènes jubilatoires, durant lesquelles vous ressentirez sans doute quelques sensations de " déjà vu ", en particulier grâce à une bande son extrêmement soignée, qui des Kinks à Stereolab (en français dans le texte), en passant par le Velvet, 13th Floor Elevators ou The Beta Band, doit forcément toucher l'une de vos cordes sensibles.
Pourtant, les angoisses contre lesquelles Rob se débat pourraient aussi bien être celles de n'importe quel comptable, ingénieur, ou boucher approchant la quarantaine (bien que sa maman semble penser que sa vie affective serait toute autre s'il exerçait un " vrai " métier). Comme le dit John Cusack, qui semble s'être totalement immergé dans le personnage si l'on s'en réfère à sa splendide interprétation, n voit sans cesse ces quarantenaires qui ont refusé de grandir, qui se dégarnissent, mais portent une queue de cheval, et ratissent les clubs pour lever des nanas. Personne ne veut leur ressembler, et pourtant, on a du mal a abandonner des fantasmes dont on croit qu'ils peuvent nous propulser 24 h par jour. Et donc, on est toujours insatisfaits. Pour grandir, il faut abandonner de vieilles habitudes, et s'investir émotionnellement avec quelqu'un que l'on aime, pour parvenir à une relation certainement plus profonde, plus enrichissante. Malgré tout, c'est difficile de résister au désir d'être avec une nouvelle fille. Et Rob devient donc ce type de héros qu'on affectionne, parce que tellement " normal ". Sentimentalement paresseux, cynique, amer. et profondément romantique.
Du coup, ça semble être une bonne idée d'emmener vos douces voir ce film. En plus du charme de Cusack qui ne les laissera sans doute pas de marbre, elles vous seront forcément reconnaissantes d'avoir levé un coin du voile à la fois sur ces sentiments contradictoires qui vous agitent peut-être, et qui les rendent souvent perplexes, et sur la teneur de ces lieux que vous hantez d'habitude sans elles.
Bien sûr, plus question après ça d'enregistrer innocemment une cassette pour une copine. Mais il faut toujours voir le bon côté des choses : grâce à High Fidelity, il se pourrait bien que la clientèle des disquaires se féminise dans les prochaines semaines.

Mrs Tyresome

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The Mooney Suzuki – People Get Ready
Mooney Suzuki - People Get Ready - Estrus

Voilà un album atypique, car la musique des Mooney Suzuki est un creuset où se fondent de très nombreuses influences musicales qui viennent de domaines assez variés : les Who (c'est le nom le plus évident quand on les écoute), la Power Pop, le glitter, les Headcoats et un soupçon de MC5. Donc un album difficile à classer, ceci faisant bien sûr tout le charme de ce groupe. En effet il est dur de dire en écoutant cette musique que c'est du déjà entendu. Parce qu'il y a peu de groupes Mod qui sonnent comme ça. Difficile d'imaginer que les Mooney Suzuki n'aient pas mis la main sur des disques de Hc, de Noise et de Blues maladif (l'intégrale de chez Fat Possum Rds, des 68 Comeback, Oblivians, Gories).
Avec sa saveur typique de la 1ère moitié des 70's cet album nous éloigne de la production habituelle du Garage 60's ou Hard Punk 70's. Là, franchement, il y a une vibration Soul dans ce disque (orgue, piano, harmonica dans les arrangements) qui fait un bien fou.
Ce disque est vraiment savoureux avec ce qu'il faut de grandes chansons, de mélodies subtiles, de changements de rythmes savants, de chœurs efficaces, d'énergie dans l'exécution. le tout exécuté par un groupe inspiré et un chanteur habité.
Cette musique, ce panachage de musique apporte vraiment quelque chose, une nouvelle voie à explorer, une vision moderne de ce que nous aimons, loin des revivalistes confies dans leurs traditions imbéciles. Une musique vivante, vibrante, novatrice (dans une certaine mesure) qui fait du bien aux oreilles, à l'âme et au cerveau. Tant qu'il y aura des groupes comme celui-ci, peut-être y aura-t-il encore de l'avenir pour le Rock.

Bertrand Tappaz

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The Von Zippers – Blitzhacker
The Von Zippers - Blitzhacker - Estrus Rds

Donc même si je ne saurai pas vraiment dire pourquoi mais depuis déjà pas mal de temps je ne m'intéresse plus beaucoup à la musique. Saturation, vieillissement, faiblesse de la production ? Peut être un peu des 3. Et pourtant j'ai essayé, j'ai écouté plein de trucs différents, récents ou anciens, dans plein de styles différents, et il me faut dire qu'à par une bonne sélection de 45 tours ska et rock steady jamaïcain des 60's et bien sûr les JAM, il n'y a rien qui m'a vraiment branché. Et puis je suis tombé sur une bombe (à peu près en même temps que le Boogaloo des SSB) ! Le Blitzhacker des Von Zippers, un trio Garage Punk des plus basique, mais putain que ça fait du bien.
Les Von Zippers sont réputés être un groupe de scène des plus sauvage qui perpétue la tradition des déguisements dans le Teenage Punk ; puisqu'en adéquation avec leur nom, ils attaquent leurs concerts avec des uniformes allemands de la 1ère guerre mondiales. Mais là ce qui compte c'est ce disque, Blitzhaker n'est pas le 2ème album du groupe mais une compilation de titres parus sur des singles, split EP et compils. Bon moi j'avoue que le 1er album des Von Zippers m'avait assez déçu, je ne l'avais pas trouvé à la hauteur du buzz qui entourait le groupe dans le petit monde du Garage Punk. D'ailleurs beaucoup était de mon avis, préférant les 1ers enregistrements des Zippers. Ceux-ci sont partiellement compilés ici, parmis 15 titres mortels ! ! ! Bon à la décharge du groupe par rapport au relatif échec artistique de leur 1er album, il faut savoir qu'avant l'enregistrement de celui-ci ils ont perdu leur organiste et se sont brutalement retrouvés à 3. Or de l'avis général ce qui faisait la force des Zippers, s'était le combat entre la guitare et l'orgue. Le mélange insidieux de Teenage Punk 60's tirant vers le frat rock et les assauts de la guitare connectée Punk et Detroit Sound.
Avec ce Blitzhacker sur presque la moitié des titres on a le 'retour' de l'orgue (puisqu'il s'agit pour la plupart des premières sessions du groupe qui sont réunis là), et c'est vrai que la confrontation avec la guitare fait mal. Très mal. On en prend plein les dents avec un son unique. Car derrière un style plutôt minimaliste, la confrontation entre les 2 pôles de l'influence du groupe (le 60's sound et les late 70's) fait un malheur et offre sans doute un des meilleurs résultats du genre. Sur les titres en trio la guitare fait des trucs extraordinaires (gimmicks, grigris, mini mélodies, riff.), sur une rythmique intraitable, sobre et simple, avec par-dessus une voix qui donne énormément de cachet aux Von Zippers.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, on croirait un véritable album tant il y a une unité de ton et de son (tous les titres ont été enregistrés au même endroit, ça aide). Les titres sont enchaînés sans temps morts entre les chansons, ce qui à mon avis est un risque car cela peut créer une certaine lassitude chez l'auditeur. Mais là, pas de problèmes car ce disque TUE ! ! ! Comme une rage de dent !

Bertrand Tappaz

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Nashville Pussy – High as Hell

Nashville Pussy - High As Hell - TVT

Au verso de la pochette, où Ruyter et Corey s'exercent à la fumette au milieu d'un magnifique lit en forme de cour, un examen plus poussé du volume jouxtant le 7" des Hookers vous révélera qu'il s'agit du fameux best-seller, la Holy Bible. L'amour du kitsch aurait-il conduit les Pussy à se convertir au christianisme ? Ne note-t-on point, à l'intérieur dudit album, la présence rassurante d'un révérend auprès d'un condamné à la chaise capitale (les Américains ont toujours eu un faible pour les Barbe-Q), ainsi que la figure ô combien charismatique de M. Cartwright en Christ sur le chemin du Calvaire ? Les titres n'évoquent-ils pas à plusieurs reprises la peur de l'enfer (voir le titre de l'album, ainsi que les chansons deux, six et huit) ? Blowjob from a Rattlesnake ne nous avertit-il pas du venimeux péril qui naguère expulsa Adam des jardins de l'Éden ? Qui peut nier que Struttin'Cock ne dénonce l'orgueil du coq qui, par trois fois, amena Pierre à renier le fils de Dieu (Mt 26, 69-75) ? Et qui, mes frères, serait aveugle au point de ne pas voir dans Piece of Ass un hommage à l'âne qui, auprès du bœuf et des mages, assista à la naissance de notre Sauveur dans cette humble étable de Bethléem ? Et tout ça me mène à cette conclusion : High as Hell est un sacré moment musical. Plus charpenté, plus calibré (ce n'est pas un vain mot quand on connaît l'amour bien pardonnable que M. Cartwright porte aux armes à feu, confronté à pareil monde de violences) mais aussi plus serein (n'a-t-il pas cette fois, réjoui par la bonne parole, le " sourire aux lèvres " ?) que l'album précédent (Laissez -les manger leurs chats - une référence vengeresse à l'une des dix plaies d'Égypte qui condamna celle-ci aux rats et à la peste), High as Hell est un chapelet de douze perles d'égale beauté et pourtant d'une remarquable diversité : en témoignent des partitions aussi joyeuses et cadencées que celles de Wrong Side of a Gun, Rock'n'Roll Outlaw, qui vous invitent à courir parmi les rues apporter la bonne nouvelle, ou celle, plus triste, plus lente, mais tout aussi belle, de Go to Hell, par laquelle le chanteur, de sa voix éraillée, émue, chante l'angoisse que tout chrétien nourrit envers l'enfer. C'est donc ainsi qu'il faudra lire le message inscrit sur le navire en perdition à l'intérieur de la pochette, " angus ", comme l'appel angoissé d'un de l'homme naufragé à l'adresse de la miséricorde divine. Avec un tel album, qui si bien sait avec joie et ferveur chanter la déréliction, que nos amis soient rassurés : Dieu, cela va sans dire, leur réservera son nuage le plus douillet.

Révérend O'Saison

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Tim Kerr
Tim Kerr - Interview

Musicien avec les Big Boys, Poison 13, Bad Mutha Goose and the Brother Grimm, Jack o' Fire, aujourd'hui membre des Lord High Fixers, King Sound Quartet et Monkeywrench...Producteur / Ingénieur du son pour Sugar Shack, Mooney Suzuki et des dizaines d'autres...Travaille main dans la main avec " The Texas Punk Guerrilla "…
Tout d'abord , laissez moi vous dire que le dernier album de Lord High Fixers " Is Your Club a Secret Weapon " est sans doute un des meilleurs albums que j'ai entendu depuis " Apocalypse Dudes " ( Turbonegro ), " My Favourites Things " et " Ole " (John Coltrane), " Let My Children Hear Music "( Charles Mingus), " No Sleep 'Till Hammersmith "( Motörhead), " High Time " et " Kick Out The Jams "( MC5), avec un peu d' Erik Satie pour faire bonne mesure..Sans oublier " The Psychedelic sound of the 13th Floor Elevators ". La comparaison devient évidente morceau après morceau, c'est réellement de la " High Energy Music ".
Le choix des covers est impeccable, ils ont les moyens de reprendre des morceaux pas faciles à rendre comme le " Young Man Blues " de Mose Allison, " Save my Soul " de Wimple Winch, " Everybody got Something to Hide. " des Beatles, ou encore le " Just Let Go " des Seeds. C'est bien là qu'on peut juger de leur capacité à marquer ces morceaux de leur son et de leur inventivité, sans pour autant oublier l'incroyable identité " Texas Punk Energy " qui les caractérise. L'album est un condensé de sauvagerie garage, bourré de larsens et de feedback, puisant ses racines dans la soul et le jazz, n'hésitant pas à utiliser des samples et des scratches comme pour rendre le plus terrifiant possible cet enchaînement de morceaux aussi imparables les uns que les autres.
Comme le dit Tim Kerr : " Nous sommes tous très fiers de cet album ".

Merci d'avoir accepté de répondre à nos questions

Hey, savez-vous que Monkeywrench joue à Londres les 27 et 28 mai au Borderline ?

Nous avons découvert Poison 13 en France grâce aux pressages locaux de MUSIC ACTION. Comment le contact s'est-il fait ? Ces disques étaient ils pressés aux USA à ce moment-là ?

C'est le label d'Austin qui avait sorti les disques ici qui s'est occupé du deal avec Music Action. Je ne sais plus comment la connexion s'est faite ni qui a contacté qui, mais le fait que le boss du label travaillait chez le disquaire indépendant d'Austin a certainement facilité les choses, de même que le succès au même moment de Dino Lee (d'Austin également) chez vous.

Ces deux albums ont-ils marché en Europe ? Avez-vous eu des relevés de vente ? Avez-vous eu l'occasion de venir tourner en Europe pour faire la promo de ces albums ?

Eh bien. (sourire). tout d'abord, je n'ai aucune idée du nombre de disques qu'on a pu vendre. En fait ce n'est pas du tout pour ça que je fais de la musique. Je ne critique pas le fait d'être au courant de ce genre de choses, ça ne m'intéresse simplement pas. J'ai un travail à plein temps, donc je ne me sens pas concerné si mon expression artistique génère de la trésorerie. (sourire). Poison 13 n'a en fait joué qu'au Texas et en Californie. Au Texas, nous n'étions pas vraiment appréciés, car c'était en plein dans le boom du hard core, et nous jouions parfois très lentement, toujours très bourrés, toujours très fort, et en plus c'était du blues ! Un comble pour un groupe punk texan à ce moment-là. Hated and proud !

Qui est Spot, crédité comme producteur sur le premier album, et remercié dans les crédits du second ?

Spot est celui qui a produit la plupart, sinon tous les groupes SST. Black Flag, Minutemen, Hüsker Dü, Meat Puppets, etc. C'est un très bon ami. Nous nous sommes rencontrés lors de sa venue pour produire le groupe dans lequel je jouais The Big Boys. Il est venu habiter à Austin au début des années 80, et nous sommes toujours très liés. Nous avons enregistré et mixé le premier album de Poison 13 en une nuit, en comptant les deux heures que nous avons passées à boire avant de faire tourner le magnéto. J'ai beaucoup appris de lui.

Existe-t'il des inédits de Poison 13 ? Pourquoi le second Lp est-il si court ? Jouiez-vous d'autres reprises sur scène que celles que nous connaissons sur disque ?

La quasi totalité de ce que nous avons enregistré est disponible aujourd'hui entre la réédition Sub Pop et le double 45 T sur Estrus. Je pense que le deuxième album devait en fait être un Ep. (sourire)... Nous jouions des morceaux des Stooges, de Johnny Thunders, Joy Division, et bizarreries du même tonneau... Nous savions en jouer certaines, d'autres non . (sourire)

Où et quand la rencontre avec Mark Arm et Steve Turner de Mudhoney a généré The Monkey Wrench ?

Nous nous sommes rencontrés lors du concert de Mudhoney à Austin. Ils étaient de grands fans de Poison 13, et quand Mark a su qu'il me restait un tas de morceaux que Poison 13 n'avait pas enregistré en raison du split... Il a sauté sur l'occasion, et ces morceaux ont constitué le premier album de Monkeywrench. Nous nous sommes reformés récemment, avons enregistré un nouvel album, et nous donnons des concerts.

Les Lord High Fixers vont-ils venir jouer en Europe ?

Non...les Lord High Fixers ont donné leur dernier concert en mars, quasiment le jour même du premier concert de la tournée Monkeywrench.

Que penses-tu du " Who will save rock and roll quest "? Depuis quelques temps, l'énergie et la sincérité sont à nouveau présentes dans un grand nombre de groupes, qui de plus bénéficient d'une bonne production.

Je pense que chacun doit se prendre en main pour son propre salut... Mais si tu n'es pas dedans à 110 %, quel intérêt ?

Y a t'il des projets avec In The Red Rcds ?

Un autre album de Lord High Fixers paraîtra sur In the Red... une sorte de suite à " Is your club a secret weapon ". il est déjà enregistré, je vais juste faire le montage final des morceaux. Je fais également un truc avec Alex (Blacktop, King Sound Quartet) et Lisa des Bellrays au chant, qui s'appelle the Now Time Delegation. Larry sort également un single de Monkeywrench.

Qu'écoutes-tu beaucoup en ce moment ?

J'ai récemment enregistré the Mooney Suzuki. Ils sont réellement impressionnants, un peu comme si les Makers s'étaient profondément inspirés du Live at Leeds des Who. Fireballs of Freedom sont aussi très bons. J'aime également beaucoup un groupe italien qui s'appelle 2 Bosmaniacs, et les Fatal Flying Guillotines. À part ça, les trucs que j'écoute le plus en ce monent sont the Art Ensemble of Chicago, beaucoup de singles de soul,John Coltrane, la rétrospective Mudhoney, Soledad bros., et the Horrors. Sur scène, mes groupes préféres sont Mooney Suzuki, Fireballs of Freedom, Arkistra.

Le nouvel album des Lord High Fixers est sortie en 1999. À ce moment-là, vous étiez influencés par des styles très différents. Était-ce un changement radical pour le groupe ?

Pas vraiment...pour les gens qui nous / me connaissent, cet album est complètement logique. Il illustre l'ensemble de nos personnalités et de nos influences.

Penses-tu que ce soit un album idéal pour toucher un public plus large ?

J'aime vraiment beaucoup ce disque, mais encore une fois c'était une forme d'expression sincère qui n'était pas motivée par les ventes possibles. De mon point de vue, le principe est de donner le meilleur de soi-même, et de faire passer son message par tous les moyens. Si le public est au rendez-vous, c'est encore mieux.

L'album contient des extraits de discours de révolutionnaires américains célèbres, noirs ou blancs, ainsi que des interventions de grands musiciens noirs. Pourquoi cela ?

Ce ne sont que des références qui nous rappellent l'importance de rester ouvert, en musique et dans la vie. Rien ne nous oblige à rester dans le moule, et le fait d'en prendre conscience nous donne la liberté d'être nous-mêmes, et de trouver notre propre forme d'expression.

Dans les années 90's Poison Idea a enregistré "Harder they Come" parmi d'autres excellentes reprises sur l'album "Pajama Party" paru sur Tim Kerr Records, puis Antiseen a repris "(Don't Worry) If There's A Hell Below, We're All Gonna Go" de C.Mayfield, ainsi que "Space is the Place" de Sun Ra, que le King Sound Quartet joue également sur la totalité de la face B de l'album "The Get-Down Imperative". Qu'y a t'il derrière tout ça ?

Tout d'abord, je n'ai rien à voir avec Tim Kerr Records. Il y a eu beaucoup de malentendus à ce propos, la plupart étant alimentés par le label lui-même. Certains groupes du label pensaient même qu'il s'agissait de moi ! Quant aux reprises, ce sont de grands morceaux qui permettent de détruire la légende selon laquelle l'appartenance à une " tribu " dicte tes goûts musicaux. Une fois de plus, il est beaucoup plus sain et drôle d'écouter tous les styles de musique, et de trouver les rapports qui peuvent exister entre eux. Les musiques qui ont une âme se feront toujours entendre !

À propos d'Antiseen et the Confederacy of Scum, les connais-tu ?

Non, pas vraiment... Antiseen a joué avec un de mes groupes précédents, Bad Mutha Goose à Philadelphie. Ils étaient très sympas, et m'ont posé plein de questions sur Poison 13 et Roky Erickson.

Qu'est ce que la Young Lions Conspiracy ? Comment s'investissent-ils ?

C'est un groupe qui prône une attitude de diversité en musique, et dans la vie . Comment s'investissent-ils ? En plantant de l'herbe !. (sourire)

Tes meilleurs souvenirs avec LHF ?

Jouer pour la première fois dans des endroits et prendre le public par surprise ! Un de nos concerts a duré quatre morceaux avant destruction totale du matériel ....

Le pire ?

Réparer le matériel après chaque concert. (sourire).

Qu'est-ce qui t'effraie le plus dans ce monde ?

La musique de merde sans âme, et l'attitude qui l'accompagne est complètement effrayante.

Finissons avec une situation extrême. S'il ne devait te rester qu'un disque, lequel choisirais-tu ?

John Coltrane... Africa sessions
Faîtes quelque chose! Réagissez ! Montez un groupe, un fanzine ! Respirez ! Existez !

A Square 333 & Big B.

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the Chevelles
The Chevelles

Originaires de Perth, sur la côte ouest australienne, nés en 1989 de l'union de Duane Smith (guitare, chant), Richard Lane (guitare, chant), Jeff Halley (bassiste, chant) et Guy Douglas (batteur), les CHEVELLES appartiennent à la catégorie power-pop, alternance de morceaux nerveux et coulés, gonflés en harmonie de voix. L'écriture des titres est partagée entre Duane Smith, pour les morceaux " carton ", et Richard Lane, spécialiste du mid-tempo et des chours en abondance.
Ils apparaissent pour la première fois en concert à Perth en janvier 1990, suivis de près par leur 1er Ep (août 1990) Be My Friend / She Don't Come Around. Ils conservent le rythme avec une nouvelle séance au Plant Studio fin 1990, pour délivrer en mars 1991 un mini-Lp Kids ain't Hip de cinq titres (Show me your Love, Tracee Lee, First time, Hold on) sur Mushroom. Le public prend conscience de la qualité du groupe, d'autant que la formule power-pop fonctionne à plein régime.
Il faut cependant attendre début 1992 pour que les CHEVELLES apparaissent en Europe, avec la sortie début 1992 d'une compilation Cd regroupant le premier Ep et le mini-Lp, auxquels s'ajoutent trois inédits (Run and Hide, Elroy, et Deceivin) enregistrés en 1991 sur Survival, label belge. Le même album sort en Australie, sur le label Zero Hour, avec trois inédits supplémentaires (Find my Way Out, Red Dress, et Can't Stop), séduisant dans les eux cas l'ensemble de la presse.
Début 1992, Adrian Allen remplace R. Lane (viré ?). Il compose et chante ses morceaux en alternance avec Duane Smith. Les CHEVELLES participent, sur le label espagnol Munster, à un album hommage à ALEX CHILTON, ainsi qu'à un tribute aux PLIMSOULS sur Zero Hour. Leurs influences demeurent, de leur propre aveu, les HOODOO GURUS, les SMITHEREENS, les SHOES et les REPLACEMENT. Ils rêvent d'être produits par le chanteur des REPLACEMENT, PAUL WESTENBERG, l'une de leurs idoles.
Forts d'une nouvelle formation, les CHEVELLES rentrent en studio au printemps 1992 pour l'enregistrement d'un nouvel album. Les premières sessions au Planet studio sont prometteuses, un premier Ep trois titres (Girl for me, Valentine et On My Mind) voit le jour en été 1992, avec le premier titre signé d'A. Allen, qui tranche avec les morceaux percutants de D. Smith. Le groupe semble avoir trouvé un bon équilibre intéressant, et le renversant Valentine restera le tube parfait de l'été. En avril-mai 93 sort chez Survival un Cd quatre titres avec une nouvelle version de Show Me Your Love, une reprise des suédois BACKDOORMEN Out My Mind, ainsi que deux morceaux inédits Memories, bien formaté pour les radios, quoiqu'un peu poussif, et Dissolved, inédit d'Allen, efficace. Quelques mois plus tard paraît enfin le véritable premier album Gigantic, impatiemment attendu, qui laisse tout d'abord une impression plutôt mitigée. Production f.m.isée, pas assez de rentre-dedans, il semble que les dix titres soient plus pop que power. On retrouve trois titres sortis auparavant sur les derniers Eps, (Memories, Valentine et Girl for Me).
Seule, une tournée permettrait de mieux jauger l'album. Elle se concrétise fin 1993, avec les SCREAMING TRIBESMEN et les SCREAMING FEEDER. Le 1er décembre 1993 arrive la date fatidique pour le concert, à l'entrée on nous remet un Ep gratuit promotionnel comprenant un inédit Can't Pretend, parfait, avec des choeurs partout. Le problème de trois groupes à l'affiche pour un même concert, c'est la durée pour chacun. Le premier à prendre d'assaut la scène, ce sont les SCREAMING FEEDER, pour un set sympathique et percutant devant un public clairsemé. Arrivent ensuite les CHEVELLES, en grande forme, avec un D. Smith très " smart ". Ils entament le concert avec un Show me your Love endiablé et une pêche d'enfer. À noter un bon son, avec un groupe bien en place : la " classe " ! Les nouveaux morceaux prennent une nouvelle dimension (Murder on my Mind, Memories, Dreaming, Understand, et surtout Valentine : grandiose).Quelques titres du premier album sont également joués (She don't stop, Elroy) auxquels viennent s'ajouter des inédits (Perfume et Playground), et une reprise (For your Love, des YARDBIRDS). Comme prévu, un set bien court, seulement treize titres joués mais efficacité et puissance étaient au rendez-vous : jouissif en un mot. Un pur moment de bonheur qui allait tourner au cauchemar avec les SCREAMING TRIBESMEN, plus hard-rock que jamais à mon grand désespoir de fan d'antan. Accompagné de mon Ep, je rentrai satisfait de ma soirée.
Durant l'hiver 93-94, Survival sort une compilation de groupes australiens ne comprenant aucun inédit des CHEVELLES. De son côté, R. Lane, après son départ, forme les ROSEBUDS à Sydney. À ce jour, seulement en Ep et un Ep Cd ont été publiés. Le premier, " Almost feel the Sand ", contient des instrumentaux de surf hawaïen. Le Cd " Play the Passion Revue " lui est plutôt " groove-jungle " à la Rickenbaker. Il est rappelé que ces deux disques restent introuvables, et que le groupe est en stand-by. Pas de nouvelles des CHEVELLES jusqu'en 1996, avec la sortie d'un nouvel album Rollerball Candy sur le label espagnol Running Circle, suite à la disparition de Survival (Running subira le même sort quelques mois plus tard, ce qui pénalisera encore un peu plus le groupe). Pour ce nouvel album, on note un changement de batteur avec l'arrivée de J. Buckland. Il comprend quinze titres, huit sont écrits par D. Smith et cinq par Allen, et deux reprises (For your Love et 8675309). À la première écoute, on note la faiblesse de la production, il faut monter le niveau sonore de la chaîne pour bien capter l'album. Cela n'enlève rien à la qualité des titres, alternance de pop et de speed dans la lignée du groupe. Un fois de plus, grosse déception pour la production, le point noir du groupe. Peut-être qu'un jour, ils bénéficieront d'une production digne de leur valeur.
Deux ans s'écoulent sans nouvelles (pas de tournées et quelques concerts australiens). Juin 1998, pour faire patienter les fans, les CHEVELLES publient une compilation sur Spinning top At Second Glance. Cet album contient les titres phares agrémentés de morceaux sortis en b-side de singles. Rien de rare. En 1998, le groupe joue à Perth en septembre avec les Early Hours, accompagné d'un nouveau batteur Dave Shaw (ex-Stems). En France, est publié par le label Hellfire un Ep contenant quatre titres réenregistrés (Mesmerized, Rollerball, Out of my Mind, Delirium). Effectivement, la nouvelle production rend hommage à ces anciens titres. En 1999, Hellfire renouvelle l'expérience avec cette fois un split Ep comprenant deux titres chacun de CHALLENGER 7 et ROLLERCOASTER, groupe parallèle de D. Smith avec D. Shaw aux baguettes, le guitariste Amos Ferstat, MONTH SUNDAYS et le bassiste G. Maclean de SUPERSCORE. Le résultat a donné une session d'une nuit au Jericho Studio, les deux titres du split arrachent sec avec un côté power-pop affirmé (Kylie) et surtout les choeurs stoniens sur le deuxième (Six Million Dollar Men). L'album devrait sortir en Espagne sur le label Snaprecords, mais quand ? Toutefois, un autre morceau doit figurer sur une compilation du label japonais 1+2 records Beat Party, en compagnie des CHEVELLES avec un titre inédit Do you Remember. En cette année 2000, les nouvelles sont plutôt fastes, avec la sortie d'un nouvel Ep six titres sur Zip records au USA et Spinning Top en Australie. Un album sortirait plus tard dans l'année et de plus un titre sur une compilation allemande du label Screaming Apple est prévue.
Voilà ce que l'on espère n'être que la première partie de l'histoire des CHEVELLES, et que l'avenir leur apporte la reconnaissance qui leur est due.


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The Dwarves – Come Clean
The Dwarves - Come Clean - Epitaph

Cet article est exclusivement destiné à ceux qui n'ont pas acheté l'album pour la pochette : les autres se rabattront sur le site Carabruce.net, où les deux modèles sont présentés sans mousse et avec le sourire.
Quant à ceux que le nanisme fascine, qu'ils consultent dès à présent la filmographie du Magicien.
How it's done n'a, fort heureusement, rien à voir avec la conception de nains, mais opère la genèse de la fabrication de tout bon album punk-rock. Aussi pouvons-nous répondre sans plus d'atermoiement : les Dwarves savent faire. Pour le coup, ils auraient même dégoté la recette de la potion magique tant Come Clean incarne le cocktail parfait de spontanéité et de sophistication. Ultra produit, fourmillant de bidouillages technoïdes (d'où leur version de Big Balls d'AC/DC sur a compilation Reptilian Rds), cet album - aussi bref (21 mn) que dense - ne perd par miracle rien de la nervosité et de la hargne requises. Une sorte de déménagement hi-class. En ce sens, Over You est un feu de barrage mi-techno mi-punk qui n'est pas sans évoquer des morceaux (en plus rapides) du Stereo des Sator : et si Come Where The Flavor Is évoque aussi bien le Cold Rock hi-tech que la ballade, Deadly Eye pète les plombs et finit dans le déluge supersonique type Concorde en fin de carrière. Better Be Women donne du fil à retordre à NO FX époque White Trash - impossible de ne pas frémir des arpions, et, zum beispiel, Production Value achève sur une note d'ironie ce premier et flamboyant chef d'ouvre du Post-Punk sur une comptine 60's teenage à faire pleurer l'Orbison. Comme quoi on peut tout révolutionner sans oublier ses racines, et s'immerger dans un bain de jouvence sans se départir de la merveilleuse crasse originelle.

L'O.S.

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I wish it could be 1965 again

Il y a encore quelques mois, je priais tous les saints pour que quelque chose de neuf arrive dans la musique, l'arrivée d'une espèce de vague "techno-punk" semblait être en mesure de répondre à cette attente. Il faut avouer que cette attente est loin d'avoir été comblée. En dehors d'ATARI TEENAGE RIOT sur lesquels je n'arrive pas trop à me prononcer, c'est un peu la déception, la palme revenant à EC8OR et à leur désastreux concert du jour de l'an au PEZNER. C'était pathétique, pire encore avec le recul. Vide, sans substance, une espèce de pantomime sans relief. En fin de compte, je m'en fous, Tim Warren a sorti une série absolument fabuleuse de compilations 60's punk et je m'en gave complètement. Tous les volumes que je me suis procurés ne sont pas tout à fait aussi parfaits les uns que les autres mais il y a vraiment des perles. Incroyable de sortir des compilations de ce niveau après toutes ces années de rééditions forcenées. Et le son... LE SON. Il vaudrait un paragraphe entier. Il y a des types qui semblent avoir fait la synthèse de toutes ces choses qui me hantent, me retournent le cerveau sans répit. Je vous ai déjà parlé d'eux dans le dernier numéro, il s'agit des LORD HIGH FIXERS. Ils promettent la révolution, les âmes mises à nu, les cœurs ouverts... A coup de Fuzz, sortis de Quadrophenia, des BIG BOYS et de POISON 13. Une espèce de rencontre entre un Biafra sous acide, John Sinclair des MC5 et Sean Bonniwell. Ca cisaille Chuck Berry pire que les GERMS et ça vous calme ensuite à coup de poésie et d'orgue Hammond. C'est énorme, sale, putain de classe. Des Mods pour ainsi dire. Des MODS ! When the revolution comes... C'est le titre d'un des albums que je me suis procurés d'eux cette année. Toujours leur mélange Mod-Blues-Garage-Punk mitraillé à la fuzz. Le disque en question est sorti chez Au-go-go mais il ne m'a pas été possible de savoir quand. Il est excellent, comme tout ce qu'ils ont sorti jusqu'à présent. Très touffu au premier abord, ce qui peut éventuellement effrayer le nouveau venu (Tous les morceaux commencent et terminent par un larsen de fuzz !) il se révèle ensuite riche et varié. On y retrouve même deux morceaux d'anthologie remaniés à leur sauce, à savoir Born loser de MURPHY and The MOB et ce que je crois être Fuck you de D.O.A. qui m'a d'ailleurs donné envie de me replonger dans leurs gigantesques deux premiers albums (Hardcore 81 et Something better change). Un autre tout nouveau Lp de L.H.F est sorti chez Estrus : Is your club a secret weapon ? Je ne vais pas vous sortir à nouveau la tirade... Lire au-dessus. Ce disque est vraiment fort. Mon préféré à ce jour avec références à Quadrophenia/Kerouac/Black Panthers/Dylan-avant-qu'il-se-transforme-en-citoyen-du-vatican... Il y a même le bruit d'un moteur de Vespa en intro d'un titre et une reprise des BIRDS anglais (un de mes groupes fétiches) et des SEEDS... THEY RULE.
Si vous êtes un lecteur assidu (existe t-il un tel spécimen ?) vous n'avez pas pu ne pas remarquer que LOOSE NUT a pris ces derniers temps un petit virage 60's punk... Virage pour le fanzine, pas vraiment pour moi. J'ai découvert ces trucs en 84, en achetant par erreur une compilation Back from the Grave en pensant qu'il s'agissait "d'un truc dans le genre des CRAMPS" à cause des morts-vivants façon Comic-books sur la pochette. Je ne m'en suis jamais débarrassé ensuite, pas moyen. Ce truc 60's punk-garage est à mes yeux une des formes de musique les plus pures qui soient. Des types dont certains n'avaient pas plus de 15 ou 16 ans, qui n'avaient pour exemple qu'une petite dizaine d'années de Rockabilly et de musique Surf et qui ont produit un des trucs parmi les plus dégénérés qui soient. Il faut se rendre compte de ce que signifiait avoir les cheveux longs en 1965 (Pire encore dans les états du sud, au Texas, au Nouveau-Mexique avec les pires beaufs qui puissent exister dans des endroits où il est encore conseillé de coller un autocollant "Harley-Davidson" sur son van quand on est un groupe punk en tournée).
En farfouillant, j'ai retrouvé quelques trucs qui donnent une idée de l'ambiance de l'époque. Punk in 1966... Une anecdote racontée par Sean Bonniwell de MUSIC MACHINE ... On avait super faim après un concert en Alabama alors on est entrés dans un restaurant 24/24. On portait encore nos tenues de scène (tous en noir) et on s'est assis entre cinq gros Rednecks et quatre shérifs. Les cinq costaux se sont mis à faire des commentaires sur nos coupes de cheveux et notre sexe et ça n'a fait qu'empirer. Mark (le guitariste) qui refusait de se laisser intimider commençait à "fumer". Les Rednecks essayaient de nous pousser à nous battre pour que les flics puissent nous embarquer. Finalement, après que nous ayons terminé nos sandwiches, les flics nous ont escortés dehors, revolver au poing et nous ont dit qu'on ferait mieux de foutre le camp de la ville. Mark est allé droit sur l'un d'entre eux, a mis la main sur le canon de son revolver, l'a regardé droit dans les yeux, et lui a dit "Ou vous vous en servez, ou vous le rangez ..." On s'identifiait totalement à ce look en noir. Après cet incident, nous étions "coagulés" les uns aux autres. On a vraiment commencé à jouer comme un seul après ça.
Punk in 1966 ... Une anecdote racontée par Randy Weber des SHERWOODS ... On était allés a Los Angeles en 68 pour jouer au Lenny Bruce memorial Rockfest et on était sur le retour quand on s'est arrêté tard la nuit à Junction pour faire le plein dans une station service. De l'autre côté de la rue, il y avait un "Dairy queen" devant lequel traînaient une cinquantaine de cowboys, assis à l'arrière de leurs pick-ups. Nous avions deux véhicules, un van et un break. Nous en avions quasiment terminé avec l'essence quand on a vu que les cowboys venaient vers nous d'un pas plutôt pressé. On a démarré les voitures et le dernier d'entre nous n'a eu que le temps de sauter dans le break par la fenêtre. On est parti comme des fous avec les voitures des cowboys à nos trousses. Dans la montée à la sortie de Junction, les cowboys nous ont rattrapés et Dave Francklin qui conduisait la voiture a cru que l'un d'entre eux avait un flingue alors il leur a fait faire une sortie de route et ils sont allés percuter un muret en béton. On a compris que les types allaient vraiment devenir fous alors on a accéléré à fond et à une intersection le van est parti dans une direction et la voiture dans l'autre. Les types ont divisé leurs forces, environ une douzaine de voitures, et ont continué à nous pourchasser. Il faisait noir alors David a éteint les phares du van. Les types se sont dit que si on était assez tarés pour rouler sans phares en pleine nuit, il valait mieux laisser tomber. Après qu'on se soit rendu compte qu'ils avaient arrêté de nous pourchasser, on a rallumé les phares et on a réalisé qu'on avait roulé à plus de 170 km/h dans le noir complet ! L'autre équipe dans le break s'est débarrassé de ses poursuivants en leur jetant dessus le contenu d'une boite à outils ! Dix ans plus tard, on a su pourquoi ces gars s'étaient lancés à notre poursuite : Mike Claxton a avoué qu'il leur avait fait "un doigt"... Si on l'avait su à l'époque, on l'aurait laissé avec eux !
Une époque où les hard-hats, les ouvriers, servaient de casseurs de manifestations pour les conservateurs... Lisez les paroles de Primitive des GROUPIES ... What you want, I'll never be, What I want, You'll never see ... de Good times des NOBODY'S CHILDREN, de Pushing too hard des SEEDS, de Point of no return de MUSIC MACHINE, de Riot on sunset strip des STANDELLS... Il n'y avait pas de précédent à l'époque, rien à copier ... Si vous croyez que ce sont les BEATLES ou même les ROLLING STONES qui ont pu inspirer tous ces groupes, essayez de trouver un seul de leurs morceaux qui sonne comme Fall of the queen des DESTINY'S CHILDREN, comme ceux des SONICS en 1966... Rien ne laissait présager un tel truc. Il y a un coté naïf chez certains de ces groupes qui est absolument fantastique. Pas de production énorme, pas de promo incroyable, d'attitudes calculées de pseudo-révolutionnaires à la ramasse. Juste de l'enthousiasme à revendre et une sérieuse envie de taper dans le tas. Franchement, qu'est-ce qui a pu par exemple donner l'idée à des types de San Antonio au Texas d'appeler leur groupe les STOICS pour sortir un 45t qui s'appelle Hate ? Depuis, la source ne s'est jamais tarie ... De DMZ ou des CRAMPS en 1977 aux MORLOCHS en 1985 en passant par les MUMMIES au début des années 90 et aux HENTCHMEN aujourd'hui, un flot continuel de groupes a continué d'apporter sa pierre à l'édifice.
Je ne sais pas exactement ce qu'écoutent les gens qui achètent ce fanzine mais je me doute un peu qu'un certain nombre d'entre vous n'ont jamais écouté de groupes de ce genre. L'accès n'est peut-être pas facile pour quelqu'un qui est habitué à écouter des trucs à la HELMET avec quinze couches de guitares enregistrées les unes par-dessus les autres. Les groupes de cette époque n'avaient que très rarement accès à de vrais studios. La majeure partie a enregistré avec des moyens inférieurs à ceux qu'utilise aujourd'hui n'importe quel groupe de série Z pour sortir sa première démo. Les batteries n'étaient pas reprises... Ca donne une idée. Pas forcément évident non plus de saisir l'esprit dans lequel jouaient les SQUIRES quand on est habitué aux hurlements de BORN AGAINST ou de MAN IS THE BASTARD. Il y a une démarche à faire.... Et vous risquez de vous y perdre à jamais si vous l'entreprenez... J'ai bien envie un de ces jours de faire une espèce de "Best of" des compilations 60's punk pour vous aider à faire le saut.
Pourquoi ne pas tenter l'expérience avec les SONICS sur lesquels je coince furieusement depuis quelques semaines ? A fond. Tous les jours. C'est énorme de classe, de furie... Et les albums viennent tous d'être réédités par Beatrocket / Sundazed et Norton. Tous disponibles avec des pochettes incroyables, des photos, bios détaillées... Imparables. Rien que pour lire leur histoire sur les deux disques sortis chez Norton, cela vaut le coup. Bourré d'anecdotes, de témoignages des membres, parfait. Et les morceaux ! He's waiting, The Hustler, Maintaining my cool, Shot down aux côtés des célèbres Cinderella, Strychnine, The witch ...Vous DEVEZ vous procurer ces disques.
Un autre truc à ne pas rater, THE HENTCHMEN, un trio américain qui a déjà sorti plusieurs disques mais dont je ne connais que le dernier en date Motorvatin'. Ils ont la particularité de ne pas avoir de bassiste... Juste un batteur, un organiste et un guitariste pour des morceaux simples, puissants, entraînants avec quelques progressions d'accords et changements de rythmes à en pleurer. Ils sont passés à Lyon et j'ai fait la connerie de les rater. Je m'en mords les doigts depuis. Ca devait être excellent.
Puisqu'on est chez Norton avec les SONICS et les HENTCHMEN, on va y rester pour parler des rééditions des PRETTY THINGS en 45t qui sont sorties cette année. Je ne sais pas s'il s'agit vraiment de titres qui étaient sortis en 45t à l'époque ou si ce sont des titres qui ont été sélectionnés pour être ressortis sous cette forme, il n'en reste pas moins que les disques sont Terribles... Les pochettes tuent vraiment. Je n'ai pas retenu tous les morceaux qui ont été choisis, ayant tous les disques des PRETTIES, je n'ai acheté qu'un seul de ces 45t, celui avec Midnight to six man et LSD et deux autres titres. Ces 45t sont un très bon moyen pour ceux qui ne connaissent pas le groupe de le découvrir à moindres frais. Les PRETTY THINGS étaient l'un des groupes les plus sauvages de l'époque, il n'y qu'à voir la photo au dos du disque pour s'en rendre compte. Reste que la musique qu'ils faisaient est si différente de ce qu'on entend par punk aujourd'hui qu'elle peut être déroutante pour un auditeur qui les découvre en 1999 ou en 2000. Pensez premiers disques des ROLLING STONES, 1964, pas Paint it black ou Jumping jack flash, et imaginez une version jusqu'auboutiste, exagérée, crue, rapeuse... Vous n'aurez encore qu'une vague idée de leur Musique...
Pour rester dans les rééditions, Sundazed a sorti un 45t de SIR WINSTON and THE COMMONS. Cette seule annonce devrait vous faire rôtir sur votre fauteuil si vous avez ne serait-ce qu'une once de bon goût. Quatre titres enregistrés entre 1966 et 1967, y compris l'inévitable, l'inoubliable We're gonna love et sortis à l'époque sur deux disques distincts. Si aucun des trois nouveaux morceaux déterrés n'arrivent au niveau de We're gonna love, il y a quand même de quoi faire un super 45t. Super emballage aussi avec notes de pochettes de l'illustrissime Jud Coste.
Parmi la marée de groupes surf qui a déferlé ces dernières années, il y en a un qui a retenu d'avantage mon attention, c'est THE SURF TRIO. Ils viennent de sortir un album chez Blood Red Vinyl qui s'appelle Fordidden sounds et qui n'est pas mal du tout. Comme leur nom ne l'indique pas, ils sont quatre avec occasionnellement un organiste (Bon point, j'ai plus qu'un faible pour le son des orgues électriques) qui apporte beaucoup à l'alchimie du groupe. Ils font une espèce de medley de morceaux vraiment surfs, d'instrumentaux fuzz-punks et de ritournelles parfaites à la early-60's qu'on aurait imaginées en génériques de feuilletons télévisés. Le tout pourrait paraître un peu indigeste mais ce n'est pas du tout le cas. Tout est vraiment bien foutu. L'ensemble reste très homogène. Du quatre étoiles.
Un truc sur lequel je suis plus réservé, c'est THE CROWN ROYALS, des instrumentaux Rhythm'n'blues joués par un groupe de Rock'n'roll. Ils sont très bons musiciens mais le disque manque un peu de consistance. Peut-être à écouter en buvant un coup entre amis mais ça reste faible. Chez Estrus.
Pour remonter le niveau, et pas qu'à moitié : Where the action is des CHESTERFIELD KINGS. Ils ont tout simplement refait le coup de leur premier album sorti en 80 ou 81 (!). 17 titres dont treize reprises, rien que des classiques, joués à la perfection par des orfèvres. On peut se questionner sur l'intérêt de la chose... Les CHESTERFIELD KINGS sont tellement bons qu'ils balayent toutes réticences... Leurs quatre originaux dont un écrit et joué avec Mark Lindsay de PAUL REVERE and The RAIDERS sont à la hauteur. Des classiques aussi ! (Soit dit en passant, Mark Lindsay est plus ou moins aux prises avec la justice qui lui interdit d'associer le nom de PAUL REVERE and The RAIDERS au sien... Un peu incroyable quand même). Il ne leur manque qu'un coiffeur pour ressembler à quelque chose ... Ils portent les stigmates de leur fixation (passée ?) sur la période 70's des STONES sous la forme d'espèces de coupes à la Rod Stewart. Hum, hum ...
Mais trêve de considérations capillaires, petite déception avec le dernier (à ma connaissance) mini album des ORIGINAL SINS. J'avais un peu lâché ce groupe et ce disque ne m'a pas trop donné envie de me replonger dans leurs œuvres. De plus en plus Rock, limite classique, et de moins en moins Punk avec même une tendance à virer Hard-rock quand ils durcissent le ton ... Avouez que le tableau est plutôt sombre ! J'ai beau essayer de le réécouter, ça ne prend pas. Il manque quelque chose, tout simplement.
Petite déception aussi pour le premier 45t des DEMONICS que j'ai réussi à me procurer. Nettement moins vitaminé que le Scat-Pack Dodge 1967 auquel certains des membres font référence. Il y a l'emballage mais pas le moteur. Du rock'n'roll sans histoire donc sans intérêt.
Sorti l'année dernière chez Estrus, l'album de THUNDERCRACK Own shit home me laisse partagé ... D'un côté des morceaux qui peuvent être excellents, je suis même marteau de celui paru sur un 45t Larsen Juicy fruit, et de l'autre un son ignoble. Pas sale, pas cheap à la punk-garage, non ... pourri. Je ne sais pas si vous voyez la nuance. Le truc qui vous casse la tête au point qu'il est difficile de terminer une face entière. Dommage, d'autant que ce groupe a l'air vraiment cool ... Il faut dire qu'ils ont enregistré au Caveau des Doms à Nancy et qu'il ne doit pas être évident de faire mieux dans cet endroit. Les familiers de 60's punk ne seront pas surpris de voir apparaître dans ces lignes le nom de Ugly things ... Pour les autres, il va falloir faire un petit encart de présentation ... Ugly things, c'est Mike Stax. Mike Stax, c'est un anglais émigré à San Diego depuis le début des années 80 pour jouer de la basse avec les CRAWDADDYS ... Vous voyez le numéro. Il change de continent pour jouer du Rhythm' blues punk à la PRETTY THINGS parce que les CRAWDADDYS sont les seuls à cette époque à jouer un truc de ce genre ... Ensuite, les CRAWDADDYS s'empatent un peu alors que Mike Stax veut faire plus Punk ... Il se barre et forme les TELL-TALE HEARTS ... Qui sont à mon avis (et c'est un avis partagé) le meilleur groupe garage-punk de son époque ( mid 80's). Je crois que c'est à peu près au même moment qu'il a commencé à sortir Ugly Things qui est devenu depuis une espèce de monument à tout ce que la musique a pu compter de punks depuis les années 50 jusqu'au début des années 80. Ce truc est réellement infernal ! L'accent est mis sur les groupes des années 60 mais tout le monde doit pouvoir y trouver son bonheur. C'est une bible. Le dernier numéro en date ne déroge pas à la règle. Vous y trouverez les MISSING LINKS (australiens, mid 60's), PRETTY THINGS, REAL KIDS, un top 100 des 45t punks (avec BLACK FLAG et les BAD BRAINS parmi les cinq premiers), des choses plus obscures, des tonnes de chroniques de disques par des gens qui savent de quoi ils parlent, réellement des heures de lecture pour tout punk qui se respecte.
Pour en terminer avec le cas de Mike, sachez qu'après la séparation des TELL-TALE HEARTS il a formé THE HOODS dont je n'ai pas trop suivi les aventures et qui se sont séparés il y a quelques années et qu'il vient de sortir un album avec les LOONS (avec le premier guitariste des TELL-TALE HEARTS et le batteur des HOODS)... Laurent Johns de Sugar vient de m'offrir le disque et je le découvre encore ... Le point à souligner étant que Mike Stax est passé de la basse au chant et ceci avec brio parce qu'il chante vraiment bien, a un timbre reconnaissable entre mille et devinez quoi ... passionné. Punk. Ca gratte, ça fouille, ça remue des choses qu'on croyait devenues tranquilles et qui rejaillissent soudain à la surface. Qu'est-ce que vous voulez de plus ?
Je crois qu'il est temps de faire une petite mise au point parce que arrivé à ce stade, un malentendu pourrait se faire jour. Quel peut bien être l'intérêt de jouer, d'écouter en 1999, en 2000 du rock'n'roll comme on en faisant en 1966 ? Parce qu'il n'est pas pavé de bonnes intentions, parce qu'il n'est pas sataniste débile, parce qu'il n'a pas besoin d'alibi, pas d'autre raison d'être que d'être païen, d'être un truc à feu et à sang, de viande, de tripes. Juste de tripes, d'envie de se consumer, d'hurler. A leur barbe, à leur face. Pas de monde à changer, les enculés sont trop nombreux ... Parce qu'il titille votre imagination, vous projette un film en quadri et vous retourne le cerveau en même temps. Jeff Bale en parle à merveille dans l'un des dernier numéro de HIT LIST (n°4). Un poème.
Pour vous en convaincre, il vous suffirait de vous procurer les rééditions des ROADRUNNERS et des KING VERSES que vient de sortir Beatrocket, un petit allié de Sundazed. Ces deux disques sont excellent, 60's punk/pop avec son super accrocheur. Incroyable que des trucs de cette qualité soient restés inconnus depuis si longtemps. Écoutez ces disques et imaginez vous que ces types n'avaient que 15 ou 16 ans à l'époque, c'est tout bonnement incroyable. S'appeler les ROADRUNNERS en 1965, passe encore, ils devaient déjà être une flopée mais bon ... En 1999/2000 en Suède, je ne sais pas trop. C'est pourtant le nom qu'ont choisi cinq jeunes garçons pour intituler leur groupe. Un peu juste quand même. Si on me donnait à choisir mon nom, je ne prendrais pas Martin ou Durand, je choisirais quelque chose d'un peu plus ... Disons ... Un peu moins ... couru. Mais bon. Avec un nom pareil, on sait au moins où on va. Je n'ai qu'un seul 45t d'eux, sorti chez Screaming apple, pas trop mal, sans plus. Rn'B un peu excité. De base. Mais bon travail au niveau des costumes ... Incroyable comme les suédois ont le sens de la défroque. Ils sont toujours les plus Street-wear, les plus ska, les plus Youth crew ... Les plus tout. Ils savent s'habiller les bougres !
Tiens, puisqu'on parle de suédois, je suis allé voir les NOMADS au Pezner ... Mis à part une reprise des LYRES, pas grand chose à sauver ... La dép. Ils ont même fait une version de Cinderella des SONICS qui méritait le poteau d'execution. Comment transformer un morceau parfait en bouillie hard-rock informe. Le début du concert m'avait pourtant paru de bon augure. Ca n'a pas duré longtemps. L'ensemble s'est rapidement transformé en une espèce de pâtée indigeste à base de riffs quasi 70's et de solos de guitares interminables ... Chiant. Décevant. A oublier ...
Dans une autre veine, un label français, Hell fire club basé dans une des villes maudites reprises par le Troisième Reich (Orange pour ne pas la nommer), a sorti sous forme d'un double Ep l'album des EARLY HOURS, un groupe australien que Hit List avait présenté comme étant dans la veine des PLIMSOULS et de JAM. A l'usage, il s'avère qu'on est loin des JAM, (en fait je ne vois même pas le lien), on est bien plus proches des BARRACUDAS période Mean times, des groupes australiens du milieu des années 80 et des groupes punks américains des années 60, l'un des titres m'a rappelé les COUNT V. Le mix pourrait paraître un peu curieux, en fin de compte ça fonctionne vraiment pas mal du tout. J'avoue même que je me suis plutôt régalé en écoutant ce disque. Ca tient probablement au fait que derrière toutes ces références il y a surtout un groupe qui sait vraiment écrire des chansons qui vous accrochent et restent dans votre tête.
Dans une catégorie voisine, j'ai eu l'occasion de me mettre sous la dent l'album des DUKES OF HAMBURG qui jouent la carte Beat/R'n'b à fond. Malgré tous leurs efforts, ils n'arriveront pas à se faire passer pour des anglais émigrés à Hambourg, ni même pour des allemands imitant des anglais émigrés à Hambourg, ils viennent bien de Californie et semblent avoir dans leurs rangs un gars des MUMMIES (je n'en suis pas certain). Aucun doute ne subsiste quant à leur origine quand ils reprennent un morceau popularisé par le CHOCOLATE WATCHBAND ... A la première écoute, j'ai trouvé que le groupe frisait la caricature du genre. Au fil des écoutes j'ai découvert qu'ils étaient plus fins que ça et que la critique ne pouvait s'appliquer qu'à un ou deux morceaux tout au plus. Les autres titres sont vraiment bien foutus, ils sont authentiques, pas simplement dans le sens où ils auraient pu être enregistrés en 65, mais plutôt parce qu'ils sonnent vrai, parce qu'ils sont le fruit d'une passion, d'une âme, d'une collection d'âmes ... Et ça c'est intemporel.
Un truc rigolo qui est sorti ces derniers temps, c'est THIS IS MOD, 20 Mod classics et ici il ne s'agit point de SMALL FACES, ACTION, CREATION, ni même de SECRET AFFAIR, MERTON PARKAS, SQUIRE mais d'une flopée de groupes Mods de 1979-80 plus ou moins obscurs. Pas grand chose à voir musicalement avec leurs aînés, plutôt une espèce de mix Power-pop/Punk-rock assez réussi dans certains cas. Le disque est super beau mais pas grand chose à se mettre sous la dent pour celui qui ignore tout de la chose Mod et encore moins pour celui qui ignore tout des groupes. Dommage. Reste des bons morceaux. Oh putain !! En voilà un que j'aurai attendu longtemps ...
Le split Lp EVIL / MONTELLS. Sorti cette année, (je veux dire en 99, merde je suis trop à la rue), par Corduroy, (un label australien qui est aussi responsable de la sortie d'un live des TELL TALE HEARTS que je n'ai jamais entendu). Pour patienter, je m'étais procuré le superbe split 45t sorti chez Norton avec You can't make me des MONTELLS et I'm moving on des EVIL. Je n'avais pas été déçu. Je n'en avais que plus l'eau à la bouche en attendant l'arrivée du Lp. Ma patience aura été récompensée. 10 titres en tout. Moitié, moitié. Et ça tape ! J'avais découvert les MONTELLS il y a bien longtemps avec You can't make me sur le BFG 3, je suis comblé par ces "nouveaux" titres (si l'on considère qu'ils ont été enregistrés entre mai 65 et mai 66). Super reprise de Daddy rolling stone mortelle de classe et d'énergie, vraiment cool. Deux versions différentes de Don't bring me down de (ou popularisé par les) PRETTY THINGS dont la version non censurée dépasse à mes yeux l'originale. Et les PRETTY THINGS ne font pas partie des choses que je traite à la légère... Reste encore une reprise de Can't explain des WHO pas mal non plus mais moins percutante que les autres titres et deux originaux que je vous laisse découvrir... Côté EVIL, I'm movin on. Un morceau écrit en trois minutes ... Et qui tue. A ravin' motherfucker ! Deux minutes d'agression sans relâche, pas une baisse d'intensité. Pas de mélodie, juste la teigne. Une perle. Ensuite une reprise de Whatcha gonna do des SMALL FACES façon I'm movin on. Sauvage, crue. Terrible, Vraiment. Un original folk/punk I know I'll die forcément un peu en retrait par rapport aux deux monstres de la face précédente et un autre plus rapide Always running around, pas mal du tout mais que je connaissais déjà. Reste que ce disque n'est pas facile à trouver parce que repressé, parait-il, qu'à 500 exemplaires ... Quelle connerie !

Marc Prempain - Loose Nut

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Peepshows – Mondo Deluxe
The Peepshows - Mondo Deluxe - Burning Heart

I have seen the future of rock n'roll, and it's name is The Peepshows déclare un poil pompeux Happy Tom, bassiste du mythique Turbonegro (et ancien batteur des Vikings de Steve Baise), à l'intérieur du Cd. On peut même lire sous sa signature, écrit en petit, " trend analyst ". Triste qu'un zigoto comme ça, après avoir créé la tendance punk des 90's se borne à l'analyser - croyant, à trente ans, avoir donné sa part au rock n'roll.
Ca doit lui faire chaud au cœur, à tonton Tom, d'entendre des groupes comme Wonderfools ou Peepshows, dignes rejetons de papa turbo. Dignes - trop, pour certains. En fait, pour les Peepshows, le cas est délicat : dans leur 10' paru en 99 sur le label suédois Sidekicks, ils excellaient dans l'imitation, qu'ils pratiquaient avec la fougue d'un jeune mustang à son premier galop. Là, le quatuor s'est affirmé : plus lent, moins hargneux, plus linéairement " three chords " que TRBNGR, plus pro et plus facile.
Le titre Right Now, repris sur le nouveau, était cent fois plus couillu et massif sur le 10' - exactement ce qu'il advint au Go Motherfucker Go des Nashville Pussy en passant de Get Hip à Amphetamine. Un Cd, au final, sera toujours plus lisse qu'un 7". Surtout quand il est estampillé Burning Heart. Non, chers messieurs du mixage californiesque, les Peepshows ne sont pas les nouveaux Millencolin (qui eux-mêmes s'étaient pris pour les nouveaux NOFX), alors plus de graves et moins d'aigus, moins de perfection, plus d'action. La meilleure chose qui pourrait arriver aux Peepshows : passer sur Boomba.

O'Saison

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Texas Motherfuckers – Wrecking Ball Texas Motherfuckers – Paindealer
Texas Motherfuckers - Wrecking Ball - Mansfield Records - Paindealer - Motherfuckin’ Records

(La scène se déroule chez un charmant petit disquaire de province).
- M'sieur, M'sieur, on est les Texas Motherfuckers, petit orchestre de Malmoe, en Suède, on peut venir dans vos bacs?
- Blaourffff, beuh, j'sais pas trop, mon gars, vous faites quoi comme musique?
- Eh ben, c'est des guitares, on a déjà 4 singles, et le dernier est sorti sur un label de par chez vous, et pis y a une belle pochette!
(Le gamin pose le disque sur la platine.)
"WRECKIN'BAAAAAAAAAALL, AAAAAAAARGH, BAM BAM BAM OUAAAAAH! RAK N'RAAAAAAAAAAAALL, YEEEEEEEEEEEEAH,AAAAARGH, GRRRRRRRRRRR!!!!!!!!!...."
- Vous savez, m’sieur, notre rythmique, eh ben y joue avec des gants de boxe, et notre batteur, y va plus vite qu'un coup franc de Romario!! Allez, m'sieur, une p'tite place entre les New Bomb Turks et les B-Movie Rats, hein?
(Le pauvre homme s'exécute, sous le regard menaçant du Papa viking qui attend dehors).

Big B.

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The Supersuckers – Evil Powers of Rock’n’Roll
The Supersuckers - Evil Powers fo Rock’n’Roll - Reptilian Records

Vrai qu’ils ont un brin levé la pédale, Eddy Spaghetti et ses sbires, mais ils y ont gagné une vibration qui sied à leur Stetson – un truc qui jusque là était resté planqué sous l’accélérateur. Car The Evil Powers… marque l’avènement d’une nouvelle race de pêche : le punk rock solaire. Adios, punk-rocks scolaires et punk-rocks d’hivers : The Evil Powers… est un hybride, le digne bâtard d’une mère country et d’un père punk, du Must’ve been High et du Sacrilicious passés au shaker.
Ecoutez Goin’ back to Tucson ou Hot like the Sun et vous comprendrez. Gros son, grosse baston, des compos pleines de jus, d’âme et d’hormones (leurs meilleures à ce jour), des interventions guitaristiques métal-fuzz-wahwah de Monnie Rontrose (pigez l’anagramme) qui nous feraient oublier celles de Rick Sims - parti tracer à la craie les frontières des Gaza Strippers -, bref un cocktail puissant comme un mustang et nonchalant comme un cow-boy, magnifié par la production grasse et rocailleuse de Kurt Bloch.
On pense à quoi, à l’écoute de perles senties comme Stuff n’ Nonsense ou Dirt Roads, Dead Ends and Dust ? A des ranchs, de l’asphalte, du booze, des flingues et de belles indiennes. Au soleil, au Texas et aux cactus. Et au bonheur que ça fait de rester là, les pieds sur le rebord de la fenêtre et le cul sur une chaise, à regarder scintiller la poussière et à écouter un des meilleurs foutus albums de rock’n’roll jamais gravés.

O’Saison

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Richard Hell – L’Oeil du Lézard
Richard Hell – L’œil du Lézard

Début 99, les éditions de l'Olivier démarraient une nouvelle collection Marges, inaugurée par Richard Hell (ex-bassiste des Voidoids), qui après moult poèmes édités dans divers " revues ", s'attaque à un véritable roman. Enfin, quand je dis roman, cela ne veut pas dire qu'il y a une grande différence entre notre junkie-rocker imbu de sa personne répondant sous le nom de Billy Mud et notre acolyte Richard Hell.
Billy Mud, poète et bassiste d'un groupe new yorkais, se voit proposer par son éditeur de convoyer une DeSoto 1957, couleur flamme, de San Francisco à New York, avec leur amie commune Chrissa, photographe. Le deal : Chrissa shootera les endroits traversés et Billy devra commenter, de sa plus belle plume (quand ce n'est pas du bout de sa seringue), les photographies de son amie, avec pas mal de thunes à l'arrivée. Véritable junky-road-movie à travers les Etats-Unis, où après avoir usé les pneus sur les lignes blanches des autoroutes américaines, il ne reste plus qu'à les sniffer au motel, et si possible se taper la réceptionniste au passage.
Mais L'oeil du lézard n'est pas que cela. Le monde de la dope, sa paranoïa, ne sont pas là pour faire de ce roman une apologie de la défonce. Ce serait plutôt une version modernisée et rock'n'rollesque du roman Sur la route de Kerouac, où avec ironie et désinvolture le narrateur crache son venin sur sa propre personne et le monde qui l'entoure.

Tommy Gun

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Southern Culture on the Skids – Zombified

Southern Culture on the Skids - Zombified - Monkey Dog

Ce mini 8 titres fourtraque, sorti de façon ultra-confidentielle (petite citation de rien du tout dans la playlist de Mr Peter Markham, Moshable #19) après Plastic Seat Sweat, trône douillet où le trio de Caroline du Nord s'assit en compagnie du fourchu David Geffen, ne fera certes pas oublier le Santo swings de 96, ni Dirt Track Date de 96, et encore moins le Ditch Diggin' de 94.
Et pourtant, même en convalescence, flanqués d'une couverture au rabais (adios Von Franco) et d'une doc des plus sommaires, ce que ces Southerners sont bons. Ce que le surf easy et moelleux d'Undertaker fait du bien. Chez les Scots, tout est question de rocking-chairs et de cocktails mangobanana. De confort. De confort southern. Voilà pourquoi leur garage-surf est un des seuls à pouvoir se fondre dans le rose de l'aurore comme dans le pourpre du crépuscule, à accompagner une party chic ou une après-midi de jardinage - et ce, même si Rick Miller (compositeur, tête chantante et penseuse) a visiblement troqué son candide chapeau de paille contre une casquette un brin plus classique. A poil sur un sofa ou étendu parmi les mimosas à caresser son chat : se désaper, voilà ce que ça file comme envie, d'écouter les Scots.
Pour ça, Bloodsucker est parfait : guitare acoustique, sax, trombone, mélodies hispaniques qui fleurent bon l'huile d'olive des 60's. Et il faudra un peu plus que l'orgue gothique de Sinister Purpose - titre qu'ils avaient déjà enregistré, mais avec le ricanement continûment chiant de Zacherle, pour la jolie compile Halloween Hootenanny du label de Rob Zombie (Zombie A Go-Go. Geffen Production Inc !) - et que les titres horrifiques pour nous faire gober que nous sommes bloqués dans les Carpates et non bercés par l'azur et les vagues.
N'importe comment, tout ce décor fiche le camp au dernier titre, Devil's Stompin' Ground, plus hot-rod que diligence sans cocher. D'ailleurs, preuve que les balkans n'ont rien à foutre là, la perle des perles, Torture, commence par un bref hurlement, avant d'embrayer sur le chant murmuré, suave, twinpeaksien, de Mary Huff. Slogan : Zombified, ou la première fois qu'un vampire vous aura injecté du sang au lieu de vous le piquer. Signe qu'il était bien américain.

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Beach Party Beach Party Beach Party
Beach Party – Pool Party – Jungle Jive - Del-FI

"Kitsch" vient du verbe "kitschen" qui, en vieux Bavarois, signifie "rénover des déchets, revendre du vieux ". Est-ce à dire qu'en sortant des oubliettes monophoniques ces quelques cinquante succès américains des années 60, Bob Keene, président et producteur exécutif de la Del-Fi Corporation, aurait tenté là une opération de récupération commerciale à une échelle planétaire ? A moins qu'il ne s'agisse plus simplement d'un formidable présent à l'adresse de ceux qui, à son image, ressentent encore le délicieux et respectueux frisson de la nostalgie... A en croire Garrick H.S.Brown, à l'époque critique musical au Pennmar Therapeutic Center de Long Beach, tout le projet partit d'une volonté de ce même monsieur Keene de relater les événements qui se déroulèrent une semaine durant, en août 1963, sur une plage privée de Malibu. Verrill Keene, jumeau de Bob Keene, alors plus connu pour son libertinage effréné que pour ses talents de clarinettiste, avait convoqué à cette sauterie prolongée tout le gotha d'Hollywood, du joueur de bongo de renommée internationale Preston Epps au jeune moghul de la presse Bobby Guccione, sans oublier quelques politiciens bien en vue comme Nikhita Khruschev, Fidel Castro ou M. John Fitzgerald Kennedy, appâtés par les charmes des innombrables "amies" et "élèves sensualistes " de notre vigoureux érotomane. Cette réunion au sommet, baptisée rétrospectivement par M. Brown the Swingers' Summit en hommage au formidable vent de liberté qui soufflait jadis sur l'esprit curieux et ouvert de ces jeunes gens modernes et fortunés, ne s'en termina pas moins au fond des geôles californiennes, sous le fallacieux chef de diverses infractions au code pénal de l'État de Californie du Sud, et plus particulièrement aux articles 201, 151B et 69C concernant les consommations de substances soi-disant hallucinogènes, le tapage nocturne et l'outrage aux bonnes mours. L'avenir révéla qu'un télex secret émanant des services de M. J.Edgar Hoover fut à l'origine de cette fin de soirée malheureuse. A propos du chef de tapage nocturne, qui hélas nous concerne plus particulièrement, on a légitimement pu s'étonner que furent incriminées des formations telles celles de Bruce Johnston (pour le titre Maztatlan), de Ricky Dean (dans She has lost her Bikini) ou de Tom & Larry (Only Donna's Friend), toutes à juste titre présentes sur le premier volet de la trilogie Beach Party ! - qui, chacune dans leur registre, nous livrent la douce quintessence sucrée de tout ce qui fit que les années 60 furent les seules vraies années de la paix et de l'amour. Dans Pool Party, inculper des magiciens comme The Enchanters (avec Come on, Let's go) ou Jack Herbst (et son Jimmy's Party) relève pareillement de la pire des hypocrisies, tant leur enthousiasme, libre de toute corruption morale ou politique, nous réjouit au plus profond - peut-être les bongos du morceau Watusi Bongo du Preston Epps susmentionné suffirent-ils à eux-seuls à attirer la servile meute policière rangée aux ordres du sinistre J.E. Hoover ? Le fait est qu'à entendre des perles de la civilisation américaine, dans tout ce qu'elle a d'énergique et de multi-éthnique, comme le Beachcomber Song des Rockyfellers, le Swahili du Bob Keene Orchestra, le Terror des ténébreux Grippers ou la généreuse Cubalibra du Rene Hall Orchestra (réunis à l'occasion du dernier volet de notre trilogie, Jungle Jive), on ne peut qu'affirmer que ce petit monsieur a fait fausse route, en censurant ce qui faisait le sel même de son pays, et, pire, en préférant aux inoffensives guerres d'amour que n'auraient pas manqué de mener les différents représentants internationaux conviés à ce Swingers' Summit, la longue et monotone période de frigidité nommée Guerre Froide. A ce stade de notre réflexion, nous pouvons dès lors également révéler l'unique raison qui poussa ce M. "Je" Edgar Hoover à mettre fin à cette honorable fête de la concorde et de la prospérité, et par là à faire rentrer les relations est-ouest dans l'ère glacière qu'on connaît : il n'était pas invité. Trente ans plus tard, comment pourrions-nous, dans ces conditions, refuser l'invitation (même anonyme) qu'à travers cette splendide trilogie, M. Bob Keene nous transmet ?

Dr Gunthar Saison

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A-Bombs
a-bombs - ...And Just Constantly Rotating - Outside Society Prod / House of Kickss distribution

Le titre de l'album est bizarre (pas d'action baby ou de rock n'roll overdrive), la pochette de l'album est bizarre (pas de Kitsch 70's, de Muscle Car ou de babydoll 60's bikinizée), leur rythme d'abattage est bizarre (ils ont sorti en quatre ans moins qu'Electric Frankenstein en un trimestre), leur choix de reprise est bizarre (pas de MC5, mais Autobahn de Kraftwerk), et leur musique fantastique. Bien sûr, leur côté viking (ils sont quand même suédois) les amène irrémédiablement à insuffler une énergie punk dans une ossature métallique estampillée 70's, mais leur son reste assez 80's (à quand un groupe punk influencé Charleston 1920, en cette fabuleuse époque de recyclage postmoderne ?), surtout à cause des mélodies ambiance "dark-wave" et de la belle voix froide, triste et réfléchissante de Danna Andersson. Avec des titres comme Ain't my star, Monstermind ou Playing God, on pourrait même parler de lignes de chant, tant le travail effectué à ce niveau est réussi, étonnamment mature dans l'usage qu'il fait des ruptures, des silences languissants et des redémarrages en côte - d'où cette sensation de constante rotation qui aboutit, au fil des morceaux, à la taille d'un véritable diamant brillant, aiguisé, à multiples facettes. Bref, ce ne sont pas les suédois les plus sveltes (on est ici à l'extrême opposé des Grinners, Burnouts, Peepshows et autres sprinters dopés aux hormones), mais sans doute les plus intelligents. Ce qui est logique de la part de messieurs qui, aux traditionnels points d'exclamation, préfèrent les points de suspension, et à la fièvre pulsionnelle d'une brève excitation masturbatoire, la lente jouissance d'un travail de fond.

Dr Gunthar Saison

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Oxford Circle – Live at the Avalon
Oxford Circle - Live at the Avalon - Big Beat

Baie de San Francisco 1966. Live at the Avalon.
Probablement des hippies non ? Qu'on m'amène la tête du pignouf qui se sera autorisé ce raccourci ! Rien à voir avec le San Francisco sound que l'histoire a retenu. Ici, on officie dans le rhythm and blues des Grands Brittons, THEM ! YARDBIRDS ! ANIMALS ! On le noie dans le monoxyde de carbone... On bataille avec le HARBINGER COMPLEX, les BROGUES ou les SHADOWS OF KNIGHT s'ils étaient du coin...
On ferraille, on perce les membranes d'amplis et on se soigne au feeedback. Blues. Electrique. Blanc. Version teigneux de 18 ans. Putain de mortel.
C'est un live de 1966. Forcément, même s'il est bon, le son est loin d'être celui de ces enculés de groupes metalrapcores. On s'en fout. On veut un truc vrai, pas une de ces saloperies marketées et on la tient avec ce live. On le pose sur la platine et quatre types se livrent sans se débiner. Ils déballent le truc, posent les ambiances, évitent les clowneries. A peine un We gotta get out of this place un peu juste. On leur pardonne.
Deux dernières choses à signaler... le live est complété de quatre titres studios dont le fabulissime Foolish woman et l'un de ces types a produit le premier simple des DEAD KENNEDYS en 1978... Ca vous ira ?

Marc Prempain - Loose Nut

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Mouse and the Traps – The Fraternity Years
Mouse and the Traps - The Fraternity Years - Big Beat

En 1966, il fallait des nerfs pour se ballader à Tyler, Austin ou Amarillo au Texas avec les cheveux longs, une paire de beatle-boots et une veste de costard rayée piquée à Pete Townsend. Mille fois plus de nerfs que pour se faire pousser des dreads et percer le cornet en 2004. C'était le goudron et les plumes, éventuellement le flingue sur la tempe et au minimum l'échange de coups de poings assurés.
Rien à voir avec les truffes qui se déguisent en mecs cools au skateshop du coin et qui se teignent les cheveux pendant les vacances scolaires. Rien.
On n'était pas cool. On se faisait traiter de Punk. Et les punks de cette époque n'avaient pas besoin de jouer à 200 à l'heure pour en être. Ils pouvaient enregistrer dans leur garage la meilleure chanson que Dylan n'a jamais écrite (A public execution), massacrer à coup de Fuzz-tone I'm a man, avaler une poignée d'acides et percuter de plein fouet la révolution psychédélique (I satisfy)...
Tout était permis. Y compris de jouer Maid of sugar, maid of spice à 200 à l'heure, justement, quinze ans avant tout le monde.
Big Beat en réunissant dans The Fraternity Years la quasi-totalité de ce qu'ont enregistré les TRAPS (25 titres) nous permet de passer en revue tout ce qu'un groupe éclectique et de talent pouvait aborder à l'époque. Tout juste si quelques ballades superflues viennent assombrir un tableau frisant par moments la perfection.

Marc Prempain - Loose Nut

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